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Chanvre et cannabis, quelles sont les opportunité de production ?

Le chanvre ou cannabis est une plante aux multiples débouchés. Très bien définis pour ceux de l’industrie, du bâtiment, de l’alimentaire, en plein évolution sur le marché du « bien-être » et en devenir pour le cannabis thérapeutique. Le nouvel « arrêté fleurs » concernant l’utilisation encadrée de ses fleurs et de ses feuilles devrait permettre de développer certains débouchés.

La nouvelle réglementation, qui concerne la récolte et la transformation de fleurs et de feuilles, ouvre de nouveaux débouchés au chanvre notamment dans le domaine du "bien-être".
La nouvelle réglementation, qui concerne la récolte et la transformation de fleurs et de feuilles, ouvre de nouveaux débouchés au chanvre notamment dans le domaine du "bien-être".
© RFL

Le chanvre est une culture millénaire, elle fait partie des premières plantes domestiquées par l’Homme avec des usages multiples. Mais cette culture connaît un très fort regain d’intérêt cultural, économique et environnemental depuis quelques années. Ainsi début juillet, la journée « Ouvrir le chanvre des possibles » organisée par le pôle Innov’Alliance a été consacrée à la production et à la valorisation d’une même culture, chanvre ou cannabis, issue de la même plante Cannabis sativa. De nombreuses interventions ont été consacrées à cette plante aux multiples facettes, un « docteur Jekyll et mister Hyde » de la botanique et de l’agriculture, cumulant des propriétés industrielles, alimentaires, thérapeutiques et psychotropes. Et offrant de nombreux débouchés parfois délicats à appréhender (voir schéma).

Faire face à la demande industrielle

Le secteur du chanvre est soutenu par ses débouchés dans le bâtiment, notamment son usage dans l’isolation ou le béton de chanvre qui sera utilisé dans la construction du village olympique Paris 2024 par exemple. Les entreprises du bâtiment commencent à anticiper la réglementation RE 2020, qui intègre des critères de bas carbone dans l’analyse du cycle de vie des constructions. « Il faut une croissance de 10 à 20 % des surfaces de chanvre pour faire face à cette demande », évalue Nathalie Fichaux, directrice d’InterChanvre.

Le chanvre a également sa place dans l’alimentation animale et humaine grâce à sa graine et ses dérivés. Dans le textile, le chanvre est une alternative « écologique » au coton. Son potentiel de croissance est donc très important d’autant que sa sobriété en tant que culture (pas d’irrigation ni de phyto, respectueux des sols, stockage carbone) le positionne dans le développement durable et les objectifs du Green Deal.

Mais le grand marché à venir, et qui semble faire tourner les têtes, est celui du bien-être. La légalisation récente de la vente en France de produit à base de cannabidiol (CBD) contenu dans le chanvre ou cannabis, connaît un rapide essor. Très en vogue pour ses bienfaits thérapeutiques, c’est LA grande tendance auprès des jeunes trentenaires urbains. En 2020, 11 % des Français ont déclaré avoir consommé des produits à base de cannabidiol. Il s’agit de produits finis élaborés à partir de fleurs de chanvre autorisées à la vente avec un taux de THC inférieur à 0,2 %. Ces produits contiennent certains des 80 principes actifs de la plante, dont le CBD non psychotrope.

Nouveaux marchés du CDB français

En juillet dernier, le cadre réglementaire du chanvre a évolué afin de permettre aux producteurs de récolter l’inflorescence et les feuilles de la plante. Cet « arrêté fleurs » ouvre l’autorisation de tous les modes de culture (plein champ, et indoor). « Cette nouvelle réglementation prévoit que les fleurs et feuilles de chanvre pourront être récoltées, importées ou utilisées pour la production industrielle d’extrait de chanvre. Ainsi, du cannabidiol (CBD) mais aussi d’autres extraits de chanvre non stupéfiants pourront être produits en France », précise l’Union des industriels de la valorisation des extraits de chanvre (Uivec).

Un potentiel de valorisation de l’inflorescence

Un arbitrage qui « permettra le développement de nouveaux marchés français, notamment liés au CBD », s’est félicitée l’interprofession Interchanvre. Pour celle-ci, et aussi pour l’association Santé France cannabis, le mode de culture en plein champ sera le mieux adapté pour se positionner sur ce nouveau marché du CBD, relate Agra Presse. Du point de vue agricole, le potentiel de valorisation de l’inflorescence des variétés de chanvre aujourd’hui autorisées a été réalisé dans une étude remise à l’automne 2021. Par ce travail, l’interprofession entend pouvoir présenter une modélisation solide de la chaine de valeur.

Elle salue également l'instauration d’une contractualisation obligatoire permettant la mise place d’un système de traçabilité pour sécuriser la production de CBD. S'il a satisfait l'interprofession du chanvre, le projet de texte a déçu les nouveaux venus de l’Union des professionnels du CBD, regroupant les magasins spécialisés dans le CBD, les buralistes et importateurs prêts à produire en France. Ceux-ci regrettent que le projet exclut l’utilisation de la fleur et de la feuille sous leur forme brute, limitant ainsi le potentiel de développement de la culture, mentionne Agra Presse.

Le cannabis a aussi des propriétés médicinales dont les expérimentations, autorisées depuis mars dernier en France par le ministre de la Santé, peuvent en faire de véritables médicaments au rapport bénéfices/risques favorable. Il s’agit d’un marché très réglementé qui peut paraître lucratif vu le prix au kilo mais ne concerne que de très faibles volumes. « Le marché du cannabis thérapeutique ne va pas sauver l’agriculture française mais représente une niche d’investissement », commente un observateur.

Il s’agit d’un marché international avec des grands acteurs de la phytopharmacie déjà positionnés et dont les enjeux financiers et boursiers dépassent largement la simple production. A l’étranger des projets existent. Le groupe Richel, un des leaders mondiaux de la serre, témoignait lors de la journée du pôle Innov’Alliance avoir en cours de réalisation plusieurs constructions de serre pour la production de cannabis médical au Portugal, en Uruguay et en Colombie.

D’autres sont en négociation. En Europe, la production de cannabis thérapeutique se fait, selon le règlement des pays membres, sous serre dans des lieux sécurisés comme au Portugal ou dans des bâtiments avec apport total de lumière artificielle comme en Allemagne. Contrairement à d’autres pays et états d’Amérique du Nord, le développement de la culture et du marché du cannabis en France et en Europe exclut le marché du « cannabis récréatif » dont la production, le commerce et l’usage sont passibles de sanctions pénales différentes selon les pays membres.

La France premier pays européen producteur de chanvre

 

La France est le premier pays européen producteur de chanvre avec 20 000 ha. © RFL
Originaire des contres-forts himalayens, le chanvre est considéré comme une des cinq céréales de la Chine. Ses propriétés pharmacologiques ont été utilisées à des fins thérapeutiques et religieuses, ses fibres au tissage et papier, ses graines à l’alimentation. Aujourd’hui, le chanvre couvre plus de 275 000 ha principalement en Amérique du Nord (plus de 100 000 ha), en Chine (plus 65 000 ha), et en Europe (58 000 ha). Les autres pays, comme la Russie, l’Australie, l’Egypte représentent environ 50 000 ha. Avec 20 000 ha, la France est le premier pays européen producteur de chanvre et troisième au rang mondial.

 

Des huiles de graines… en attendant plus

Nicolas Roumat a lancé son entreprise de commercialisation d’huile de CBD, dans le Lot-et-Garonne, grâce au chanvre bio qui pousse sur l’exploitation de son père.

 

Les produits transformés à base de CBD et autres cannabinoïdes sont très tendance auprès des jeunes trentenaires urbains. © RFL
Depuis une vingtaine d’années, le père de Nicolas, Jean-Pierre Roumat a reconverti sa ferme en bio. Parallèlement, il a cherché à diversifier ses productions de fruitiers et céréales. Le choix du chanvre s’est imposé, les fibres ont été exploitées en montant une coopérative qui a travaillé avec une usine de transformation des tiges. Mais l’expérience a tourné court. Alors, il a fait le choix de se concentrer sur la valorisation des graines. Les premiers débouchés ont été ceux de l’oisellerie. Il y a une dizaine d’années, Jean-Pierre Roumat a mis sur pied une huilerie pour presser ses céréales et les graines de chanvre pour des huiles alimentaires (pures ou mélangées) sous sa propre marque. Aujourd’hui, 8 des 20 hectares de l’exploitation sont consacrés au chanvre.

L’huile au CBD rémunératrice

 
Nicolas Roumat a cherché un débouché rémunérateur avec le chanvre et l’huile au CBD. © RFL

Pour revenir s’installer à la ferme, Nicolas a cherché un débouché rémunérateur avec le chanvre. L’huile au CBD, à partir des graines, s’est avéré intéressante. Face au flou sur la qualité des produits importés, Nicolas a misé sur la transparence totale pour capter un consommateur français. Grâce à un QR code, ses clients ont la possibilité de tout savoir sur les étapes de fabrication : le semis (numéro de lot des graines), la récolte, la certification bio, le pressage de l’huile, le rapport d’analyse de l’huile réalisée par un laboratoire en Allemagne.

« Nous avons choisi une extraction avec le moins de transformations possibles, celle du spectre complet. Nos huiles contiennent l’ensemble des cannabinoïdes dans leur formulation, le fameux CBD, mais également le CBDa, le CBG, le CBN, le CBC et d’autres cannabinoïdes comme le THC, présent en infime quantité, respectant la limite de la règlementation inférieure à 0,2% et ne créant donc aucun effet psychotrope. A la fin, on a un produit fort, très herbacé mais vraiment efficace », explique Nicolas. Le jeune homme attend avec impatience l'évolution de la réglementation française qui permettrait d’exploiter la fleur et les feuilles pour en faire notamment des tisanes : « Toutes les parties sont valorisables dans le chanvre, il est dommage de ne pas pouvoir utiliser certaines parties très intéressantes. »

Delphine Cordaz

 

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