Carotte en Vendée : « J’ai économisé plusieurs jours de désherbage »
Adrien Cano et Marine Dunand cultivent des légumes en maraîchage bio diversifié à Maché en Vendée. Depuis leur installation en 2022, la gestion de l’enherbement de leur parcelle de carottes est un véritable défi. En 2026, la nouvelle stratégie mise en place semble payante.
Adrien Cano et Marine Dunand cultivent des légumes en maraîchage bio diversifié à Maché en Vendée. Depuis leur installation en 2022, la gestion de l’enherbement de leur parcelle de carottes est un véritable défi. En 2026, la nouvelle stratégie mise en place semble payante.
Grâce à une formation dispensée par le Groupement des agriculteurs biologiques (GAB) de Vendée, qu’il a suivie en début d’année, cette saison semble être la bonne pour Adrien Cano et sa parcelle de carottes. Il est parvenu à obtenir un sol sans adventice au stade levée. Tout cela grâce à la combinaison de l’occultation et du désherbage thermique. Bilan : plusieurs jours de désherbage manuel économisés.
Une occultation avec une bâche d’ensilage
La première étape pour Adrien Cano est d’occulter la parcelle. « Je pose une bâche d’ensilage, le plus longtemps possible, au moins six semaines avant le semis », explique le maraîcher. Ce type de bâche est idéal pour cette pratique. En effet, son opacité et son imperméabilité complètes empêchent à la fois la lumière et l’eau de traverser, rendant impossible la pousse des adventices. Le maraîcher en est d’autant plus satisfait que la biodiversité du sol se maintient en profondeur. « On a quand même une activité de la vie du sol en dessous de la bâche qui est préservée. On voit des turricules de vers de terre notamment », se félicite-t-il.
À mi-chemin, le maraîcher réalise ses planches de culture. « Ensuite je prépare ma planche au cultirateau. Ça me permet de faire une espèce de faux semis environ trois semaines à un mois avant le vrai semis », précise-t-il. En effet, le cultirateau vient ramener les graines d’adventices plus en surface, ce qui crée les conditions d’un faux semis. Chaque planche est débâchée pour lui permettre d’intervenir, puis rebâchée jusqu’à l’implantation de la culture. La bâche est définitivement retirée de la parcelle quelques jours, voire quelques heures, avant intervention afin de laisser sécher le sol avant de le retravailler finement et d’effectuer le semis au semoir.
Un désherbage thermique entre le semis et la levée
La deuxième étape clé dans la stratégie de gestion des adventices du maraîcher est le passage d’un brûleur entre la période de semis et celle de la levée. « Je passe le brûleur six jours après le semis. Ensuite, dès le lendemain, les premières plantes lèvent et il n’y a rien d‘autre que des carottes, c’est chouette à voir », rapporte le maraîcher.
Pour les créneaux de saison, Adrien Cano applique la règle des six jours. Testé également sur un créneau plus tardif, le maraîcher a constaté quelques pertes de plants, étant intervenu trop tard. « Avec les chaleurs, quand je suis passé brûler il y avait déjà quelques plants de carottes qui avaient déjà levé. La prochaine fois je penserai à intervenir un ou deux jours plus tôt si ces températures se font de nouveau sentir », précise-t-il. De la première année de test du brûleur, il en tire d’autres conclusions. « Il faut passer assez rapidement sur le sol, l’idée est qu’il ne faut brûler que sa surface, la plantule étant déjà prête à sortir », ajoute Adrien Cano.
Objectif, retarder les premiers désherbages manuels
Pour Adrien Cano, avoir quelques adventices n’est pas trop gênant, du moment que les carottes sont suffisamment développées. « Au stade crayon avec un feuillage bien développé, les adventices ne vont pas faire plus concurrence que ça. Moi ça me permet surtout d’éviter les deux premiers désherbages manuels, où toutes les plantules se confondent. C’est là où l’on passe le plus de temps », explique le maraîcher. Cette technique lui permet de gérer l’amarante, adventice la plus problématique sur sa parcelle.
La méthode n’évite donc pas le désherbage manuel, mais le retarde suffisamment pour que la carotte atteigne un stade reconnaissable et soit mieux enracinée, rendant le désherbage plus facile et rapide.
Une technique gagnante en temps et en argent
Une journée de travail en moins certes, mais qu’en est-il du temps de travail supplémentaire induit par la gestion de la bâche et le désherbage au brûleur ? Là aussi, Adrien Cano se dit gagnant. « La manutention de la bâche d’ensilage, c’est du temps parce qu’il faut la déployer et la lester avec des pneus ou des sacs de gravier. On est deux à faire ça. En plus tout n’est pas sur place et il faut compter le transport », énumère le maraîcher. Néanmoins, ces travaux ne prennent qu’une heure ou deux pour chaque créneau de production, bien moins de temps que des désherbages manuels au semis. À la réception des bâches, le maraîcher prend également du temps pour les couper afin de les adapter à la taille de ses parcelles. « Je les coupe pour qu’elles recouvrent une planche et un ou deux passe-pieds. Comme ça, je peux libérer facilement chaque planche pour intervenir avec le cultirateau », ajoute-t-il.
Le passage du brûleur devant être fait rapidement, cela lui permet de traiter chaque planche de culture en une dizaine de minutes. « Ce qui me prend le plus de temps finalement c’est de devoir le balader un peu partout », s’amuse Adrien Cano.
Côté achat de matériel, le semoir et le brûleur ont été achetés d’occasion une centaine d’euros chaque, achat donc rapidement rentabilisé. Pour les bâches d’ensilage, Adrien Cano se fournit gratuitement chez un agriculteur voisin. « Les collègues éleveurs se servent de bâches d’ensilage une à deux saisons, puis une fois qu’il y a quelques petits trous ils ne peuvent plus ensiler. Donc ils doivent trouver une solution pour s’en débarrasser, c’est là que j’interviens », résume le maraîcher.
« Avec toutes les heures passées à désherber, je ne suis pas certain que la culture était rentable », estime le maraîcher. Jusqu’à présent, la marge dégagée par les autres légumes produits compensait le temps consacré à la carotte. « Aujourd’hui, au regard du coût de la semence et du prix de vente de la botte, ça devient intéressant », conclut Adrien Cano.
Prochaine étape, le maraîcher tentera, dans les années à venir, de réaliser ses planches avant l’installation de la bâche, afin de gagner davantage de temps sur sa pose et dépose au cours de l’occultation.
Repères
- Ferme Le Bon Maché à Maché en Vendée
- Date d’installation 2022
- Surface 1 ha de légumes plein champ, 1 500 m2 de légumes sous abri
- Effectif 1,5 personne
- Commercialisation vente directe (60 %) et Biocoop (40 %)
Privilégier l’atelier vente directe
Depuis 2026, 60 % de la production de l’exploitation est destinée à la vente directe, un chiffre en évolution. « À notre installation on était à 60 % Biocoop et 40 % vente directe. On est passé à 50/50 il y a deux ans. Là on a inversé la tendance, nous vendons davantage en vente directe qu’à Biocoop », résume Adrien Cano. La raison : un prix de vente plus avantageux en vente directe. « On vend sur site à 2,90 euros la botte de 650 grammes de carottes, alors qu’on la vend 2,50 euros à Biocoop. Ça fait quand même une petite différence », explique le maraîcher.
Un nouveau dans l’effectif
À partir d’avril 2027, Adrien Cano et Marine Dunand accueilleront un nouvel associé. Son arrivée permettra d’intensifier les rotations actuelles, pour d’une part augmenter la productivité de l’exploitation et la diversité des légumes proposés à la vente, et d’autre part aider à gérer les adventices. Autres objectifs de son arrivée, l’installation de bandes fleuries pour favoriser la présence naturelle d’auxiliaires afin de maîtriser les bioagresseurs, le développement de couverts végétaux et de lâchers d’auxiliaires en culture sous abri. Le point de vente directe évoluera également, avec la proposition de paniers de légumes les mercredis en plus des heures d’ouverture actuelles les vendredis et samedis.