Aller au contenu principal

Assurer la rentabilité de l’éclairage Led en serre de concombre

Les essais d’éclairage Led de cultures de concombre montrent l’intérêt technico-économique d’avancer les plantations. Des essais sont menés aussi sur la suppression de l’inter-Led ou sur son utilisation en été.

Plusieurs pistes sont explorées pour l’éclairage des cultures de concombre. © A. Cheminant
Plusieurs pistes sont explorées pour l’éclairage des cultures de concombre.
© A. Cheminant

« La quantité optimale de lumière pour le concombre comme pour la tomate est de 25 moles/m²/j, soit 385 moles/m2/semaine sur 18 h, indique Landry Rossdeutsch, ingénieur de recherche au CTIFL de Carquefou. De septembre-octobre à février-mars selon les régions, la lumière naturelle en France ne suffit pas à combler ses besoins. La production est faible et l’import obligatoire pour satisfaire la demande. Or la rémunération est assez intéressante en concombre de janvier à février. Une option aujourd’hui est donc d’avoir recours à l’éclairage artificiel pour avancer les calendriers de production en comblant les besoins physiologiques des plantes sur ces périodes. La stratégie d’éclairage pour maintenir sa rentabilité doit toutefois être bien étudiée. »

A lire aussi : Serres : un investissement lumineux à bien raisonner

Depuis 2018, des essais d’éclairage Led en cultures de concombre sur fil haut sont menés au CTIFL de Carquefou avec le système d’éclairage Signify (Eiffage Energie Systemes), avec une barre de Leds en hauteur (135 µmol/m2/s) et une barre inter-Led (75 µmol/m2/s) à mi-hauteur dans la végétation. En 2018, un essai avec date de plantation classique vers le 15-20 décembre 2017 a montré que l’éclairage dans ces conditions permet d’avancer la date de première récolte de deux semaines.

Le rendement et le nombre de pièces sont également augmentés, grâce à une densité plus forte (3,12 plants/m2 pour la serre éclairée, 2,5 pour la serre non éclairée). Dans l’essai, le rendement s’est élevé à 64,7 kg/m2 pour la serre éclairée, contre 37,3 kg/m2 pour la serre non éclairée, soit un gain de 58 %. « Le nombre de pièces a été augmenté de 50 pièces/m2 sur la première culture, de décembre à juin, et de 30 pièces/m2 sur la deuxième culture, de juin à novembre, indique Landry Rossdeutsch. Le calibre de 400 g est atteint et la qualité des fruits est améliorée. »

Avancer la date de plantation

La rentabilité de l’éclairage dans ces conditions n’est toutefois pas évidente. « Comme la plantation est avancée et qu’il y a plus de plants, les coûts de chauffage dans l’essai augmentent de 14 % et les temps de travaux de 25 %, précise l’expérimentateur. Il faut aussi 2,4 fois plus de CO2, 1,1 fois plus d’eau d’irrigation, 1,4 fois plus d’engrais et 15,55 €/m2 de consommation électrique en plus. » Au final dans l’essai, le bénéfice (total des produits – total des charges) s’élève à 451 000 € pour la serre éclairée et 330 000 € pour la serre non éclairée.

« Avec un investissement de 150 €/m², le retour sur investissement pour une plantation à date identique est donc assez long, de 4 années dans un contexte de cogénération, mais de 12,5 années sans cogénération. La cogénération étant sans doute amenée à être moins développée dans l’avenir, il y aurait donc intérêt à avancer la date de plantation pour produire davantage aux périodes où les prix du concombre sont les plus élevés. » En 2019 et 2020, les essais d’éclairage concombre ont donc été menés en avançant la date de plantation.

A lire aussi : Avant d’investir dans l’éclairage des serres, il faut faire des essais

En 2018-2019, la plantation réalisée le 7 novembre a permis une récolte à partir de la semaine 50 et jusqu’au 18 mars, soit un gain de six semaines de récolte par rapport à la culture non éclairée plantée en décembre. « La première culture a été assez courte, constate Landry Rossdeutsch. La gestion du climat sous éclairage est assez difficile. Si l’on garde une régulation à un fruit sur deux, les plants s’affaiblissent. Une régulation à un fruit sur trois permet d’avoir des plants plus robustes, moins de coulures et des calibres plus gros. » La deuxième culture a été plantée le 2 avril et a permis une récolte de la semaine 18 jusqu’au 12 août.

« Généralement, la deuxième plantation a lieu en juin et la culture est alors très sensible à la chaleur et aux pathogènes. En avançant la première culture grâce à l’éclairage, on peut planter la deuxième culture plus tôt, à une période où le climat est plus favorable aux jeunes plants. » En 2019-2020, la plantation a encore été avancée et a été réalisée le 23 octobre. « La récolte a alors débuté la semaine 47 et s’est poursuivie jusqu’au 1er avril grâce à l’adaptation de la conduite culturale, soit un gain de 11 semaines de récolte. Les résultats de la deuxième culture sont en cours d’analyse. Mais les essais montrent d’ores et déjà qu’avancer la date de plantation de cultures sous éclairage Led permet plus de rentabilité. »

Supprimer l’inter-Led

Un autre essai a été mené en 2020 avec le système Taurus pro (Rouge Engineering Designs – RED), qui ne comprend qu’une barre de Led de 210 µmol/m2/s en hauteur. « La culture de concombre sur fil haut se caractérise par un phénomène d’auto-ombrage des feuilles basales, la plante ayant des feuilles grandes et épaisses qui font de l’ombre aux feuilles du bas, alors que le concombre est très sensible à la lumière, analyse Landry Rossdeutsch. Avoir une barre inter-Led à mi-hauteur semble donc a priori très intéressant. Toutefois, les barres inter-Led sont très coûteuses et compliquées à installer et entretenir. De plus, la lumière émise est également rapidement bloquée par les feuilles. Les producteurs se demandent donc si elles sont réellement rentables. »

L’essai a donné un rendement comparable (-1,6 fruit/m2) au système comportant une barre de Led de 135 µmol/m2/ s en hauteur et une inter-Led de 75 µmol/m²/s. « Les systèmes de pilotage de l’éclairage étaient différents et l’essai devra être renouvelé en 2021 avec le même système de pilotage, précise l’expérimentateur. Mais ce système encore non exploité pourrait permettre de limiter l’investissement. »

 

Eclairer l’été quand la serre est ombrée

D’autres pistes encore devraient être explorées en 2021 pour permettre la rentabilité de l’éclairage en concombre. « Le concombre supporte mal la chaleur en été, ce qui amène les producteurs à ombrer les serres en cas de fortes chaleurs, analyse Landry Roosdeutsch. Mais l’ombrage limite aussi la lumière, ce qui entraîne alors une baisse du rendement. En utilisant l’inter-Led, qui consomme moins d’électricité que le top-Led, pour éclairer la végétation quand la serre est ombrée, on pourrait limiter ces baisses de rendement. » En 2021, une étude économique sera donc menée avec de l’éclairage sur l’ensemble de la saison.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Fruits et Légumes

Les plus lus

L’alimentation locale, réel changement ou fausse tendance ?
Alimentation locale, circuit court, mondialisation contre souveraineté alimentaire… Cette tendance s’est-elle réellement…
Koki a signé plusieurs partenariat pour développer le verger de noisetiers en France et s'assurer des débouchés. © Koki
Noisette : un partenariat entre Unicoque et Ferrero
La forte demande du marché de la noisette industrie, consolidée par un partenariat avec Ferrero, dynamise la production de…
En médaillon, Guillaume Brisard compte installer à terme une trentaine de moutons Shropshire pour gérer l'enherbement de ses vergers. © A. Lasnier
Guillaume Brisard adopte l’éco-pâturage dans ses vergers
Guillaume Brisard, arboriculteur en Indre-et-Loire, a installé une douzaine de moutons dans ses vergers de pommiers et poiriers…
Fruits à coque : Amandera lève 1 M€ et se lance dans les noisettes
Actualités riches pour Amandera, la société de l’économie sociale et solidaire spécialisée dans le développement de filières de…
Les Mannoni, père et fils, produisent environ 2 500 tonnes de melons par an, sur le secteur de Tarascon et Arles. © E.Delarue
Serge Mannoni, producteur de melons dans les Bouches-du-Rhône : « melonnier, c’est un métier »
45 ans après son installation, Serge Mannoni a transmis son métier de melonnier à ses trois fils. Une passion partagée qui se…
Pommes et poires : trop tôt pour un bilan chiffré après les dégâts de gel
Le froid exceptionnel de début avril a impacté les productions de pommes et de poires. Selon l'Association nationale pommes…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 354€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site filière Fruits & Légumes
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière fruits & légumes
Consultez les revues Réussir Fruits & Légumes et FLD au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière fruits & légumes