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Aide au répit administratif de la MSA : « ça m’a permis de rattraper mon retard et de m’organiser »

Agriculteur en Haute-Vienne, viticultrice dans l’Aude, éleveur dans la Creuse : Ils ont eu recours à l’aide au répit administratif, initiée en 2024 par la Mutualité sociale agricole (MSA) à la suite des mobilisations agricoles. Que leur a-t-elle apporté ? Comment fonctionne-t-elle ? Leurs témoignages pour Réussir.fr.

<em class="placeholder">Cinq personnes à une table travaillant sur des papiers administratifs. </em>
L'aide au répit administratif est réalisée par un réseau de prestataires, composé principalement de secrétaires indépendantes (près de 40 % des cas).
© CCMSA IMAGE ET EVENEMENTIEL

« Suite au décès de mon père, j'ai été particulièrement affectée, et j’ai complètement arrêtée de faire les papiers. […] Le problème, c'est que ça s'accumule. Je recevais facilement une cinquantaine de mails par jour » témoigne Julie Rolland, 44 ans, viticultrice située dans l’Aude. Après avoir été malade, elle est rentrée en contact avec un assistant social de la Mutualité sociale agricole (MSA), qui lui a proposé l’aide au répit administratif. Cette aide a été mise en place par la MSA en 2024, après les mobilisations agricoles du début d’année. Ce dispositif a pour objectif d’accompagner des agriculteurs ayant des difficultés dans leurs tâches administratives, via un soutien pour le secrétariat administratif, les obligations réglementaires, et pour le numérique.

Jean-Paul Deserces, agriculteur de 58 ans en Haute-Vienne, a aussi bénéficié de cette aide. « J'ai eu recours à l'aide parce que j'étais malade, […] j'ai laissé traîner les papiers pendant un an et demi, et j'avais du mal à faire mon travail. C’est là que j’ai sollicité l'assistance sociale, qui m’a proposé cette aide », nous explique-t-il.

Régis Guyonnet, éleveur de bovins limousins situé dans la Creuse, a pour sa part accumulé du retard à cause de complications des suites du Covid-19. L’éleveur de 50 ans a en particulier souffert d’hypoxie cérébrale. « J’ai eu un passage où c'était impossible pour moi de faire les papiers. Je me suis retrouvé avec quasiment 8 mois d'arrêt de travail » témoigne-t-il. Après les mobilisations agricoles début 2024, l’éleveur a demandé à sa caisse MSA de mettre en place le dispositif d’aide au répit administratif, et a été le premier à en bénéficier à partir de septembre 2024.

 

 
<em class="placeholder">Julie Rolland, viticultrice dans l’Aude, devant son ordinateur et stylo à la main. </em>
Julie Rolland est viticultrice dans l’Aude. © Julie Rolland

Restaurer l’autonomie sur les démarches administratives

« Cet accompagnement vise à prévenir l'épuisement des agriculteurs suite aux surcharges administratives, et surtout à restaurer leur autonomie dans la réalisation de ces démarches et dans leurs relations avec les institutions », nous indique Céline Susilla, qui a réalisé l’accompagnement de Julie Rolland. Elle est salariée de MSA Services, l’offre de service de la MSA qui réalise 11 % des prestations d’aide au répit administratif. Autrement, cette aide est réalisée par un réseau de prestataires, composé principalement de secrétaires indépendantes (près de 40 % des cas), d’associations – comme Solidarité Paysans (16 %) – ou encore des Chambres d’agriculture (9 %). Toute structure, privée, publique ou associative, peut intégrer ce réseau en contractualisant avec la MSA, nous précise la sécurité sociale agricole. Chaque situation est prise en charge par la mutuelle dans la limite de 1500 €, et est accordée par un travailleur social de la MSA. « Lors du premier rendez-vous commun entre le bénéficiaire, le travailleur social qui est le référent du dossier, et moi-même, nous définissons ensemble les priorités », explique Céline Susilla. « Ensuite, bien évidemment, on adapte l’accompagnement en fonction des situations, qui sont vraiment différentes selon les agriculteurs ». En général, l’aide est d’une vingtaine d’heures par agriculteur, et peut durer de quatre à six mois, nous détaille l’accompagnante.  

« Pour moi, il y a eu une dizaine de rendez-vous, en l’espace de six mois », illustre Jean-Paul Deserces. Au sein de l’exploitation, la personne chargée de la prestation assiste l’agriculteur à trier ses papiers, ses mails, et aide à mieux s’organiser. « Céline ne faisait pas les papiers à ma place, mais m'aidait à m'organiser pour arriver à les faire, en triant par date par exemple », explique Julie Rolland. Puis des objectifs peuvent être fixés pour le rendez-vous suivant, comme l’expose la viticultrice : « Elle me fixait des objectifs pour le mois d'après. Un peu comme une maîtresse d'école, mais après avec beaucoup de bienveillance. Il m’arrivait de n’avoir pas eu le temps de faire les tâches prévues. » Pour Régis Guyonnet, la prestataire a pris contact avec son nouveau comptable pour faciliter les échanges : « L’accompagnante n'est pas venue beaucoup de fois. Elle m'appelait avant les rendez-vous, et je lui préparais ce dont elle avait besoin », détaille-t-il.  

 

 
<em class="placeholder">Jean-Paul Deserces, agriculteur en Haute-Vienne, devant des papiers relatifs au travail administratif.  </em>
Jean-Paul Deserces est agriculteur en Haute-Vienne, et réalise de l’écopâturage avec des ovins. © Jean-Paul Deserces

Rattraper le retard administratif, et se reprendre en main

Dans chaque témoignage, l’aide au répit administratif a permis à l’agriculteur de rattraper son retard dans les tâches administratives. « J’ai pu rapidement faire le tri des papiers, les organiser, et même réaliser toutes les opérations sur l'ordinateur comme le paiement des factures », nous explique Jean-Paul Deserces. « Moi qui ne suis pas papier, ça m'a beaucoup aidé pour ranger et classer les papiers », se réjouit-il.

« J'avais tellement de retard dans tous mes papiers que je n'arrivais même plus à savoir par où commencer. »

« Pendant les deux heures où l’accompagnante était présente, je restais devant l’ordinateur. Donc en plus de rattraper le retard, elle m'a permis d'être plus assidue, de m'organiser, et de me canaliser », explique Julie Rolland. « Car il y a un moment, j'avais tellement de retard dans tous mes papiers que je n'arrivais même plus à savoir par où commencer. » Pour Régis Guyonnet, l’aide s’est aussi révélée très utile : « Le dispositif a été très efficace. […] J’aurai réussi à m'en sortir par la suite, mais ça n'aurait pas été aussi vite. »

L’éleveur regrette cependant le temps de mise en place du dispositif : « La seule chose que je regrette, c’est que le système n'était pas en place quand j’en ai eu besoin. Il y avait le département créé pour cette aide, mais pas la personne prestataire pour la réaliser », détaille-t-il. S'il a « été obligé d’attendre », Régis Guyonnet explique que le dispositif est désormais bien opérationnel dans sa région. « J’ai un ami qui n’a pas eu d’attente, ça a été réactif tout de suite » nous indique l’éleveur.

Une aide pertinente pour gérer la surcharge administrative

« Cette aide est vraiment pertinente face à la surcharge administrative, devenue un facteur majeur du mal-être des agriculteurs » soutient Céline Susilla. « Dans différentes situations, l'accompagnement que j’ai mené a permis une réelle évolution positive entre la situation avant, pendant et après l’aide » relate-t-elle. Parmi les possible pistes d’amélioration, la viticultrice Julie Rolland pense que l’aide au répit administratif serait pertinente en groupe, via des rendez-vous deux fois par an : « Cela pourrait être utile pour échanger, se rappeler des délais comme par exemple pour la négociation des contrats d’assurance », illustre-t-elle. « Et pour relativiser, car on travaille souvent seuls, ce qui donne l'impression d'être les seuls à avoir ces difficultés administratives », complète la viticultrice.

Qui a bénéficié de l’aide au répit administratif en 2024 ?

Entre le 1er juin et le 31 décembre 2024, 400 exploitants ont bénéficié de l’aide au répit administratif, indique la MSA dans un communiqué d’août 2025. Les principales filières concernées sont l’élevage bovin et ovin (45 % des bénéficiaires), l’horticulture (24 %), l’élevage de petits animaux (8 %), puis notamment le maraîchage (7 %) et la viticulture (6 %). 71 % des prestations correspondaient à une aide dans le secrétariat administratif (factures, courriers, tri, …), 15 % pour les obligations réglementaires (registre élevage, déclaration des revenus, cotisations, …) et 14 % pour un soutien au numérique. Ces services ont pu être cumulés, précise la MSA. La mutualité a pris en charge toutes les prestations, dont le montant moyen était de 1270 € par prestation. Ayant eu des retours « très positifs », le Conseil d’administration de la caisse centrale de la MSA (CCMSA) a voté pour poursuivre l’expérimentation sur 2025. La MSA soutient vouloir pérenniser le dispositif, et appelle à prévoir son financement dans la prochaine convention d’objectif et de gestion 2026-2030 négociée entre la MSA et l’État. 

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