Imaginez un grandparasol, ou parapluie, de six mètres de long qui se déploierait au-dessus des vignes pour les protéger de l'ensoleillement, du gel ou encore de la grêle. C'est l'idéefarfelue qu'a eu François Lemaire, un beau jour au volant de sa voiture.
Quatre ans plus tard, après une certaine dose de matièregrise, beaucoup d'expérimentations et une pointed'audace, ce jeuneclermontois, ingénieurmécanique est désormais président et fondateur de Bienesis, l'entreprise qui développe Canopée, la premièrecouvertureintelligente pour parer aux dégâts des aléas climatiques.
Cette innovation made in Puy-de-Dôme a d'ailleurs décroché la semaine dernière, le « Best of Innovation Award » au ConsumerElectronicsShow (CES) de LasVegas, l’un des plus grands rendez-vous technologiques du monde. Une première pour le département, l'Auvergne et pour FrançoisLemaire et son équipe de 10 personnes qui peuvent compter désormais, en plus de leur innovation, sur une visibilitémondiale.
Canopée : quatre ans d’incubation avant l’envol du projet de la start-up Bienesis
Alors qu'il était ingénieur chez Michelin, FrançoisLemaire a planté cette grained'idée de concevoir une couvertureintelligente pour protéger les cultures des aléasclimatiques. Durant près de 4 ans, elle a germé et poussé dans l'incubateur du géant du pneumatique.
Il y a d'abord eu une importantephased'immersionterrain. Pour développer Canopée, il fallait comprendre dans les détails les besoins et les contraintesenvironnementales. J'ai rencontré un grandnombred'agriculteurs dans une démarched'écoute. Puis avec plusieurs chercheurs, nous avons construit des scénarios. »
Ni la vigne, ni même l'agriculture, n'étaient les domainesprédestinés de Canopée. FrançoisLemaire et ses collaborateurs ont exploré des solutions pour les villes ou encore les terrains de golfs mais en termesd'opportunitésbusiness, c'est bien la viticulture qui s'est imposée.
La filièreviticole a témoigné davantage d'attentes et beaucoup plus de contraintes comme le maintien de la mécanisation ou encore l'intégrationpaysagère dans les vignes. Apporter des solutions pour permettre à des filières de créer de la valeur, c'est aussi ce que signifiebusiness.»
En février 2024, FrançoisLemaire crée Bienesis, une entrepriseindépendante de Michelin pour poursuivre le développement de Canopée.
Une toile, un clic, une minute pour protéger les vignes
"Les technologies sont prêtes. Nous sommes entrés dans la phase de pré-industrialisation. »
Canopée devrait être commercialisée prochainement. L'innovationclermontoise promet de protéger les vignes de la grêle, de l'ensoleillement ou encore du gel, grâce au déploiement d'une toile résistante, longue de 6 m et large de 1,20 m au-dessus des vignes. Le système est semblable à celui d'un parasol mais avec une technologie qui le rend quasimentindétectable dans les parcelles. Une fois repliéCanopée a, vu du dessus, les dimensions d'une feuille A4. Le système ne contraint donc en rien les travauxmécanisés, au sol ou en hauteur.
En plus de sa taille, Canopée est entièrementautonome. Équipé d'un panneausolaire et d'une batterie, aucun raccordement au réseau électrique n'est nécessaire.
En fonction des prévisionsmétéorologiques ou des conditions en temps réel, le viticulteur peut déployer simultanément l'ensemble des installations en moinsd'uneminute.
L'année passée, Bienesis a implanté son système dans 4parcelles en Bourgogne et dans le Beaujolais. « Les toiles ont été déployées entre 13 et 19 fois dans chaque parcelle. » Les résultats de ces expérimentations en plein champ, menées sur une période allant de la floraison jusqu'à la récolte, démontrent, selon les chiffres de Bienesis, une augmentation du poids de récolte allant de « 23 à 129% du poids de récolte » dans le cadre d'une protection contre les forteschaleurs. En 2024, l'entrepriseclermontoise s'est intéressée à la protection contre le mildiou avec là encore, des résultats montrant une augmentation du poids de récolte de la modalitéprotégée. Côté grêle, François Lemaire assure que son système résiste jusqu'à 80% des aléas.
Avec des grêlons jusqu'à 20-25 mm de diamètre, la toile ne sera pas endommagée. Si elle venait à être abîmée à la suite d'événementsclimatiquesexceptionnels, il est prévu de pouvoir la changer et recyclerl'ancienne. »
Bienesis propulse Canopée vers l’industrialisation
En à peine un an, Bienesis a fait de son prototype, un produitindustrialisable. « Nous travaillons avec un partenairefrançais pour la fabrication. » François Lemaire promet une commercialisation prochainement, après les phases de test terminées.
Plusieurs nouvellesparcellesexpérimentales vont venir enrichir le lot existant notamment en Champagne, dans le Vaucluse et ailleurs dans le monde.
Nous avons été approchés par plusieurschefsd'entreprise et des investisseurs lors du CES à Las Vegas. Nous sommes en négociations. »
Bienesis mène également des discussions pour équiper des parcellesviticoles dans le Puy-de-Dôme mais pour François Lemaire ce ne sera pas « avant plusieursannées ».
Cette consécration au CES de Las Vegas assoit un peu plus l'innovation de la start-up clermontoise. Fin novembre 2025, elle avait déjà reçu une médailled'argent au salon international des équipements et savoir-faire pour les productionsvigne vin, olive, fruits-légumes (SITEVI).
Aujourd'hui la vigne, demain Canopée pourrait se déployer à l'ensemble des culturesspécialisées.
Avec des ajustements, on pourrait apporter une solution à l'arboriculture, au maraîchage... Tout ce qui se conduit en rang. »