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Fertilisation du colza : plusieurs moyens de mesurer les besoins en azote de la culture au champ

Pour économiser en engrais tout en préservant un rendement optimal, les besoins en azote du colza sont mesurables avec divers OAD, en recourant à la méthode du bilan pour calculer les apports de fertilisants. Des recherches sont en cours pour mieux piloter cette fourniture d’azote.

<em class="placeholder">Epandage d&#039;azote liquide sur une culture de colza. Fertilisation. Fertilisant. Besoins des plantes cultivées. Tracteur et pulvérisateur. Rampe et buses. Culture ...</em>
Sur colza, les premiers apports d'azote commencent à la reprise de végétation (stade C1).
© J.-C. Gutner

Le colza a la particularité de mettre en réserve l’azote dans ses organes pendant l’été et l’automne. Cet azote est remobilisé dès la reprise de végétation au printemps. La mesure de biomasse est un bon indicateur de cette quantité d’azote absorbée, utile pour ajuster la fertilisation. Les variations de biomasse peuvent être importantes d’une année à l’autre et, par là même, la quantité d’azote absorbé. Selon Terres Inovia, les colzas peuvent avoir absorbé entre 25 et 250 kg d’azote par hectare en sortie d’hiver.

L’estimation de la biomasse est importante en sortie d’hiver (et même obligatoire en zone vulnérable), mais aussi à l’entrée de l’hiver. « Nous recommandons cette double estimation pour prendre en compte l’azote absorbé et celui recyclé pendant l’hiver, souligne Luc Champolivier, spécialiste fertilisation à Terres Inovia. La double mesure est indispensable dans les régions où le gel hivernal est important. Elle permet notamment de prendre en compte l’azote contenu dans les feuilles perdues durant l’hiver à cause du gel. Cet azote des feuilles tombées au sol est remobilisé en partie par le colza» Dans les régions où la fréquence de gel est très faible, une seule mesure à la sortie de l’hiver peut suffire.

L’imagerie satellitaire ou les drones pour éviter les pesées au champ

S’il y a une incertitude sur l’absorption durant l’hiver, Luc Champolivier conseille alors une analyse de reliquat de sortie d’hiver. « Cette mesure est pertinente dans des situations atypiques telles qu’un colza mal implanté à cause d’un semis tardif, ou d’un apport important de produit organique qui ne s’est pas traduit par une bonne pousse du colza. »

Outre la pesée des plantes et l’utilisation de la réglette azote-colza conçue par Terres Inovia, des outils aident à l’estimation de biomasse, basés notamment sur l’imagerie satellitaire (Farmstar, Agro-rendement, Precifert Azote, Bilan Colza by Abelio, MesSatimages…) ou par capteurs sur appareil (N-Pilot…) avec parfois des applications Smartphone (ImageIT, Crop-Analyser…) ou encore des drones.

Ces outils permettent le calcul prévisionnel de la dose totale d'azote à apporter au colza en s’appuyant sur la méthode du bilan et en fournissant un conseil pour fractionner la dose préconisée. Le nombre d’apports d’engrais azoté peut monter à trois. « Quand la dose à apporter est supérieure à 160-180 unités d’azote, il vaut mieux réaliser trois apports, aux stades C1-C2, D1-D2 et E, conseille Dominique Delaunay, de la chambre d’Agriculture d’Eure-et-Loir. En dessous de 160 unités, deux apports suffisent à C1-C2 et D1-D2. »

Vers un pilotage intégral de la fertilisation azotée sur colza

La méthode du bilan sur laquelle s’appuient les OAD montre quelques limites. « Dans un certain nombre d’utilisations, il y a des échecs de prévisions de doses. Avec cette méthode, on considère que tout est figé en sortie d’hiver avec des incertitudes sur le processus de minéralisation dans le sol et sur l’objectif de rendement, remarque Luc Champolivier. On n’interroge jamais la plante sur ses besoins. »

Terres Inovia planche avec l’Inrae sur un mode de pilotage de la fertilisation azotée sur le même principe que la méthode de pilotage intégral Appi-N mise au point par Arvalis et l’Inrae en interrogeant la plante sur son état d’alimentation azotée. L’objectif serait que l’agriculteur puisse suivre en temps réel le statut de nutrition azotée du colza. Les outils utilisés sur blé ont connu plusieurs écueils sur colza. Mais une méthode semble voir le jour avec un pilotage basé sur la quantité d’azote absorbé (Nabs).

Des tests seront réalisés en parcelles d’agriculteur en 2026. Il faudra attendre quelques années pour voir une méthode concrète à disposition des producteurs. « Cette nouvelle méthode permettrait d’aider les agriculteurs à raisonner leurs apports d’engrais sur colza en maximisant l’efficience d’utilisation de l’azote. L’objectif visé est de réduire les pertes d’azote, économiques et environnementales, sans impacter le rendement », présentait Émile Lerebour, de Terres Inovia, lors du colloque du Comifer de fin novembre 2025.

Le colza souffre quand il manque de soufre

À l’amorce du printemps, le colza a besoin de soufre. Les préconisations restent inchangées de la part de Terres Inovia : apporter systématiquement 75 unités de soufre (SO3) à début montaison (stade C2-D1). « Avec un sol froid en mars-avril, il y a une faible minéralisation du soufre présent dans le sol. Le colza a un besoin élevé de cet élément à cette période, c’est pourquoi il faut lui en apporter, souligne Luc Champolivier. Mais avec le réchauffement climatique, on constate une minéralisation du soufre du sol qui se fait mieux, avec moins de risque de carence en cet élément. Nous sommes en train de mener une réflexion sur la mise en place d’une grille de décision pour déterminer des grands types de situations dans lesquelles il faudra apporter du soufre. » Pour rappel, une carence en soufre peut entraîner des pertes de rendement supérieures à 10 quintaux par hectare. Il existe des fertilisants à base de soufre seul et des formes d’engrais mélangeant azote et soufre pour un possible apport des deux éléments en même temps.

<em class="placeholder">Carence en soufre sur colza entraînant une réduction de la fertilité. symptômes sur feuille. taches jaunes. marbrures. réduction possible du rendement de 8 a 10 quintaux ...</em>
Sur colza, la carence en soufre peut se traduire par une perte de rendement supérieure à 10 quintaux par hectare. © V. Marmuse

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