Faut-il s’inquiéter de la recrudescence des cas de maladie de Newcastle en Europe ?
La Pologne et l’Allemagne sont confrontés à une vague inédite de cas de Newcastle malgré la vaccination obligatoire. Cette évolution rappelle qu’aucun pays n’est totalement à l’abri et que la vigilance doit rester permanente.
La Pologne et l’Allemagne sont confrontés à une vague inédite de cas de Newcastle malgré la vaccination obligatoire. Cette évolution rappelle qu’aucun pays n’est totalement à l’abri et que la vigilance doit rester permanente.
Depuis la fin de l’année 2025, plusieurs pays européens font face à une recrudescence de foyers de maladie de Newcastle. L’Allemagne, l’Espagne, la République tchèque et surtout la Pologne qui enregistrent une hausse des cas dans les élevages de volailles, ravivant les inquiétudes autour de cette maladie virale.
Pour autant, la situation actuelle ne doit pas conduire à une inquiétude excessive en France. La maladie reste sous contrôle en Europe occidentale grâce à la vaccination et aux mesures de biosécurité.
Une pression virale venue d’Europe de l’Est
L’Allemagne constitue probablement l’exemple le plus marquant de ce début d’année 2026. L’Allemagne a été touchée pour la première fois depuis trente ans le 20 février 2026. Fin mars déjà plus de 40 foyers avaient déjà été déclarés dans différents types de productions (dindes, poulets de chair, poules pondeuses). Plus de deux millions d’animaux ont dû être abattus.
Les foyers se concentrent principalement dans deux régions situées à proximité de la Pologne et de la République tchèque, suggérant une pression virale importante venue d’Europe de l’Est.
Le Friedrich-Loeffler-Institut ou FLI (1) souligne que, chez les jeunes dindes insuffisamment immunisées, les premiers signes étaient peu spécifiques : légère baisse de consommation, apathie ou ralentissement de croissance. Les symptômes typiques – troubles respiratoires, diarrhées verdâtres et signes nerveux – n’apparaissaient parfois qu’après une dizaine de jours, compliquant la détection précoce.
Des lacunes de biosécurité
Du côté de la Pologne, même constat. Depuis 2023, la Pologne connaît une circulation persistante du virus dans les élevages commerciaux et les basses-cours. La situation continue de se dégrader, malgré la vaccination qui est devenue obligatoire en 2025 dans tous les élevages commerciaux. Les investigations épidémiologiques ont montré que plusieurs foyers sont apparus dans des élevages insuffisamment vaccinés ou présentant des lacunes de biosécurité.
Cette situation est particulièrement intéressante car la vaccination contre Newcastle est obligatoire en Allemagne et en Pologne pour les poulets et les dindes d’élevage. Pourtant, des foyers sont apparus malgré cette vaccination généralisée. Cela rappelle une réalité essentielle : la vaccination réduit fortement les symptômes cliniques, l’excrétion virale et donc la propagation du virus, mais elle ne constitue pas une barrière absolue contre l’introduction de la maladie dans un élevage.
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L’Espagne également touchée
L’Espagne, indemne depuis 2022, a également détecté dix foyers (trois en pondeuses et sept en poulets de chair) entre décembre 2025 et mai 2026, dans la région de Valence, autour de Castelló de Rugat.
Les investigations épidémiologiques suggèrent une possible introduction du virus via l’avifaune sauvage, la zone se situant sur un important couloir migratoire. Les autorités espagnoles ont identifié une souche différente de celles circulant actuellement en Pologne et en Allemagne.
Dans certains élevages vaccinés, les symptômes sont restés très limités. Par exemple, dans un élevage de poules pondeuses, le principal signe observé fut une baisse de ponte d’environ 7 % sur un mois.
Pas de cas en élevage en France
En France métropolitaine, les cas en élevage restent très sporadiques. Les deux derniers foyers recensés remontent à 2023 et 2017 dans des élevages des pigeons en Pyrénées-Atlantiques et dans le Nord.
Sur l’île de la Réunion, un foyer a été détecté le 17 novembre 2025 dans le sud dans une basse-cour du Tampon, entraînant la mise en place d’un zonage, l’abattage des oiseaux concernés et une surveillance renforcée comparable aux dispositifs appliqués lors des épisodes d’influenza aviaire. La situation a vite été maîtrisée.
Amélie Chastagner
Vaccination et biosécurité : deux outils complémentaires
La situation européenne actuelle rappelle que la maladie de Newcastle reste présente dans l’environnement aviaire mondial et que son introduction dans les élevages reste possible.
Le pigeon demeure l’espèce la plus sensible, ce qui explique la vaccination obligatoire des pigeons en France depuis l’arrêté du 8 juin 1994. La vaccination n’est pas obligatoire pour les autres espèces, mais elle reste fortement recommandée surtout pour les productions plein air.
La vaccination ne remplace jamais la biosécurité. La prévention repose avant tout sur le contrôle des mouvements de personnes, la maîtrise des flux de matériel, la désinfection, et la protection des bâtiments contre l’avifaune.
Dans le contexte actuel de circulation accrue du virus en Europe, notamment pendant les périodes migratoires de printemps et d’automne, il apparaît essentiel de maintenir un haut niveau de vigilance sanitaire sans céder à l’alarmisme.
Une maladie virale extrêmement contagieuse
La maladie de Newcastle est une maladie virale aviaire très contagieuse causée par certaines souches virulentes de paramyxovirus aviaire de type 1 (APMV-1).
Les oiseaux sauvages jouent un rôle important dans l’épidémiologie de la maladie. Certains peuvent être porteurs sans exprimer de symptômes cliniques. En particulier les colombiformes, dont les pigeons, représentent un réservoir bien identifié du virus. L’OMS déclare que d’autres oiseaux sauvages tels que les cormorans ont été à l’origine de foyers de maladie chez les volailles domestiques. En France, le virus circule régulièrement dans l’avifaune sauvage sur l’ensemble du territoire.
Chez les volailles, la maladie peut provoquer, des signes respiratoires, des troubles digestifs, des symptômes nerveux, une baisse de ponte, et parfois une mortalité très élevée selon la virulence de la souche. Le tableau clinique étant très proche de celui de l’influenza aviaire hautement pathogène, le diagnostic doit être confirmé par une analyse au laboratoire.
Chez l’homme, la maladie constitue une zoonose mineure pouvant provoquer une conjonctivite bénigne chez les personnes exposées.