Exploitant agricole : trouver le bon équilibre entre vie pro et vie perso
De plus en plus d’agriculteurs, notamment les jeunes installés, se posent la question du juste-milieu à trouver entre temps de travail et temps pour soi. Quelles sont les solutions pour évaluer sa situation et améliorer son équilibre de vie globale ?
De plus en plus d’agriculteurs, notamment les jeunes installés, se posent la question du juste-milieu à trouver entre temps de travail et temps pour soi. Quelles sont les solutions pour évaluer sa situation et améliorer son équilibre de vie globale ?
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise situation en matière d’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle ! « Concilier sens du métier, évolution de la parentalité, loisirs, temps pour soi… avec le quotidien sur l’exploitation n’est pas toujours chose aisée », concède Charlotte Moisy, référente Humain et Stratégie à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. Les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur le sens de leur travail et le temps à y consacrer, notamment chez les jeunes installés en agriculture.
« La société donne beaucoup d’injonctions autour de cette question du bien-être au travail », souligne Sophie Marçot, consultante indépendante auprès des agriculteurs spécialisée dans l’organisation du travail. Cette interrogation peut parfois générer du stress pour des agriculteurs en cours de carrière qui ressentent un déséquilibre sans parvenir à prendre du recul sur leur quotidien. « La prise de conscience n’est pas évidente, il faut sortir la tête de l’eau pour se rendre compte qu’une organisation ne correspond plus à ses valeurs et ses priorités », observe la consultante.
Établir ses priorités
Faut-il viser un équilibre parfait entre vie pro et vie perso ? La réponse est non d’après Sophie Marçot, il faut surtout trouver son propre équilibre, qui n’est pas nécessairement symétrique. Cela commence par s’interroger sur ce qu’on aimerait dans l’idéal comme organisation. Pour évaluer concrètement sa situation, « il est nécessaire de faire un bilan quantitatif et de le comparer à ce que l’on souhaiterait », conseille Charlotte Moisy. On peut faire le point sur ses heures de travail par semaine, l’heure à laquelle on rentre le soir, le nombre de jours de congés… Le point accueil installation transmission (PAIT) de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France a établi un questionnaire pour évaluer son organisation du travail.
La réflexion revêt aussi un caractère qualitatif : quelles sont mes envies ? De quoi ai-je besoin pour me sentir bien ? C’est bien sûr propre à chacun. On peut avoir besoin de temps pour soi pour un projet personnel en dehors du travail, sportif ou artistique, pour s’occuper de sa famille, pour voyager ou encore s’engager dans la vie locale (Conseil municipal…). On peut aussi lister ce qui est important pour nous, tant sur le plan professionnel que personnel : voir du monde tous les jours, emmener ses enfants à l’école, avoir du temps pour observer ses champs, être avec ses animaux, avoir un autre emploi en dehors de l’exploitation…
Une porosité entre les sphères pro et privée
Ses objectifs peuvent évoluer au cours de la carrière en fonction des événements de la vie : naissance d’un enfant, départ d’un salarié, séparation… Les jeunes installés ont souvent des aspirations différentes de leurs aînés autour de la vie de famille. La réflexion sur l’équilibre des différentes sphères reste nécessaire lorsque l’on se rapproche de la transmission. « Un projet de transmission se prépare de longue date aussi sur ces aspects-là, considère Sophie Marçot. Explorer d’autres choses que le professionnel va être important en vue de la retraite. »
On peut aussi avoir envie de consacrer une grande partie de son temps à son exploitation. L’agriculture est un métier passion et les agriculteurs travaillent souvent sur leur lieu de vie, ce qui implique une porosité entre les deux sphères. La vie à la ferme comporte en effet des avantages : quand il n’y a pas école, les mercredis et les week-ends, on peut partager des moments privilégiés avec ses enfants tout en étant au travail. « Si on est à l’aise avec ça, ce grand mélange n’est pas du tout un problème », assure Sophie Marçot.
Dans tous les cas, il faudra faire coller le projet idéal avec la réalité, ce qui implique généralement des compromis : tâches professionnelles qui ne peuvent pas être repoussées ou évitées, projet cohérent avec celui de son conjoint ou de ses associés et le fonctionnement global de l’exploitation.
Les solutions pour engager des changements
Après l’état des lieux, vient le moment de passer à l’action, mais engager des changements est souvent plus facile à dire qu’à faire. « Il faut faire face au poids des habitudes et parfois au regard des autres quand on veut faire évoluer ses façons de faire », reconnaît Sophie Marçot. Se dégager du temps libre implique souvent d’améliorer l’organisation de l’exploitation, notamment sur la partie gestion administrative. On peut commencer par alléger sa charge mentale en prenant l’habitude de lister les tâches et les échéances pro comme privées de la semaine ou à plus long terme. « Planifier et écrire, regrouper les infos au bon endroit, structurer son temps, ranger son bureau sont autant d’astuces qui permettent de gagner du temps, assure la consultante. Ça libère du temps physique, mais aussi dans la tête. »
Un autre levier est la communication : les incompréhensions entre salariés ou associés, ça prend du temps ! Enfin, avoir du temps pour soi, c’est accepté de déléguer certaines choses sur l’exploitation. Une exploitation exige souvent beaucoup de travail, confier ce qu’on ne fera pas à d’autres personnes est donc incontournable pour espérer avoir du temps pour soi. Cela peut passer par l’embauche d’un salarié, de l’entraide ou de la délégation à une ETA.
Pour activer ces leviers, on peut avoir besoin d’aide. De nombreuses solutions d’accompagnement et de formations existent pour améliorer son organisation.
Un guide pour faire le point sur son organisation
Le point accueil installation transmission (PAIT) de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France a élaboré un guide et un questionnaire pour évaluer son temps de travail et faire le point sur ses aspirations en termes d’organisation. Il est téléchargeable ici.