Des agneaux vendus en direct au Gaec Frémon
En Loire-Atlantique, le Gaec Frémon produit des agneaux pour approvisionner en direct des bouchers nantais. Il mise sur des races adaptées et le désaisonnement lumineux pour en avoir toute l’année.
En Loire-Atlantique, le Gaec Frémon produit des agneaux pour approvisionner en direct des bouchers nantais. Il mise sur des races adaptées et le désaisonnement lumineux pour en avoir toute l’année.
Le 1er janvier 2025, après avoir été cinq ans salarié de l’exploitation, Lilian Frémon s’est associé avec son frère Jordan sur l’exploitation auparavant gérée par leur père, Fulbert, toujours aide familial du Gaec Frémon. L’exploitation compte 240 hectares de SAU, 150 vaches allaitantes et 500 brebis, dont Lilian s’occupe plus spécialement. « J’ai toujours aimé les ovins et le marché est porteur », souligne-t-il.
Depuis longtemps, l’exploitation vend l’essentiel de ses agneaux dans le cadre de la démarche qualité Agneau du pays nantais. Créée en 1999 par des éleveurs, la démarche vise une valorisation directe des agneaux auprès des bouchers de l’agglomération nantaise. « Les agneaux sont collectés et distribués par Terrena en prestation de service, explique Lilian. Mais ce sont les éleveurs qui démarchent les bouchers. Ils peuvent leur parler de leurs préoccupations et les bouchers y sont attentifs. Si le coût de production augmente, nous pouvons négocier les prix. Les bouchers veulent de la qualité, mais sont assez souples en termes de poids, qui varie de 17 à 21 kilos carcasse. Et il n’y a pas de race ni de conduite imposée. »
La démarche, qui regroupe aujourd’hui huit producteurs, permet la commercialisation en direct de 2 000 à 2 500 agneaux par an, auprès de 25 bouchers. « Pendant l’hiver 2024, les prix ont été inférieurs aux prix du marché, précise Lilian. Mais ils sont généralement supérieurs, de 10,30 euros par kilo carcasse par exemple à l’automne 2025, contre 8 euros par kilo carcasse de prix de marché. Le fait que je sois en Agneau du pays nantais a facilité mon installation. »
Races adaptées et programme lumineux
Si certains éleveurs du groupe restent assez saisonniers, le Gaec Frémon a pour sa part misé sur le désaisonnement et la production d’agneaux toute l’année. Pour cela, il a notamment fait le choix de races qui désaisonnent facilement. En saison, la production repose sur des brebis Romane et Rouge de l’Ouest x charollais, avec vingt béliers charollais et deux béliers Rouge de l’Ouest. Mais en désaisonné, le Gaec utilise des brebis Romane et cinq béliers Dorper. « Je garde chaque année quarante agnelles issues du croisement Romane x Dorper, pour être sûr qu’elles désaisonnent, précise Lilian. En revanche, la race Dorper fragilise les pattes. Par économie, nous avions arrêté de vacciner contre le piétin, mais nous allons sans doute recommencer. »
Les mises bas sont réparties en quatre lots. La première période de mise bas est celle du 1er août au 10 septembre, avec 220 agnelages issus des races qui désaisonnent, l’utilisation d’éponges et un programme lumineux. Le programme lumineux consiste à éclairer le bâtiment de fin novembre à fin février, de 6h à 9h et de 17h à 22h. « C’est très simple, assure Lilian. Et cela donne de très bons résultats. La fertilité atteint 80 %, contre 75-80 % pour les éponges, mais avec beaucoup moins de travail que les éponges. Nous le faisons depuis vingt ans dans un bâtiment. Et depuis cinq ans, nous le faisons également dans un deuxième bâtiment. Les seules modifications ont été l’installation de néons et d’un programmateur horaire. »
La deuxième période de mise bas est au mois de novembre, avec 150 agnelages issus des races qui désaisonnent et l’utilisation d’éponges. Les autres mises bas ont lieu en saison du 25 janvier au 5 mars (150 agnelages) et du 1er au 20 avril (80 agnelages). Les lots ne sont jamais mélangés, mais tous sont en partie accélérés.
Faire au plus simple pour l’alimentation
Les 240 hectares de SAU se répartissent entre 50 hectares de céréales (blé, orge, triticale), dont un tiers pour les ovins, 30 hectares de maïs ensilage et 160 hectares de prairies. Les brebis pâturent de mars à fin novembre. L’hiver, l’alimentation est à base d’ensilage de maïs, d’ensilage d’herbe, de foin, d’orge et de correcteur azoté. « Notre objectif est de faire au plus simple, précise l’éleveur. Les brebis sont nourries comme les vaches avec de l’ensilage de maïs et d’herbe. Nous apportons la ration à la mélangeuse pour deux ou trois jours. Et les lots sont adaptés pour ne pas devoir y passer tous les jours. »
Un constat de gestation avec dénombrement étant réalisé sur toutes les brebis et agnelles, la complémentation est adaptée selon le dénombrement. Les brebis doubles ou triples reçoivent 1 kilo d’orge et 300 grammes de correcteur azoté par jour ; les brebis simples 700 grammes d’orge et 200 grammes de correcteur azoté.
Augmenter la surface et les bâtiments
Le Gaec Frémon parvient à commercialiser 650 à 700 agneaux, dont au moins 80 % dans le cadre de la démarche Agneau du pays nantais. « La principale difficulté est que nous manquons de surface, analyse Lilian. À peu près chaque année, nous devons acheter 30 à 40 tonnes de fourrages et même des céréales les mauvaises années. Nous sommes aussi limités en place de bâtiment. Un objectif est donc de reprendre une exploitation bovine voisine, qui nous apportera des bâtiments et du foncier adapté au pâturage des ovins. »
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Réduire la mortalité des agneaux
En période de mise bas, les éleveurs passent toutes les heures en bergerie, avec un dernier passage à 23 heures et un premier passage le matin à 6 heures. Et la nuit, ils surveillent les caméras et interviennent si besoin. À chaque mise bas, Lilian Frémon vérifie les trayons de la brebis, désinfecte le nombril et fait boire du colostrum aux agneaux triples et aux petits agneaux. Les cases d’agnelage sont désinfectées avec un asséchant entre deux mises bas. Les agneaux reçoivent par ailleurs un anticoccidien à trois semaines. Après vingt jours, les agneaux triples sont élevés à la louve.
La mortalité des agneaux s’élève malgré tout à 19 %, essentiellement avant vingt jours (13 %), dont la moitié à la naissance. « Il y a des problèmes pulmonaires, qui entraînent des saisies à l’abattoir, précise Lilian. Les agneaux sont pourtant vermifugés à l’entrée en bâtiment. Et les bâtiments sont dans l’ensemble bien ventilés et lumineux. Nous nous posons donc la question de recommencer le vaccin contre la grippe. »
L’éleveur rencontre aussi des problèmes de tétanos sur les agneaux. « Il semble que ce problème provient des boucles ou élastiques posés pour faire tomber les queues. Si les agneaux cicatrisent mal, ils peuvent attraper le tétanos. En 2026, nous allons vacciner les brebis gestantes. » Et, de façon générale, l’éleveur souhaiterait disposer de plus de places de bâtiment. « Le bâtiment d’engraissement est semi-ouvert et bien aéré, précise-t-il. Mais il accueille aussi des brebis, car nous manquons de places. Certaines brebis passent l’hiver dehors. »
Chiffres clés
- 500 à 600 agnelages par an,
- Prolificité 1,9 agneau par brebis,
- Productivité 1,55 agneau parbrebis,
- Mortalité 19 %,
- Renouvellement 20 %.