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Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : les tiques, le vent et autres interrogations à élucider

La possible réémergence de la dermatose nodulaire contagieuse bovine en France fait peur, et pour cause. Cette maladie, à la fois grave et contagieuse, est à déclaration obligatoire auprès de l’organisation mondiale de la santé animale. Le point sur ce que l’on sait et les zones d’ombre.

vache laitière atteinte de DNC
© G. Bouchard

La dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) ne provoque certes pas un fort taux de mortalité (proportion d’animaux morts parmi les malades) : entre 1 et 10 % du troupeau. Mais elle impacte fortement les élevages. Les pays qui l’ont vu arriver avant l’Italie et la France décrivent une morbidité (proportion d’animaux malades parmi les animaux présents) très variable, qui peut aller jusqu’à 45 % du cheptel la première année. Les élevages touchés constatent une chute de la production laitière, une diminution de la croissance et une dégradation de l’état général, des problèmes de reproduction, des pertes d’animaux.

Quand un animal guérit, son cuir n’est plus valorisable et il peut garder de lourdes séquelles (problèmes de reproduction, de croissance, etc.). Il est admis qu’il n’a plus de valorisation économique (lait et viande), selon GDS France.

Beaucoup de pertes de production

L’épisode de DNC des Balkans offre des références tangibles. La morbidité y a varié de 7 à 20 % et la mortalité de 0,5 à 2,6 %, selon une équipe internationale de chercheurs (1). En Albanie, pays qui a refusé l’abattage et tenté de contrer la maladie avec la seule vaccination, la morbidité a atteint 42 % du troupeau en 2016 et 26,8 % en 2017. Avec une mortalité de 12 % en 2016 puis de 4,8 %.

Jusqu’à 60 % d’asymptomatiques !

Seuls 40 à 50 % des animaux infectés développent des signes cliniques : nodules sur la peau et les muqueuses, fièvre, affaiblissement, perte d’appétit, jetage nasal ou buccal, ganglions hypertrophiés, œdèmes, boiteries. Les organes internes (systèmes digestif et respiratoire, et les organes génitaux) peuvent être atteints. Les animaux souffrent quand les croûtes tombent et laissent un ulcère.

La DNC est très contagieuse

Une maladie est dite contagieuse quand l’agent pathogène circule facilement d’un hôte à un autre, par contact direct et indirect. La DNC est considérée comme très contagieuse car le virus circule rapidement via des insectes volants (stomoxe ou "mouche des étables" et taon principalement). Il passe aussi d’un bovin à l’autre par contacts directs : via les sécrétions (salive, jetage nasal, semence), les croûtes des nodules et les plaies quand les croûtes tombent. Et aussi via les contacts indirects avec du matériel contaminé.

« En période d’activité de ces insectes, la probabilité d’une infection dans un rayon de 4,5 kilomètres autour d’un établissement infecté est supérieure à 95 % », précisait Kristel Gache, directrice de GDS France, l’été dernier.

Stomoxes et taons ne voyagent pas loin, quoique…

 
<em class="placeholder">une mouche des étables ou stomoxe ou stomoxys calcitrans</em>
Le vecteur le plus efficace de la DNC serait la mouche des étables ou Stomoxys calcitrans, suivie par les taons ou tabanidés chez les bovins au pâturage. Certains moustiques (Aedes aegypti) sont aussi cités dans les rapports scientifiques. © Koppert.ca

La diffusion géographique du virus peut être circonscrite à condition de bloquer tous les mouvements d’animaux, car les stomoxes et les taons, plus grands que des culicoïdes, se déplacent sur des distances de quelques kilomètres maximum.

Mais, « le vent peut permettre une dispersion sur une plus grande distance, avance Jeanne Brugère Picoux, professeur honoraire de l’école vétérinaire d’Alfort et membre de l’Académie vétérinaire de France. Suite à l’apparition de foyers en Israël en 1989 et 2006, survenus parallèlement à une épizootie en Égypte, une analyse des trajectoires de vent entre les deux pays démontrait que cette hypothèse était plausible. » C’est aussi une hypothèse étudiée pour expliquer l’origine des cas déclarés en Sardaigne au mois d’avril.

Les tiques sont-elles un vecteur de la DNC ?

« Dans des pays tropicaux, les tiques sont des vecteurs de DNC. La recherche doit étudier si nos tiques de climat tempéré jouent un rôle épidémiologique. Ceci dit, même si elles peuvent être vecteur, vu qu’elles sont peu mobiles, elles ne pourront pas diffuser rapidement la maladie, mais peut-être jouer un rôle en début ou en fin d’épidémie », estime Kristel Gache.

« Les tiques contaminées en France pourraient jouer un rôle de réservoir du virus pendant l’hiver, faisant peser un risque de réémergence au printemps. Cette hypothèse reste à étudier et un tel risque à évaluer. Ce seul risque plaide pour une re-vaccination dans les régions déjà touchées par la DNC », ajoute Jeanne Brugère Picoux.

Une maladie sournoise

Le délai d’incubation - durée entre l’entrée du pathogène dans l’organisme (infection) et l’apparition de symptômes - va de 4 à 28 jours, parfois davantage. Ainsi, dans un même lot, il peut y avoir des animaux présentant des signes cliniques, des animaux en période d’incubation et des animaux asymptomatiques.

Une durée de vie du virus variable

La transmission du virus via les insectes est mécanique : celui-ci reste sur les pièces buccales des insectes quelques heures et ne s’y multiplie pas.

Dans les nodules cutanés, « le virus peut survivre 33 jours ou plus. Il peut aussi résister longtemps sur les croûtes desséchées : 35 jours ou plus », indique Jeanne Brugère Picoux.

Dans l’environnement, le virus est sensible à la lumière du soleil et aux détergents. Mais dans les endroits sombres qui n’ont pas été désinfectés, il peut survivre plusieurs mois, mais combien ? Cette résistance peut faire peser un risque de réémergence au printemps suivant, même après quelques mois d’hiver sans nouveaux cas.

(1) Étude Lumpy skin disease : histoire, compréhension actuelle et lacunes de recherche.

Fiche d’identité

L’agent pathogène est un virus, plus précisément un poxvirus faisant partie du genre des Capripoxvirus, qui ne sont pas considérés comme zoonotiques. La DNC n’est pas transmissible à l’homme, ni par contact, ni par consommation des produits (lait, viande).

<em class="placeholder">chevaux</em>
Les chevaux peuvent attirer les insectes piqueurs mais ne sont ni réceptifs ni sensibles au virus, et ne jouent pas de rôle dans la propagation de la maladie. © GDS Manche

Les capripoxviroses des bovins, des moutons et des chèvres (clavelée ou variole du mouton, variole caprine) partagent une forte relation antigénique mais la DNC n’affecte pas les petits ruminants. La DNC bovine touche principalement les bovins (Bos taurus, nos vaches, et Bos indicus, les zébus) et les buffles d’eau.

Le saviez-vous ?

La DNC est originaire d’Afrique sub-saharienne. Elle a gagné l’Égypte en 1988, Israël en 1989, puis le reste du Moyen-Orient, les Balkans en 2013, puis la Russie en 2015, l’Inde en 2019, la Chine en 2020, l’Algérie et la Tunisie en 2024.

Définition 

Un foyer, ou une unité épidémiologique, est constitué de l’ensemble des bovins qui ont été en contact dans les 28 jours (délai d’incubation établi par l’Omsa) qui ont précédé l’apparition des premiers signes de la DNC. Ainsi, une unité épidémiologique ne correspond pas forcément à tous les bovins d’un même élevage mais seulement à des bovins hébergés dans un même bâtiment ou pâturant dans un même pré.

Bloquer, euthanasier, vacciner : un triptyque reconnu efficace

La stratégie déployée en France est conforme aux recommandations de l’organisation mondiale de la santé animale (Omsa), entérinées dans la loi européenne Animal Health de 2016, qui impliquent de tout mettre en œuvre pour éteindre les foyers. De par les caractéristiques de la maladie, pour éradiquer celle-ci, une lutte efficace passe par trois actions : l’abattage ou dépeuplement des unités épidémiologiques, le blocage des mouvements d’animaux et une vaccination.

L’objectif est de contraindre le virus dans un espace restreint jusqu’à ce que son réservoir (êtres vivants servant d’hôtes) se vide. L’Italie et l’Espagne ont procédé de la même manière. Ce protocole avait été testé grandeur nature, et avec succès, dans les Balkans en 2015-2017. La Bulgarie, qui a appliqué le triptyque abattage total, vaccination et restriction stricte aux mouvements, est le pays des Balkans qui a éradiqué la maladie le plus rapidement.

Une immunité à 28 jours après vaccination

Le vaccin utilisé est efficace contre la maladie mais le délai pour que l’animal acquiert une immunité complète est de 28 jours. Par conséquent, entre 0 et 28 jours à partir du vaccin, voire un peu plus, un animal est susceptible de contracter le virus. Si l’on ajoute la période d’incubation (de 4 à 28 jours) du virus dans l’animal, il peut se passer une soixantaine de jours, voire plus, entre l’entrée du virus dans le troupeau et la fin de la possibilité de voir un animal tomber malade, selon GDS France.

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