« Demain, les élevages de porc seront moins nombreux et plus grands »
L’agrandissement de la taille des exploitations porcines semble être amené à perdurer. Une évolution nécessaire pour maintenir la production nationale, face à la baisse du nombre de sites d’élevage.
L’agrandissement de la taille des exploitations porcines semble être amené à perdurer. Une évolution nécessaire pour maintenir la production nationale, face à la baisse du nombre de sites d’élevage.
Ingénieur au pôle économie de l’Ifip, Christine Roguet constate l’agrandissement constant de la taille des exploitations porcines françaises.
« Le nombre de truies par élevage est passé de 159 en 2000 à 248 en 2020. Nous avons probablement dépassé les 280 truies en 2025. ». Elle estime que cette évolution va se poursuivre dans les années à venir. « Demain, la production porcine en France sera réalisée par des élevages moins nombreux et plus grands. Ce seront essentiellement des naisseurs-engraisseurs à l’échelle des exploitations, mais aussi du pays, avec des engraissements associés à des sites de naissage spécialisés ». Christine Roguet souligne cependant les particularités de la France par rapport aux autres grands pays producteurs de porcs : « les capitaux familiaux restent prédominants, de même que l’organisation collective de la production en groupements de producteurs ». Elle met aussi l’accent sur le maintien d’une grande diversité d’exploitations porcines en France en termes de dimension économique, de combinaison de productions, d’activité et de taille de l’atelier porcin, ou encore de profils d’éleveurs. Une diversité qui, selon elle, pourrait s’accentuer tant pour la production que pour la commercialisation, avec une complexité croissance des exploitations (multi-sociétés, multi-sites…).
Quatre archétypes d’élevages
Pour illustrer cette diversité, Christine Roguet a identifié, à partir de l’analyse des données d’enquêtes sur les structures et d’entretiens menés auprès d’éleveurs et de groupements, quatre grands types d’élevage de porcs pour demain en France. Ils traduisent des logiques différentes :
« La croissance de la production chez ces naisseurs engraisseurs a permis de compenser l’arrêt de nombreux sites ces dernières années », constate Christine Roguet. « À l’avenir, le maintien de la production dépendra toujours de la possibilité des élevages de continuer de s’agrandir, car de nombreux sites vont encore fermer dans les années à venir », conclut-elle.
Quatre raisons pour faire évoluer son élevage
Christine Roguet met en évidence quatre objectifs essentiels qui incitent les éleveurs à agrandir la taille de leur exploitation.
1-Gagner en rentabilité et en compétitivité
L’agrandissement vise à améliorer la compétitivité des élevages grâce aux économies d’échelle, à la modernisation des outils de production et à une meilleure rationalisation des flux d’animaux et d’aliment.
2-Améliorer les conditions de travail et l’organisation
Agrandir son élevage permet d’avoir des bâtiments plus fonctionnels et de répartir le travail entre personnes.
3-Amortir les investissements
L’évolution des réglementations (IED, bien-être animal, biosécurité) impose des investissements importants, plus facilement amortissables sur des volumes de production plus élevés.
4-Assurer la transmission et pérenniser les élevages
Maintenir attractif son outil de production nécessite d’investir régulièrement. L’agrandissement répond aussi aux attentes de limiter l’astreinte des nouvelles générations d’éleveurs et accompagne la restructuration du parc d’élevages vieillissant.
La productivité augmente avec la taille des élevages.
au pôle économie de l’Ifip : «Le
maintien de la production
dépendra toujours de la
possibilité des élevages de
continuer de s’agrandir.»
© Ifip
Selon les chiffres GTE naisseurs--engraisseurs, le nombre de porcs produits par truie et par an tend à augmenter avec la taille des élevages. De 24,2 porcs produits par truie et par an en 2024 pour les élevages de moins de 100 truies, la productivité monte à 27,2 porcs pour les élevages de plus de 500 truies, soit un écart important de trois porcs par truie et par an. « Mais de bonnes performances s’observent quelle que soit la taille de l’élevage. Le facteur humain est déterminant », tient à préciser Christine Roguet.