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Concombre : économiser l’énergie sous serre verre, mais à quel prix ?

Les essais du CTIFL sur une conduite économe en énergie en concombre montrent que sans équipement supplémentaire, les risques sanitaires sont élevés. Une déshumidification active semble essentielle.

<em class="placeholder">Une serre de culture de concombre. </em>
En conduite économe, la serre augmente sa dépendance au climat extérieur de jour.
© V. Bargain

De 2022 à 2025, des essais ont été menés en concombre sur le centre CTIFL de Carquefou pour évaluer les impacts d’une conduite économe en énergie sous serre verre. « L’objectif était d’économiser 30 % d’énergie en maintenant la température moyenne 24 heures, mais en confinant davantage la serre pour garder la chaleur », explique Landry Rossdeutsch, ingénieur d’essais au CTIFL. L’économie d’énergie était réalisée par l’intégration de température, l’arrêt des températures minimales pour les tuyaux de chauffage, la priorisation du rail et la déshumidification par aération au-dessus des écrans thermiques et/ou d’ombrage.

En 2023, en condition de fort rayonnement, 36 % d’économies d’énergie ont pu être réalisées. L’impact a été limité sur la température, mais avec une forte hausse de l’hygrométrie du fait du confinement. « Malgré tout, il n’y a eu aucun impact sanitaire de la conduite économe et aucune différence significative de rendement, indique Landry Rossdeutsch. Le climat extérieur a permis l’évolution progressive du climat intérieur et les plantes ont pu s’adapter. » En 2024, en condition de faible rayonnement, la conduite économe, avec 35 % d’économie d’énergie, a eu un impact sur la température 24 heures. Pendant sept semaines, il y a eu une forte baisse de la température 24 heures, de 1 °C à 2 °C. Puis les températures ont été similaires à la conduite classique, mais avec une augmentation de l’écart jour-nuit. Il n’y a eu aucun impact sanitaire, mais le développement des plants et la charge en fruits ont été plus faibles. Au final, la conduite économe a entraîné une perte de rendement en nombre de pièces par mètre carré (-5,2 pièces par mètre carré), mais pas en kilos par mètre carré.

Plus forte sensibilité à la fusariose

En 2025, l’objectif était d’aller plus loin, en utilisant les produits de biocontrôle uniquement dès les premiers symptômes et en appliquant une stratégie plus progressive sur les températures. L’année a été très lumineuse et très sèche, avec beaucoup d’à-coups climatiques. De la semaine 6 à la semaine 13, la température moyenne 24 heures n’a baissé que de 1 °C, en lien avec la baisse de 1 à 1,5 °C de la moyenne de nuit. « Il y a eu une augmentation importante de l’écart jour-nuit liée principalement à des nuits plus froides », souligne Landry Rossdeutsch. Mais dès la semaine 9, le confinement plus important à partir de 1 000 joules par centimètre carré a permis des températures de jour identiques ou supérieures à la conduite témoin. « Quand il y a du soleil, on peut atteindre les mêmes températures en conduite économe », observe-t-il.

Le confinement conduit par contre à un déficit hydrique plus faible. Au final, 30 % d’énergie a été économisée, principalement de jour. Mais le développement de la culture a été affecté, avec une baisse de la charge en fruits, de la croissance et du nombre de feuilles produites. L’humidité et les à-coups climatiques ont aussi entraîné des feuilles gaufrées et l’apparition de botrytis et de fusariose, qui a entraîné des pertes de plants. Au final, il y a eu une perte significative de plants et de nombre de fruits, de moins six fruits par mètre carré pour la variété Roadie. « Le confinement et les à-coups climatiques affaiblissent le système racinaire des plantes qui deviennent alors plus sensibles à la fusariose », note Landry Rossdeutsch.

La piste du déshumidificateur thermodynamique

Sur les trois années, des économies de chauffage de plus de 30 % ont pu être obtenues. « Mais que les conditions soient lumineuses ou non, le maintien des températures reste difficile, constate Landry Rossdeutsch. La consigne de nuit conditionne la température de nuit, mais la longueur de la nuit influence largement la moyenne 24 heures. La serre augmente sa dépendance au climat extérieur de jour, ce qui signifie une prise de risque importante chaque année. Un compromis doit être trouvé entre économie d’énergie et perte de productivité. Mais réduire de 30 % les besoins en chauffage ne semble pas atteignable sans équipement supplémentaire. » Une piste est de découpler le besoin en température et la déshumidification grâce à un déshumidificateur thermodynamique. « Un déshumidificateur thermodynamique consomme de l’électricité pour condenser l’eau contenue par l’air de la serre, explique Landry Rossdeutsch. Il évite la déshumidification par ouverture des ouvrants, et remplace donc le gaz utilisé pour chauffer par de l’électricité. Un appareil bien dimensionné peut permettre de réduire l’empreinte carbone de la serre de 30 %. » Un projet a été déposé fin 2025 par le CTIFL, le CDDM et l’Arepal pour étudier le système et accompagner les producteurs à l’utilisation d’un déshumidificateur thermodynamique, qui bénéficie d’un certificat d’économie d’énergie (CEE).

Le seuil de rentabilité est très variable

En 2023, le seuil de rentabilité de la conduite économe était atteint pour la variété Roadie pour un prix de l’énergie de 25 euros le mégawattheure (MWh). En 2024, il l’était pour un prix de l’énergie de 59 euros le MWh. En 2025, le seuil de rentabilité se situait à près de 80 euros le MWh. « Le coût de l’énergie varie entre producteurs, mais quand on dépasse 40-50 euros le MWh, une conduite économe n’est plus acceptable pour des professionnels », souligne Landry Rossdeutsch.

La fiche CEE déshumidificateur thermodynamique a évolué

Au 1er septembre 2025, la fiche certificat d’économies d’énergie CEE Agri-Th-117 pour les déshumidificateurs thermodynamiques a été modifiée, les nouvelles règles étant applicables aux opérations engagées à compter du 1er septembre 2025 jusqu’au 1er septembre 2030. Les serres non chauffées en sont désormais exclues, de même que les unités mobiles. La serre doit disposer d’un ordinateur climatique et d’une alimentation sur le réseau public. Le dimensionnement de l’appareil devient aussi essentiel, une étude par bloc étant désormais nécessaire. Un rapport d’essai ISO 17025 (Ilac/Cofrac) est également obligatoire. Et les seuils par unité ont été relevés.

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