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Prendre soin de sa machine à traire

De bons réglages et un entretien régulier de sa machine à traire permettent de limiter les risques d’infections. Attention surtout aux orifices calibrés et à l’usure des manchons trayeurs.

Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous… Les orifices calibrés sont les petits trous par lesquelles une quantité d’air contrôlée entre dans le faisceau. Ces entrées d’air sont essentielles au bon écoulement du lait. Car si l’orifice calibré est bouché, le lait s’écoule difficilement et peut stagner, voire remonter vers les trayons. Des gouttes de lait peuvent alors se déposer à la surface du trayon et les bactéries présentes sont susceptibles de pénétrer à l’intérieur de la mamelle. Cela peut se produire tout particulièrement en fin de traite quand le canal du trayon reste ouvert.

Pour éviter ce phénomène, il est nécessaire de déboucher les orifices calibrés dès qu’ils s’encrassent ou qu’ils sont obturés par de la poussière, un dépôt calcaire, des poils ou encore des mouches. « Il faut entretenir tous les jours les orifices calibrés avec l’aiguille adaptée afin que le lait s’évacue de façon régulière dans le tuyau court à lait et éviter les traites humides », recommande Vincent Moinet, conseiller traite à la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres. On se sert pour cela des aiguilles normalement fournit par le fabricant. Si l’aiguille a deux embouts, on utilise le côté avec le diamètre le plus petit (généralement de 0,5 mm), l’autre étant destiné aux installations bovines. « N’utilisez pas un trombone, complète Vincent Lictevout de Touraine Conseil élevage, car le diamètre est trop gros ». « Pas non plus d’aiguille à coudre car cela risquerait de percer le tuyau », renchérit Jean-Claude Sabourin de la Chambre d’agriculture de l’Indre.

Des manchons à changer régulièrement

En comparant les données des contrôles Opti’traite avec les comptages cellulaires, Alice Hubert de l’Institut de l’élevage observe que les faisceaux trayeurs sont insuffisamment entretenus. « 55 % des contrôles Opti’traite révèlent des faisceaux trayeurs non satisfaisant, ça peut être que les orifices calibrés sont bouchés ou agrandis, qu’il y ait des fuites au clapet ou que les consommables sont usés ». Or ces problèmes de faisceaux trayeurs se traduisent par une augmentation de 50 000 cellules/ml en moyenne.

Des consommables usés entraînent une moins bonne tenue des manchons sur les trayons et une augmentation des entrées d’air. Des manchons usés sont plus délicats à nettoyer et le risque de contamination des trayons augmente. « Le seul lien entre l’animal et la machine reste les manchons trayeurs, rappelle Damien Girard, conseiller traite à la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres. Donc il faut bien faire attention à ce poste, c’est-à-dire changer les manchons en temps et en heure et faire attention à ce qu’il n’y ait pas de manchons vrillés. »

De plus en plus de lignes hautes

Si les installations françaises ont plutôt une bonne capacité du lactoduc et une réserve de vide satisfaisante, les experts s’interrogent sur l’augmentation du nombre de postes de traite. En 2016, 13 % des installations avaient entre 24 et 32 postes et 9 % avaient plus de 32 postes. Or, en croisant les données de la machine à traire avec les comptages cellulaires des laits de tanks, on observe que les installations avec plus de 20 postes sont associées en moyenne à des niveaux cellulaires supérieurs de 120 000 cellules/ml. « Peut-être est-ce dû à un nombre de trayeurs inadaptés qui entraîne un risque de surtraite accru ? S’interroge Alice Hubert de l’Institut de l’élevage. Peut-être est-ce dû à une capacité insuffisante de ces machines à traire qui provoque des vides instables ? »

La ligne haute rencontre aussi de plus en plus de succès, passant de 12 % des installations en 2013 à 16 % en 2016. Or, la ligne haute complexifie le circuit du lait et les fluctuations sont plus rapidement à risque lorsque le reste n’est pas maîtrisé. Les élevages avec des lignes hautes ou intermédiaires ont d’ailleurs en moyenne 50 000 cellules de plus par ml.

Une bonne pulsation et un bon niveau de vide

La question du réglage de la machine a aussi son importance. Quand on s’éloigne des recommandations de pulsation autour de 90 cycles par minute, le nombre de cellules augmente. En moyenne de plus de 300 000 cellules avec moins de 85 pulsations par minute et de près de 250 000 cellules au-delà de 105 cycles par minute. Le projet Mamovicap a d’ailleurs mis en évidence qu’il y avait davantage de congestions des trayons quand la qualité de la pulsation laissait à désirer.

Autre point de vigilance dans les réglages des machines à traire caprines, le vide de traite n’est pas toujours adapté à la configuration du lactoduc. Les recommandations de 36-38 kPa en lignes basses et 38-40 kPa en lignes hautes et intermédiaires ne sont pas toujours respectées, soit par choix, soit à cause d’une dérive. Or, les élevages dont l’installation avait un niveau de vide jugé insatisfaisant à la fin de l’Opti’traite avaient en moyenne plus de 300 000 cellules par ml que ceux avec un niveau de vide correct. Un vide insuffisant, dû à une fuite d’air par exemple, peut rallonger la traite et provoquer des engorgements de lait. Au contraire, un vide trop élevé dû à un régulateur défaillant par exemple, entraîne une traite agressive.

Enfin, les contrôles Depos’traite ont révélé que la dépose automatique n’était pas satisfaisante dans 78 % des cas. Des capteurs non alignés ou encrassés entraînent des seuils de fin de traite hétérogènes entre les postes, et donc une traite inconstante d’une fois à l’autre pour les chèvres.

Contrôle et assistance traite pour pointer les problèmes

La meilleure solution pour surveiller sa machine reste les contrôles Opti’traite. « C’est un contrôle en l’état, décrit Jean-Louis Poulet, responsable de projet recherche et développement traite à l’Institut de l’élevage. Il n’y a rien à préparer en amont puisqu’on cherche justement à voir les défauts de la machine en routine ». Par contre, si le contrôle reste le meilleur outil pour voir les points faibles, il ne faut pas s’arrêter là et il faut suivre les préconisations. « On voit trop souvent les mêmes remarques d’un contrôle à l’autre » regrette l’expert.

Si les difficultés demeurent, il est possible de demander une assistance traite comme l’a expérimenté Damien Girard de la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres en binôme avec le contrôle laitier. « Ce travail en binôme entre un conseiller traite et un conseiller machine à traire est très intéressant, décrit Damien Girard. Le conseiller élevage repère tout de suite les problèmes sur les trayons et le spécialiste de la machine à traire va mieux détecter les problèmes sur les manchons trayeurs. Il est ensuite nettement plus facile d’expliquer les problèmes rencontrés pendant la traite et trouver des solutions concrètes avec l’éleveur. »

Une machine à traire, comment ça marche ?

Une machine à traire, comment ça marche ? « C’est une histoire de différentiel de pression, résume Jean-Louis Poulet de l’Institut de l’élevage. Le vide, généré par le débit d’air de la pompe à vide, va permettre d’ouvrir le sphincter car la pression dans le trayon est plus importante que la dépression dans le manchon. Le vide stabilisé sert aussi à faire tenir les faisceaux trayeurs sur les trayons et à faciliter l’écoulement du lait. » L’alternance de l’éjection de lait et du massage est obtenue grâce à la pulsation.

En chiffres

La machine à traire française

195 chèvres
11 ans
Traite par l’arrière majoritairement (9 % avec des pots, 7 % avec des rotos)
70 % de ligne basse
15 postes
25 % avec dépose automatique
38,3 kPa de niveau de vide
90 pulsations par minute
60/40 de rapport de pulsation (traite/massage)
Sources : Logimat- Opti’traite (2013-2015)
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