Les chèvres ont toutes leur place dans les fermes d’animation
À la croisée des mondes agricoles, éducatifs et sociaux, les fermes d’animation cherchent à rétablir un lien vivant entre les humains et le monde animal. Les chèvres joueuses en sont un des piliers.
À la croisée des mondes agricoles, éducatifs et sociaux, les fermes d’animation cherchent à rétablir un lien vivant entre les humains et le monde animal. Les chèvres joueuses en sont un des piliers.
« Si les fermes d’animation n’ont pas vocation à produire du lait ou de la viande, elles ont une vraie utilité sociale en produisant du savoir et du bien-être », décrit Sophie Lamidey, présidente de l’Association française des fermes d’animation (Affa). Cette association a vu le jour en 2023 pour représenter les fermes d’animation, ces lieux pensés pour accueillir un public varié qui va de la petite enfance aux personnes âgées en passant par les personnes valides ou en situation de handicap. Le but de ces fermes est de mettre en lien l’homme, l’animal et la nature en présentant des espèces domestiques variées.
Trois dimensions fondamentales : pédagogique, sociale, thérapeutique
La richesse des fermes d’animation tient dans la complémentarité de leurs missions. La dimension pédagogique consiste à transmettre des savoirs par des exemples concrets. La dimension sociale joue sur la rencontre avec l’animal pour favoriser l’inclusion et la revalorisation de soi. « Une visite peut suffire à transformer le regard d’un enfant, mais aussi d’un adulte, s’émerveille Sophie Lamidey. L’animal touche tout le monde, quels que soient l’âge, la situation, la fragilité. » La dimension thérapeutique s’impose naturellement, même quand elle n’est pas revendiquée. « On a vu des personnes se lever de leur fauteuil pour aller vers un poney, là où les soignants n’y parvenaient pas », témoigne Sophie Lamidey.
Les chèvres donnent la folie de la ferme
Dans cette espace, les chèvres ont toutes leur place. « Ce sont les boîtes à conneries de la ferme, s’amuse Sophie Lamidey. Mais elles restent des incontournables des fermes d’animation. Ce sont elles qui donnent de la folie au lieu ». Par son tempérament joueur, imprévisible et parfois espiègle, la chèvre amène de la vie, du rire et un joyeux désordre dans la ferme. Elle dédramatise l’approche des animaux et crée une atmosphère propice à l’émerveillement. « Elle donne de la couleur et du rythme, et nous pouvons nous appuyer sur son énergie pour créer du lien », apprécie Tristan Ferré, formateur en ferme pédagogique et vice-président de l’Affa.
Animal accessible et expressif, la chèvre est une médiatrice naturelle entre humains et animaux. Curieuses, joueuses et malicieuses, les chèvres vont spontanément chercher le contact avec l’humain. « Elle vient si elle a envie, mais quand elle vient c’est un vrai cadeau », s’éblouit Sophie Lamidey.
L’ambassadrice des fermes urbaines
Des chèvres angoras pour parler du poil et du textile, des chèvres naines pour les petits espaces, des races laitières pour observer la lactation… La diversité morphologique des chèvres permet une multitude d’ateliers pédagogiques : traite, alimentation, soins, transformation fromagère… « C’est tellement plus facile d’apprendre la lactation avec une chèvre et son chevreau que dans un manuel scolaire », convient Sophie Lamidey.
Dans le cadre de projets éducatifs ou thérapeutiques, la chèvre peut jouer un rôle de miroir. Son comportement en groupe et ses interactions individuelles permettent aux animateurs de faire émerger des émotions chez les participants. « Et toi, tu aurais quelle place dans ce troupeau ? », aime à demander Sophie Lamidey qui accompagne, conseille et forme les animateurs de ferme pédagogique.
Dans des projets urbains ou périurbains où l’espace est limité, la chèvre représente souvent le plus grand animal que l’on puisse accueillir. Elle devient alors l’ambassadrice des fermes d’animation de petite taille.
Se former pour suivre les réglementations
Les fermes d’animation sont encore souvent réduites à des images d’Épinal : « le coin des animaux à caresser ». Or, ce sont des lieux d’engagement et de transformation. « Nous voulons mettre des étoiles dans les yeux, mais aussi transmettre, éduquer, accompagner. Et ça demande des compétences », rappellent en chœur les deux professionnels.
Sophie Lamidey enseigne aujourd’hui en lycée agricole dans l’Orne et forme les fermes pédagogiques à la médiation animale (formationrelationhommeanimalnature.fr). Elle milite pour que chaque école dispose d’un espace ou d’un temps nature, comme on a imposé le sport dans les programmes scolaires.
Tristan Ferré et sa structure Les entrepreneurs animaliers proposent des formations certifiantes sur les fermes pédagogiques, les animations nature ou la médiation animale. « En multipliant les espèces, nous cumulons les réglementations avec celles des établissements recevant du public. » La charge réglementaire est lourde et peu visible de l’extérieur. « Nous imaginons qu’il suffit d’avoir quelques poules et lapins pour ouvrir une ferme pédagogique. Mais c’est faux. Même les institutions sont parfois perdues, confondant exploitation agricole et ferme d’animation. »
Ferme d’animation
Une ferme d’animation est une ferme avec peu ou pas de production agricole. C’est un lieu pensé pour accueillir un public diversifié (petite enfance, enfance, adolescence, personnes âgées, valides ou en situation de handicap) et présenter des espèces domestiques variées pour mettre en relation l’humain et l’animal. Sa définition a été précisée dans une circulaire interministérielle du 5 avril 2001.
Site de l’Affa et chaîne YouTube
L’Association française des fermes d’animation (Affa) représente et défend les fermes d’animation, qu’elles soient éducatives, pédagogiques, sociales, thérapeutiques ou agricoles. Actuellement, l’association compte 70 adhérents sur environ 400 fermes d’animation identifiées en France. Les Entrepreneurs Animaliers réalisent des vidéos explicatives pour les professionnels de l’agritourisme.
fermedanimation.fr - youtube.com/@lesentrepreneursanimaliers
« Les chèvres ne sont jamais nourries par le public »
Depuis plus de douze ans, la Ferme pédagogique de Pontoise élève des races caprines à petits effectifs dans un cadre éducatif bienveillant, favorisant la préservation du patrimoine vivant et la rencontre entre animaux et publics variés. Témoignages de Juliette Jacquot de l’association Les Z’herbes folles.
« À la Ferme pédagogique de Pontoise, dans le Val-d’Oise, nous travaillons depuis plus de douze ans avec des races à faibles effectifs, chèvre du Rove, angoras, poitevines et chèvres des fossés. Aujourd’hui, nous avons quatre femelles sur site et quelques animaux placés en pâturage écologique dans des résidences et établissements médico-éducatifs. Notre doyenne de 11 ans est une chèvre douce, calme, qui vient au contact naturellement et montre le bon comportement aux plus jeunes. Car, à l’adolescence, vers deux ans, les chèvres deviennent un peu plus têtues et ne veulent plus être touchées. On ne les force pas et on explique simplement au public que c’est une phase normale.
À la ferme, nous tenons à ce que les animaux ne soient jamais nourris par le public. C’est une règle essentielle pour que les chèvres viennent pour le plaisir du contact et non pour chercher de la nourriture. Le public peut les gratter doucement sur le cou ou le dos, mais toujours sous notre surveillance. Quand on voit qu’une chèvre tourne vite la tête, c’est qu’elle en a assez. Alors on arrête le contact avant le petit coup de tête.
Nos chèvres vivent sur environ 5 000 m2 d’espace, au sein d’un parc de trois hectares. Elles partagent le terrain avec des moutons et même un cochon, qu’elles adorent taquiner. Elles sont très joueuses : elles courent, grimpent sur les troncs et planches que nous installons comme enrichissements.
Chaque jour, nous entrons dans les enclos avec nos visiteurs : enfants, personnes âgées, publics en situation de handicap… L’objectif est de faire découvrir les animaux autrement, dans un cadre serein et pédagogique. Nous accueillons aussi des classes issues de quartiers difficiles. Nous les accompagnons avec bienveillance, pour leur apprendre à observer et comprendre les animaux.
La ferme compte aujourd’hui 65 animaux, presque tous issus de races françaises à petits effectifs. C’est notre façon de préserver un patrimoine vivant et de le partager avec le public. »