« Je n’ai traité mes chèvres aux antiparasitaires que deux fois en quinze ans »
Pour Helena Chatri, éleveuse de 200 chèvres dans les Deux-Sèvres, la lutte contre le parasitisme passe par la compréhension du vivant. En quinze ans, elle n’a réalisé que deux vermifuges.
« Je me suis installée en 2009 et, avec Christophe mon mari, nous sommes passés progressivement au pâturage avant de devenir officiellement bio en 2015. Depuis plus de quinze ans, nous mettons en place des pratiques pour éviter au maximum le parasitisme sur mon troupeau de chèvres. Nous pratiquons le pâturage tournant depuis 2011, avec un fil avant et un fil arrière. Nos chèvres ne reviennent jamais sur la même parcelle d’un jour à l’autre et j’attends au moins un mois et demi avant qu’un lot retourne sur une prairie. Comme nous avons aussi des bovins, nous alternons les espèces sur certaines parcelles. Ce ne sont pas les mêmes parasites et cela casse le cycle.
Avant de sortir les chèvres, nous attendons toujours que la rosée du matin soit tombée car les larves se trouvent dans les petites gouttes d’eau au bout de l’herbe. Nous refaisons les prairies tous les quatre à cinq ans avec un labour très superficiel pour limiter l’installation des parasites dans le sol.
Ail et observation des chèvres
Habituellement, je fais deux coprologies au printemps et une à l’automne, ainsi qu’une coproculture en juin. Pour cela, je prélève des crottes fraîches d’une dizaine d’animaux et je les envoie pour analyses. En quinze ans, nous n’avons traité chimiquement que deux ou trois fois car je veux éviter que les vers deviennent résistants aux vermifuges. Si je traite peu, le produit reste efficace.
Nous apportons régulièrement un seau à lécher avec de l’ail qui reste un vermifuge naturel efficace. En 2024, nous avons ouvert un gîte à la ferme et nous étions très occupés. Nous avions oublié de distribuer ce seau d’ail et j’ai constaté une infestation plus importante que d’habitude. J’ai alors traité mais de manière ciblée, uniquement les animaux les plus maigres ou avec du mauvais poil. Je passe beaucoup de temps à observer mes chèvres. Je les connais bien et je repère vite quand quelque chose ne va pas. Les échanges avec le groupe d’éleveurs du Civam permettent de partager nos pratiques et de progresser ensemble. »