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« Ce qui n’était qu’un job d’été est devenu une passion » : au domaine du Merle, être berger s’apprend

Le domaine du Merle est un lieu historique de formation des bergers. Ce métier, mis en avant depuis plusieurs années à cause du retour de la prédation, structure ses savoir-faire et attire des publics variés.

« Être berger n’est plus un métier d’ermite. » affirme François Charron, directeur du domaine du Merle, situé dans les Bouches-du-Rhône. Des bergers, le domaine du Merle en forme depuis quasiment cent ans. Bien loin du cliché du berger rêveur isolé, le domaine formalise et transmet tout le bagage nécessaire au bon exercice de la profession de berger salarié transhumant. Une formation qui a le vent en poupe.

« Nous recevons 40 à 50 candidatures par an, pour 18 places », précise Frédéric Laurent, responsable de la formation. « Il y a de toute sorte de profils, mais essentiellement des personnes en reconversion ou en sortie d’études, y compris d’écoles d’ingénieur. Cette année, les apprenants ont entre 20 ans et 56 ans»

Pourquoi devenir berger vacher transhumant ? Charles, originaire de Savoie et élève au Merle, explique : « Pour avoir un métier avec du concret tous les jours. Être dehors, à la montagne, avec les animaux, que ce soient les brebis ou les chiens. » Et sa camarade Marie-Lou d’enchaîner : « J’ai fait un stage chez un berger-éleveur durant mon BTS. Je me suis retrouvée à garder seule des brebis en estive… et ce qui n’était qu’un job d’été s’est transformé en passion»

Une formation au rythme des saisons

La formation de berger au Merle a une particularité : celle d’être calquée sur le cycle de production annuel d’une exploitation ovine. « L’objectif est de montrer qu’un berger peut être salarié toute l’année, sur tout le cycle de production de la brebis », explique Frédéric Laurent. L’année de formation débute mi-septembre avec la descente des brebis d’estive puis les agnelages au domaine du Merle. Les élèves alternent cours et stages en exploitation.

En janvier, ils attaquent le programme sur le pastoralisme, avec des cours de chiens de conduite et de garde de troupeau. Ils passent ensuite quinze jours dans le Champsaur, à proximité d’une dizaine d’alpages avec des problématiques différentes, comme une forte fréquentation touristique, une grosse emprise de la forêt, des risques de prédation… « Il faut se confronter à différentes situations pour mieux les gérer à l’avenir. » En juin, les apprenants partent pour trois mois de stage en estive, dans un groupement pastoral, seul ou en binôme.

Une insertion professionnelle facilitée

Face à la pression de la prédation, le métier de berger salarié se développe, d’autant qu’il est soutenu dans le cadre du plan loup. « Il y a aujourd’hui un vrai besoin de bergers salariés. Nos élèves n’ont aucun souci à trouver du travail à la sortie de la formation », affirme Frédéric Laurent.

Le besoin de formation est d’autant plus fort qu’il incombe au berger de lourdes responsabilités. De la conduite du troupeau, et du niveau de stress vécu par les brebis, dépendent le futur agnelage et donc le revenu de l’éleveur. Le berger est aussi de plus en plus fréquemment au contact du grand public, ce qui nécessite de savoir communiquer, notamment sur la prédation et les chiens de protection.

Une nouvelle certification de berger

La formation est dotée, depuis cette année, d’une nouvelle certification de berger vacher transhumant, reconnue par France compétences, et portée par le domaine du Merle et les CFPPA de Pamiers, Lannemezan, Pau et Chambéry. Un grand pas en avant dans la reconnaissance de cette formation. « C’était l’occasion de poser sur le papier les compétences du berger », explique François Charron, directeur du domaine.

Si elles partagent la même certification, chacune des écoles propose une formation adaptée à ses spécificités régionales. La formation du Merle est ainsi centrée sur le pastoralisme, et est adaptée à la taille des troupeaux gardés dans la région, qui peuvent aller jusqu’au millier de têtes en estive.

Le domaine du Merle, un lieu d’expérimentation

Mais le domaine du Merle, qui appartient à l’Institut Agro de Montpellier, n’est pas qu’un lieu de formation. S’étendant sur 400 hectares, dont 142 en foin de Crau AOP, il compte un élevage de 1300 brebis mérinos d’Arles en sélection. Ces animaux sont mis à contribution dans des activités de recherche, qui peuvent être conduites avec les élèves de l’Institut Agro. Récolte de données sur la pousse de l’herbe, comportement des agnelles au pâturage, test de colliers GPS, essai d’une balance d’autopesée… les expérimentations en cours sont nombreuses.

D’autant que le domaine est aussi un centre de référence du gène Booroola, un gène d’hyper-prolificité introduit dans les années 1980. Une femelle mérinos d’Arles homozygote peut ainsi avoir jusqu’à sept agneaux. Mais cette hyper-prolificité causant un fort taux de mortalité, autour de 20 %, le domaine n’élève plus que des femelles hétérozygotes depuis 4 ans, ramenant la mortalité à 11 %. Les mâles homozygotes sont vendus aux éleveurs souhaitant élever des femelles F1, qui sont ensuite croisées avec des béliers de race bouchère.

La plaine de la Crau : entre cultivateurs et éleveurs herbassiers

La production de foin de Crau sous AOP et l’élevage transhumant de mérinos d’Arles font vivre le territoire de la plaine de la Crau. Mais d’où vient ce système si unique en son genre ? La plaine de la Crau est loin d’être un paysage naturel : cette steppe aride correspond en fait à l’ancien delta de la Durance, qui a été déviée au XVIe siècle. En 1959, le barrage de Serre-Ponçon est construit sur la Durance pour sécuriser la ressource en eau l’été.

Il permet le développement de l’irrigation dans la plaine de la Crau, via un réseau très fin de canaux. Dans la plaine, chaque parcelle de prairie est bordée d’un canal alimenté de mai à août. L’irrigation des prairies se fait par débordement : des vannes installées sur les canaux, appelées martellières, font déborder l’eau sur les parcelles.

L’élevage ovin comme fil conducteur

Aujourd’hui, la plaine de la Crau compte quelque 100 000 ovins répartis dans 160 élevages. « Les prés de fauche irrigués de la plaine de la Crau sont pâturés en automne et en hiver, puis les parcours de la Crau sèche, non irrigués, sont pâturés pendant la lutte en avril-mai, et enfin les troupeaux passent l’été dans les Alpilles. L’élevage ovin transhumant fait le lien entre tous ces territoires », explique Pierre-Marie Bouquet, directeur du domaine agricole du Merle, près de Salon-de-Provence.

Les prairies irriguées sont fauchées trois fois. Historiquement, des éleveurs ovins herbassiers, sans terre, achetaient la « 4e coupe » de foin de Crau sur pied. Après un été en estive, les brebis redescendaient en septembre dans la plaine pour l’agnelage. Elles allaitaient leurs agneaux sur les prés de fauche jusque fin février. Aujourd’hui, certains exploitants endossent les deux casquettes de producteur de foin de Crau et d’éleveur de mérinos.

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