Canicule en élevages de volailles : « l’âge des bâtiments et les systèmes de ventilation ont fait de la différence sur la mortalité »
Après la canicule de fin juin qui a touché la France par des températures extrêmes, l’heure est au bilan pour les filières volailles. Les 700 000 poules pondeuses et 2,5 à 3 millions de volailles de chair perdues sont principalement liées aux élevages avec des bâtiments anciens, moins adaptés au niveau de l’isolation et de la ventilation.
Après la canicule de fin juin qui a touché la France par des températures extrêmes, l’heure est au bilan pour les filières volailles. Les 700 000 poules pondeuses et 2,5 à 3 millions de volailles de chair perdues sont principalement liées aux élevages avec des bâtiments anciens, moins adaptés au niveau de l’isolation et de la ventilation.
Pour les poules pondeuses comme pour les volailles de chair, le constat est clair : les bâtiments les plus anciens n’ont pas permis de gérer les forts pics de chaleurs, avec des maximales à plus de 40°C pendant plusieurs jours.
« Les bâtiments récents sont plus adaptés au niveau de l’isolation et de la ventilation, car ils sont construits en ventilation dynamique », indique la directrice du CNPO. « La ventilation statique est surtout présente sur les productions plein air au sens large (Bio, Label Rouge), où les conséquences ont été plus lourdes. Il y a aussi de très vieux bâtiments en cage qui ne sont plus adaptés et où la mortalité a été élevée », informe-t-elle. En poulet de chair, les filières de qualité comme Label Rouge, ont subi des mortalités plus importantes du fait de l’absence de ventilation dynamique, imposée par le cahier des charges.
De nombreuses pertes
Après l’épisode caniculaire qui a touché beaucoup d’éleveurs de volaille fin juin, le CNPO et l’Anvol cumulent les données pour essayer d’estimer l’impact des fortes chaleurs sur le cheptel et les productions. En poules pondeuses, le bilan est lourd, avec une estimation de 700 000 poules pondeuses perdues, représentant 1 à 1,5% du cheptel français. « Cette estimation a été réalisée à partir d’une étude sur notre réseau. Le marché de l’œuf est globalement tendu, nous sommes attentifs à toutes les fluctuations qui peuvent avoir lieu », déclare Alice Richard, directrice du CNPO. En volaille de chair, « les pertes sont estimées entre 2,5 et 3 millions de volailles. C'est le poulet qui a subi le plus de pertes, les autres espèces, dindes, pintades et canard étant plus résistantes à la chaleur » rapporte Yann Nédélec, directeur de l'Anvol. « En pintade, il n’y a pas eu de surmortalité. Ce sont des animaux originiaires d’Afrique, donc ils sont beaucoup plus résistants à la chaleur », détaille Emmanuelle Henninot, déléguée générale du CIP.
Des conséquences visibles à court terme
A court terme, une baisse de la production peut être enregistrée car les animaux sont moins performants pendant les fortes chaleurs. Les baisses de performances concernent le nombre de ponte, le poids d’œufs et le GMQ des volailles de chair, légèrement réduit pendant cette période. A moyen terme, il faudra compenser les pertes sur une partie du cheptel. Mais la canicule aurait eu moins d’impact direct sur les élevages de poulettes : « A ma connaissance, aucun lot de poulettes n’est concerné », assure Alice Richard. En volaille de chair, les conséquences sont directes sur le marché, mais sont restées contrôlées : « Il manquait des animaux à la suite de la semaine de canicule, mais cela n’a pas assez d’impact pour avoir une répercussion dans les rayons », souligne Maël Tanguy, responsable filière élaborée de SBV Bretagne.
Des régions mieux préparées
« Les régions les plus touchées sont la Bretagne et les Pays de la Loire, deux régions qui ne sont pas habituées à voir de vagues de chaleur », déclare Jean-Michel Schaeffer, président de l’Anvol. Alice Richard réalise ce même constat concernant les élevages de poules pondeuses. « Les régions du Sud ont été un peu moins touchées car mieux préparées à ces enjeux climatiques », ajoute-t-elle.
Construire et adapter la filière
Alice Richard est confiante pour la suite : « Nous sommes attentifs et intéressés par les annonces de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard). Cela montre la nécessité d’installer de nouveaux poulaillers, qui seront forcément plus adaptés aux enjeux climatiques ». De plus, le CNPO a « des projets en cours avec l’Itavi pour aller voir des bâtiments en Italie et en Espagne pour s’inspirer de ce qui est déjà mis en place dans des pays plus chauds ». « Il est important de faire du partage d’expérience entre les régions, en France comme à l’international », affirme Alice Richard. L’Anvol travaille également sur des projets d’adaptation : « Nous avons réalisé un voyage en Espagne, afin de comprendre les adaptations qui étaient faites dans leurs bâtiments. On ne peut pas faire du copier-coller, mais il faut s’en inspirer », explique Jean-Michel Schaeffer. « Il y aura aussi des projets à venir sur la gestion des animaux retrouvés morts par les services d’équarrissage », conclut la directrice du CNPO. La saturation des services d’équarrissage et l’absence de ramassage des animaux était bloquante et a souvent été vécu comme un traumatisme pour les éleveurs ayant subi de lourdes pertes.
La coopérative les fermiers de Janzé équipe ses bâtiments d’arrosage et de turbines
« En 3 jours, pendant la canicule, environ 50 bâtiments ont été équipés avec de l’arrosage. Et pour mieux équiper nos bâtiments en ventilation statique, au moins 100 turbines ont été vendues cette année. Nous avons pour objectifs d’équiper les 170 élevages, avec un accompagnement spécifique pour financer 70% du prix des turbines », témoigne Stephane Letue, directeur de la coopérative. C’est ce qui a permis à certains éleveurs, comme Nicolas Giboire, de passer la canicule sans pertes anormalement élevées. « Je n’ai pas eu de surmortalité. Je m'étais équipé en 2020 de brasseurs d'airs dans tous mes bâtiments, en répondant à l’offre lors de la première campagne de la coopérative. J’avais acheté 4 turbines, à 1500€ l’unité, pour en avoir une par bâtiment. Aujourd'hui il en faudrait 2 par bâtiment pour que ce soit optimal », acquiesce l’éleveur de poulet en Label Rouge.
Jérémy Choquet, éleveur de poulets lourds à Trédion
« Ma ventilation dynamique efficace m’a permis de ne pas perdre plus d’animaux que d’habitude »
« Dans mon bâtiment, j'ai réussi à passer sans surmortalité, car la ventilation dynamique et la brumisation sont efficaces. Le principal défi était d'équilibrer les températures entre le jour et la nuit. J'ai réussi à maintenir 33°C à l’intérieur de mes bâtiments alors qu'il faisait 44°C dehors. Les bâtiments d'aujourd'hui sont conçus pour aller jusqu’à 40°C environ, au-dessus, il va falloir s'adapter et repenser les modèles. »