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La lutte biologique contre les mouches : intérêts et points de vigilance en élevage bovin

Pour réduire les populations de stomoxes et autres mouches nuisibles en élevage bovin, la lutte biologique dispose d’un acarien prédateur, de mini-guêpes parasitoïdes et d’une mouche prédatrice. Les points clés pour une lutte efficace. 

La lutte chimique pose des problèmes de pollution de l’environnement, de réduction de biodiversité, de résistance des insectes et d’impact sur la santé des utilisateurs. La lutte biologique contre les mouches peine néanmoins à se développer en élevage bovin, question d’habitudes et de coûts, mais aussi de manque de mise en avant par les distributeurs et prescripteurs.

« Quelles que soient les techniques de lutte, chimiques ou biologiques, contre les mouches, elles ne permettent pas, utilisées seules, d’en venir à bout. Et elles ne permettent de réduire les populations que si la gestion des bâtiments est bien réalisée au préalable », plante Grégoire Kuntz, vétérinaire référent maladies émergentes pour Innoval GDS Bretagne.

1 - Les actions préventives

La base de la lutte est de limiter au maximum l’installation des gîtes larvaires, qui se retrouvent principalement au niveau du stockage des effluents d’élevage et des litières, ainsi qu’autour des auges et râteliers quand les refus ne sont pas nettoyés régulièrement. Les larves aiment l’humidité, la chaleur et la matière organique. Les actions préventives sont donc, selon GDS France : le maintien d’abords de bâtiments propres, le raclage efficace des sols, le curage régulier des litières, le nettoyage des auges et abreuvoirs, le maintien d’une nurserie propre, l’éloignement de la fumière et son drainage, voire recouvrir la fumière d’une bâche noire, l’amélioration de l’aération du bâtiment et la ventilation.

« Les bâtiments avec une forte concentration en animaux sont plus à risque et favorisent une forte concentration d’insectes », ajoute Grégoire Kuntz.

2 - La lutte bio ne s'associe pas aux insecticides 

La lutte biologique dispose de trois types d’auxiliaire : un acarien prédateur d’œufs et de larves de mouches, deux mini-guêpes qui parasitent les pupes (après le stade larvaire), et le stade larvaire d’une mouche (Ophyra aenescens) qui mange les larves de mouches.

La lutte biologique ne peut être efficace « qu’en absence d’utilisation d’insecticides », rappelle Gérard Duvallet, professeur émérite de l’université Paul-Valéry de Montpellier, ayant œuvré à des études sur la lutte biologique contre les mouches, dont les stomoxes. « En tuant des auxiliaires, les insecticides lèvent la pression prédatrice sur les nuisibles », développe Grégoire Kuntz.

3 - Associer les acariens prédateurs à un autre auxiliaire

Un seul auxiliaire ne suffit pas pour réduire la pression des mouches. « Les lâchers de mini-guêpes réalisés sur l’île Maurice (projet américain) et ceux sur l’île de La Réunion (projet du GDS) n’ont pas permis, pour de multiples raisons, d’atteindre l’efficacité attendue, explique Gérard Duvallet. Par contre, en ajoutant des acariens prédateurs aux mini-guêpes, les résultats sont concluants. »

Il faut aussi installer les bons auxiliaires aux bons endroits. « En système tout lisier, c’est la mouche Ophyra associée à l’acarien Macrocheles robustulus qu’il faut utiliser. Avec du fumier, ce sont les mini-guêpes qu’il faut associer à l’acarien », détaille Damien Morel, entomologiste et directeur de Bestico, entreprise spécialisée dans la lutte biologique et qui a innové en associant ces auxiliaires.

4 - Démarrer tôt, lâcher une à deux fois par mois

Pour maximiser l’efficacité de la lutte biologique, le suivi du protocole d’application doit être rigoureux. « Pour intervenir au bon endroit, au bon moment, la lutte biologique demande plus d’observation et de précision dans l’application, que la lutte chimique », estime Pascal Nicolas, technicien chez Farago, filiale d’Innoval.

« Il faut mettre les auxiliaires dans les endroits propices aux gîtes larvaires, entre une et deux fois par mois, selon le nombre d’animaux. Les applications peuvent démarrer dès mars jusqu’en septembre. Les protocoles tiennent compte du nombre d’animaux et des systèmes de logement des vaches et des veaux : ils sont réalisés par les revendeurs ou en ligne sur notre site Internet. Nous proposons aussi un système d’abonnement pour recevoir les auxiliaires au moment où il faut renouveler les applications », décrit Damien Morel.

« Il faut démarrer tôt - et c’est valable aussi pour la lutte avec insecticides -, parfois dès février si la météo est douce, pour limiter au maximum les œufs et larves », ajoute Joannick Dorso, vétérinaire chez Seenovia. Il faut mettre le bon nombre de boîtes contenant les auxiliaires, aux bons endroits, ce qui nécessite une étude de la configuration du site et des pratiques d’élevage. »

5 - Plus compliqué au pâturage

Au pâturage, « il n’y a pas de solution biologique pour baisser la pression des mouches qui gênent les bovins en extérieur », indique Grégoire Kuntz.

« Les animaux revenant du pâturage peuvent amener dans les bâtiments des mouches venant de l’extérieur. Mais les pontes, les larves et les pupes de ces mouches pourront être détruites par les auxiliaires de la lutte biologique », souligne Gérard Duvallet.

Par contre, la pose de piège sur le chemin de retour du pâturage pose un problème de sélectivité.

Rectificatif

Suite à l'article Maladies bovines : réduire l'invasion de mouches et autres vecteurs volants, nous apportons des nuances et précisions. La lutte biologique est concluante dans la mesure où « elle permet de réduire le nombre de mouches. Elle fait partie de la lutte intégrée contre les stomoxes et autres mouches », nuance Lionel Grisot, vétérinaire et président de la commission épidémiologie de la SNGTV. Grégoire Kuntz, de GDS Bretagne, abonde : « Plusieurs études (notamment des expérimentations menées avec l’université Paul-Valéry de Montpellier) montrent une efficacité des insectes prédateurs et parasitoïdes pour réduire la pression de différentes mouches gênantes en élevage, dont les stomoxes. »

Ces auxiliaires sont « plus sélectifs que les solutions chimiques car ils touchent plus précisément les mouches cibles, et peu d’autres insectes », reconnaît Lionel Grisot. « Les mini-guêpes et les acariens ont un impact sur les stomoxes, sur les mouches domestiques, sur les Calliphoridae (mouches bleues et vertes) et sur les Sarcophagidae, qui sont toutes des nuisibles en élevage, détaille Gérard Duvallet, professeur émérite de l’université Paul-Valéry de Montpellier. De plus, ces auxiliaires sont relâchés sur les tas de fumiers et sur les litières à l’intérieur des bâtiments. Ayant de quoi se nourrir sur le site d’élevage, ils restent sur site et ne diffusent guère vers l’extérieur. Enfin, on ne leur connaît pas d’impact sur des espèces importantes à conserver, comme les pollinisateurs. »

 

Quid des huiles essentielles et de la brumisation ?

« Les huiles essentielles, en raison de leur coût et de leur rémanence très faible, n’ont pas d’intérêt dans la lutte contre les mouches », estime Gérard Duvallet de l’université Paul-Valéry de Montpellier

« Les études portant sur l’efficacité des huiles essentielles ne sont pas concluantes. Même si on sait par connaissance empirique que les insectes n’aiment pas certaines odeurs qui agissent comme répulsifs, même si des éleveurs disent que cela fonctionne, il n’y a pas de preuve scientifique de leur efficacité », explique Grégoire Kuntz de GDS France.

Si la brumisation gêne les mouches, il ne faut pas en abuser car elle augmente l’humidité de l’environnement, favorable au cycle des mouches. « En outre, cela aggrave le stress thermique quand il fait chaud car la chaleur humide est plus difficile à supporter que la chaleur sèche », souligne Grégoire Kuntz.

 

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