Gaec du Limousin : « Nous avons toujours gagné plus avec l’élevage qu’avec les cultures »
En Meurthe-et-Moselle, les deux associés du Gaec du Limousin combinent efficacité technique et autonomie alimentaire pour construire une base économique solide. Le gène sans cornes a été introduit dans le troupeau limousin il y a plus de dix ans.
En Meurthe-et-Moselle, les deux associés du Gaec du Limousin combinent efficacité technique et autonomie alimentaire pour construire une base économique solide. Le gène sans cornes a été introduit dans le troupeau limousin il y a plus de dix ans.
« Grâce à l’élevage, notre exploitation fait vivre deux familles sur 220 hectares, apprécient Jean-Marc et Fabrice Chenut. Si nous n’avions que des cultures, il y aurait à peine assez de revenus pour une famille. » À Laix, au nord de la Meurthe et Moselle, l’oncle et le neveu élèvent 130 vaches limousines. La vente sous label des femelles et de 15 à 20 mâles comme reproducteurs ainsi qu’une grande autonomie alimentaire permettent au bien-nommé Gaec du Limousin de dégager 151 000 euros d’EBE.
Cette efficacité économique débute par une conduite performante de la reproduction, avec 100 % d’IA. « Nous préférons l’IA pour plusieurs raisons, argumente Jean-Marc Chenut. Déjà, pour préserver la situation sanitaire du troupeau, aucun animal n’est acheté. Ça évite d’introduire des maladies, ne serait-ce que de la gale ou des dartres. » Pour l’éleveur, qui reconnaît être « fou de génétique », l’IA permet aussi de maximiser le progrès génétique. « Je fais des choix à la vache, insiste Jean-Marc Chenut. Sur une campagne de reproduction, je peux mettre 10 ou 11 taureaux différents. Avec de la monte naturelle, ça ne serait pas possible. » Enfin, avoir recours à l’insémination facilite le groupage des vêlages. Car, au Gaec du Limousin, 80 % des vêlages, soit une centaine de veaux, ont lieu en septembre et octobre. Au plus tard le 15 novembre, tous les veaux sont nés. « C’est un choix pour l’organisation et le sanitaire, argumentent Jean-Marc et Fabrice Chenut. C’est une période plus calme pour les cultures. On se consacre totalement aux vêlages. Comme les veaux naissent dehors, il n’y a pas de problèmes de diarrhées. » Seules les génisses vêlent en bâtiment pour mieux les surveiller, mais elles ressortent dès que possible au parc.
Les éleveurs ont choisi cette période de vêlage aussi, car elle permet de recommencer les inséminations en novembre et décembre. « Les vaches viennent de rentrer, elles sont en pleine forme », apprécient les éleveurs. Un choix qui semble judicieux au vu des taux de réussite à la première IA, 80 % sur les vaches, 70 % sur les génisses, et d’un IVV de 366 jours. Pour maintenir ces vêlages groupés, Jean-Marc et Fabrice Chenut sont intraitables. « Le décalage est un critère d’élimination des génisses. À la fin février, celle qui ne retient pas, elle part. »
80 % de réussite en 1re IA sur les vaches
Jean-Marc et Fabrice Chenut gardent tous leurs veaux femelles. « À part une dizaine, les moins belles. Toutes les autres sont inséminées, expliquent-ils. La sélection se fait après le premier vêlage. Celles qui ne sont pas de bonnes mères, qui ne sont pas dans le bon créneau de vêlage sont valorisées en label. » Cette possibilité de valorisation et l’envie de toujours améliorer le niveau génétique les amènent à avoir un taux de renouvellement de 30 %. Une deuxième vague de sélection a lieu sur une quarantaine de vaches de 9 ans, afin qu’elles puissent encore être valorisées en label. « Cette année, le label nous a permis de les vendre à 7,50 euros par kilo, apprécie Jean-Marc Chenut. Je n’ai jamais vu un tel prix en 40 ans de carrière. »
Quant aux veaux mâles, 20 à 25 sont vendus comme reproducteurs, les autres partent en broutards, essentiellement vers l’Allemagne. Pourquoi ne pas les engraisser ? « Ça nous rapporterait 300 euros de plus, reconnaît Jean-Marc Chenut. Mais il faudrait refaire un bâtiment et ça demanderait plus de travail. L’engraissement ne serait pas rentable. »
Priorité à l’enrubannage pour sécuriser la qualité
Sur les 220 hectares qu’exploite le Gaec, 135 sont en herbe, dont une large proportion en prairies naturelles. Le troupeau pâture du 1er avril au 1er novembre. « Avec 2 UGB/ha, le chargement est important, reconnaissent Jean-Marc et Fabrice Chenut. Au printemps, on est à 28 ares par couple mère/veau, après on monte à 45 puis 60 ares. On préfère apporter un peu d’enrubanné si les animaux manquent de fourrages, plutôt que de perdre de l’herbe à cause des refus s’ils sont sur une surface trop grande. »
Pour valoriser les animaux en Label rouge, les éleveurs ne pouvaient pas jusqu’à présent leur distribuer de l’ensilage de maïs. Produire une herbe de qualité est donc essentiel. Jean-Marc et Fabrice Chenut ont fait le choix d’enrubanner 90 % de l’herbe récoltée, le reste est en foin. « Certes, l’enrubannage a un coût, mais ça permet de récolter au bon stade, donc d’avoir un fourrage au top de la qualité, affirme Jean-Marc Chenut. On organise nos stocks en jouant sur la couleur des films et en mettant des numéros. C’est plus simple pour constituer des rations homogènes. » Les deux associés se sont équipés pour réaliser eux-mêmes l’enrubannage « dans le but d’intervenir au bon stade, quitte à multiplier les chantiers. Le gain de qualité paie le surcoût de chantier », estiment-ils. Ce fourrage d’excellente qualité permet de composer la ration hivernale avec de l’enrubanné, de la luzerne et 1 à 2 kg de paille, sans complémentation. « Les vaches reçoivent juste 100 à 200 grammes de farine pour les attirer au cornadis », détaille Jean-Marc Chenut. Quant aux broutards et aux vaches en engraissement, la complémentation se fait avec un aliment maison composé d’orge, de féverole et de luzerne.
Florian Boyer, de la chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle : « Un système performant »
« L’efficacité économique du Gaec du Limousin s’appuie à la fois sur un suivi rigoureux du troupeau, des fourrages de très bonne qualité et des charges opérationnelles maîtrisées. L’exploitation est suivie par le réseau Viande bovine 54 depuis de nombreuses années.
Le choix d’une reproduction basée entièrement sur l’insémination permet un progrès constant du niveau génétique. Le sanitaire est bien maîtrisé, notamment grâce à une période de vide sanitaire dans le bâtiment. La mortalité est faible. En ayant des vêlages groupés, les éleveurs sont focalisés sur la gestion des naissances. Comme toutes les vaches sont au même stade, c’est plus facile de caler la ration. Même pour la vente des broutards, un marchand sera plus intéressé par un gros lot que deux petits étalés dans le temps.
La performance économique vient aussi de la maîtrise des charges alimentaires, grâce à des fourrages de qualité. Peu de troupeaux arrivent à de telles performances, avec une production de viande vive de 313 kg/UGB, avec aussi peu de concentrés (105 €/UGB). La vente sous label apporte de la rentabilité, avec 1 à 1,2 €/kg au-dessus du cours. Couplée à l’autonomie alimentaire, cela permet une stabilité de l’EBE et de bonnes performances économiques. Au Gaec du Limousin, la marge brute par hectare SFP est de 1 144 euros, alors que la moyenne du réseau Viande bovine 54 est à 760 euros.
« Un troupeau sans cornes est un atout commercial pour la vente de reproducteurs »
« Écorner des veaux est une tâche ingrate. En plus, il y a toujours une baisse de croissance après l’écornage », souligne Jean-Marc Chenut. Mais travailler avec des animaux porteurs de cornes reste dangereux pour eux et pour les éleveurs. « Je trouve que les vaches sans cornes sont plus calmes, plus dociles », remarque l’éleveur.
Pour avoir des animaux naturellement sans corne, Jean-Marc Chenut a acheté dès 2014 en Allemagne des doses de taureaux porteurs homo ou hétérozygotes du gène polled. « En France, la recherche de reproducteurs polled n’était pas encore une priorité. Alors qu’en Allemagne, l’écornage devait déjà être fait par un vétérinaire. Les sélectionneurs allemands ont travaillé la génétique sans cornes bien avant les Français », explique l’éleveur. Au fur et à mesure des générations, en incluant le critère « polled » dans ses choix de reproducteurs, Jean-Marc Chenut a obtenu un troupeau dans lequel 90 % de veaux naissent sans cornes. « Sur 60 veaux femelles qui naissent, il m’en reste environ 6 à écorner. C’est gérable », estime Jean-Marc Chenut. Sur les 15 et 20 mâles que Jean-Marc et Fabrice Chenut vendent, chaque année, pour la reproduction, ceux qui naissent avec des cornes les gardent. « Je ne les écorne pas pour qu’il n'y ait pas d’ambiguïté à la vente », souligne Jean-Marc Chenut.
Valoriser la génétique
« Proposer des taureaux sans cornes est un atout commercial supplémentaire. Mais le premier critère que regarde un acheteur reste la valeur génétique de l’animal, souligne l’éleveur. Je fais la même chose. Quand je raisonne mes accouplements, je choisis le taureau qui convient à mes vaches. S’il est sans corne, c’est la cerise sur le gâteau. » Bien qu’ayant envie d’un troupeau naturellement sans cornes, l’éleveur a pris le temps d’introduire cette particularité pour que ça ne se fasse pas au détriment du progrès génétique. Maintenant que la majorité des femelles est homozygote sans corne, l’éleveur remet certains taureaux cornus pour élargir les choix génétiques et maximiser le progrès.
Fiche élevage
2 UTH, Jean-Marc installé en 1987 et Fabrice, installé à la suite de son père en 2018
220 ha : 80 hectares en céréales, tout le reste en surfaces fourragères
130 vaches limousines
Évolution des marges brutes
Résultats économiques