Blé tendre : quelles sont les variétés les plus économes en azote ?
Grâce au progrès génétique, les nouvelles variétés de blé tendre valorisent mieux les apports d’azote. Si ce critère n’est pas directement sélectionné par les obtenteurs, les essais d’Arvalis montrent des écarts entre variétés, avec à la clé des économies d’engrais pouvant atteindre plusieurs dizaines d’unités par hectare.
Grâce au progrès génétique, les nouvelles variétés de blé tendre valorisent mieux les apports d’azote. Si ce critère n’est pas directement sélectionné par les obtenteurs, les essais d’Arvalis montrent des écarts entre variétés, avec à la clé des économies d’engrais pouvant atteindre plusieurs dizaines d’unités par hectare.
Toutes les variétés de blé tendre ne se valent pas du point de vue de la valorisation des apports d’azote. Bien qu’il n’y ait pas de travaux spécifiques menés par les sélectionneurs sur ce critère, les essais menés a posteriori des inscriptions, notamment par Arvalis, permettent de mesurer les performances des différentes variétés sur ce point. L’efficience des variétés de blé s’évalue en mesurant leur capacité à transformer une quantité d’azote absorbée en rendement et en protéines.
Un gain annuel de 0,13 kg de grains par kilo d’azote
« Dans les projets de recherche des dix dernières années, nous constatons un progrès génétique sur l’efficience azotée des variétés de blé tendre », assure Alexis Decarrier, animateur de la filière blé tendre chez Arvalis. Les résultats montrent que les nouvelles variétés produisent plus de quintaux même en conduite contrainte en azote (fertilisation réduite). « Les progrès génétiques permettent de produire environ 0,13 kg de grains supplémentaires par kilo d’azote apporté par an, soit une économie d’environ 6 à 8 kg N/ha sur 10 ans pour un même niveau de production », précise le responsable. Le principal progrès réside dans l’amélioration de la conversion de l’azote absorbé en quintaux, plus que dans l’absorption d’azote en elle-même.
Des marqueurs génétiques ont été identifiés dans ces projets même si les sélectionneurs travaillent surtout sur les caractères liés à la protéine du grain. « Les progrès génétiques portent aussi sur la résistance des variétés aux bioagresseurs, ajoute Florent Cornut, directeur Ventes et Marchés de Secobra. Or, des plantes en meilleure santé sont davantage capables de valoriser l’azote. »
Des variétés classées selon leur besoin en azote
Pour classer les variétés en fonction de leur réponse à l’azote, Arvalis s’appuie sur des réseaux d’essais expérimentaux en collaboration avec des partenaires. Pour calculer la dose totale d’azote à apporter sur blé tendre, la méthode du bilan prévisionnel s’appuie sur le besoin unitaire en azote de la variété pour produire un quintal, dit « coefficient b ».
Les variétés sont classées en trois catégories de coefficient b : 2,8, 3 et 3,2 kg d’azote par quintal. Les variétés classées 2,8 absorberont moins d’azote que celle classée 3,2 pour obtenir un même rendement. L’institut évalue aussi un besoin « qualité » (coefficient bq) pour garantir un taux de protéines minimal (11,5 % sur blé tendre) sans perdre en productivité pour les blés destinés au débouché panification et export. Concrètement, entre les catégories de variétés 2,8 et 3,2, la différence s’élève à 0,4 unité par quintal. Pour un blé avec un objectif de 100 q/ha, elle serait de 40 unités d’azote, soit entre 60 et 70 euros de l’hectare au prix actuel des engrais azotés. « Dans le contexte de prix, grapiller quelques unités ici et là devient de plus en plus intéressant économiquement », note Alexis Decarrier.
Besoins unitaires en azote (kg N/q) à prendre en compte par variété et par objectif de production
| Classement des variétés selon leur besoin en azote pour 2026 | ||
| Variétés | Classe de b | Classe de bq 11,5 % |
| LG Niklas | 2,8 | 2,8 |
| Advisor, Ampleur, Arcachon, Belzebuth, Campesino, Celebrity, Chevignon, Facility, Giodzilla, Hybiza, Hyligo, Hymalaya, Hystar, Karabol, Kingkong, KWS Agrum, KWS Etoile, KWS Globe, LG Aero, LG Akathon, LG Asterion, Olaf, RGT Farmeo, RGT Indexo, RGT Majesko, RGT Propulso, Shrek, SU Horizon, SU Hylord, SU Hyreal, SU Hystoric, Sy Admiration, Sy Rocinante | 2,8 | 3 |
| Academy, Agenor, Apache, Arkeos, Auchy, Balzac, Chamdor, Conquistador, Geopolis, Gerry, Hansel, Intensity, Jeriko, Junior, Kaktus, Karoque, KWS Erruptium, KWS Parfum, KWS Sphere, LG Abrazo, LG Absalon, LG Acadie, LG Acrobat, LG Arlety, LG Audace, Obiwan, Oregrain, Outdoor, Pailledor, Pibrac, Prestance, Providence, RGT Luxeo, RGT Nobello, RGT Profusio, RGT Valparaiso, Stromboli, SU Ecusson, SU Electron, SU Hyankee, SU Hysbiscus, SU Hycardi, SU Hytoni, SU Master, SU Mousqueton, SU Savignon, Sy Passion, Talendor, Thermidor, Winner | 3 | 3 |
| Accomply, Complice, Garfield, Generik, Graveline, Hyacinth, KWS Astrum, KWS Extase, KWS Millesime, KWS Perceptium, KWS Regate, KWS Ultim, Lid Pavane, Macaron, Pondor, RGT Koesio, RGT Lookeo, RGT Palmeo, RGT Sacramento, RGT Sundeo, RGT Tweeteo, Spirou, SU Hyclass, SU Pulsion | 3 | 3,2 |
| Fabulor, Grekau, LG Abilene, LG Aikido, Lid Macumba, RGT Borsalino, RGT Letsgo, RGT Montecarlo, RGT Pacteo, SU Addiction, SY Transition, Unik | 3,2 | 3,2 |
Lecture du tableau :
Sans objectif protéines : il y a un écart de petit b rendement de 0,4 kgN/quintal entre un Kingkong (b=2,8) et un Fabulor (b=3,2) par exemple, soit 40 u pour 100 q/ha.
En intégrant un objectif protéines car le débouché le nécessite, il y a un écart de 0,2 kgN/quintal entre Facility (bq=3) et KWS Extase (bq=3,2), soit 20 u pour 100 q/ha.
L’expert fait aussi remarquer que la meilleure valorisation de l’azote par la plante a permis de maintenir les teneurs en protéines en parallèle du progrès génétiques sur le rendement. Ce critère pourrait aussi monter en puissance à l’avenir vis-à-vis des objectifs de décarbonation des productions agricoles.
Des projets de recherche pour améliorer l’efficacité des intrants
Arvalis est engagé dans des partenariats internationaux sur les variétés BNI(1). Cette technologie pourrait augmenter l’efficacité d’utilisation de l’azote, faire des économies d’engrais azotés et diminuer l’émission de gaz à effet de serre (variétés ayant la capacité d'inhiber la nitrification par l’exsudation d’inhibiteurs biologiques de la nitrification). D’autres travaux sont également conduits sur les profils racinaires des céréales, au travers notamment du projet européen Root2Res, avec pour finalité d’améliorer l’efficacité des intrants et la résistance aux aléas climatiques.