Rapport sur le cadmium : la Fnab refuse que le bio soit « mis dans le même sac que le conventionnel » et demande un correctif à l’Anses
Dans une lettre adressée le 30 mars à l’Anses, la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab) fait part de son « étonnement quant à certaines erreurs et imprécisions concernant l’agriculture biologique » contenues, selon elle, dans le rapport d’expertise relatif à la réduction de l’imprégnation de la population française au cadmium. Elle demande un correctif.
Dans une lettre adressée le 30 mars à l’Anses, la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab) fait part de son « étonnement quant à certaines erreurs et imprécisions concernant l’agriculture biologique » contenues, selon elle, dans le rapport d’expertise relatif à la réduction de l’imprégnation de la population française au cadmium. Elle demande un correctif.
La fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab) estime, dans un communiqué en date du 31 mars, que « la bio a été injustement mise dans le même sac que le conventionnel » dans un récent rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
L’Anses a publié en février dernier un rapport sur la « priorisation des leviers d’action pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium ». Ce métal lourd, jugé cancérigène, se retrouve en quantité dans les phosphates importés pour la fabrication des engrais utilisés en agriculture. Si la Fnab salue « ce travail attendu et nécessaire pour alerter sur les liens entre agriculture et santé publique », elle dénonce des « approximations présentes dans le rapport » et estime dans un communiqué de presse publié le 31 mars que « la bio est injustement mise dans le même sac que le conventionnel ». Elle a adressé le 30 mars à l’Anses un courrier dans lequel elle défend son point de vue.
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Des seuils limites plus restrictifs en bio qu'en conventionnel pour les phosphates miniers et les composts de biodéchets
Selon la Fnab, l’Anses a présenté dans son rapport « une comparaison factuellement erronée mettant bio et conventionnel sur un pied d’égalité ». Dans son courrier, elle déclare : « Contrairement à ce qu’affirme le rapport, pour les intrants autorisés, le règlement bio impose des seuils limites plus restrictifs qu’en conventionnel : 60 mg/kg pour les phosphates miniers (contre 90 mg/kg en conventionnel) et 0,7 mg/kg pour les composts de biodéchets (contre 3 mg/kg en conventionnel). Il est donc inexact d’affirmer que l’agriculture biologique est “ est potentiellement tout aussi impactée que l'agriculture conventionnelle par la présence de cadmium ”.
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« Le recours aux phosphates miniers est marginal, voire inexistant en bio »
La Fnab explique par ailleurs que l’expertise de l’Anses affirme, en reprenant les hypothèses d’une autre étude, « qu’en conditions réelles, le phosphate naturel tendre est utilisé dans de nombreuses exploitations en agriculture bio ». Elle argumente : « Pourtant, dans la pratique, le recours aux phosphates miniers est marginal, voire inexistant en bio. L'étude PhosphoBio (2024 d'Arvalis) a compilé 866 situations d’apports de phosphore en bio sur plus de 170 parcelles. Sur l’ensemble de ces apports, un seul avait recours à des roches phosphatées. Les agriculteurs bio privilégient les engrais organiques et les effluents d'élevage, favorisant la matière organique qui, d’ailleurs, peut permettre de piéger le cadmium et limiter son absorption par les plantes ».
La Fnab regrette que l’Anses n’ait pas tenu compte de certaines études sur le cadmium
L’Anses regrette que « plusieurs études concluent à une moins forte teneur en cadmium des aliments bio mais soient écartées par l’Anses sans explication précise ». « Une étude de 2014 concluant à un écart de 48 % de teneur en cadmium entre aliments bio et non bio n’est même pas évoquée dans les travaux de l’agence », s'étonne-t-elle. Pour ces raisons, l’Anses demande dans son courrier à l’Anses « de publier un addendum de son expertise afin de garantir une juste information des pouvoirs publics et des consommateurs, et attend les études complémentaires annoncées par l’Anses pour comparer bio et non bio ».
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