Quatre leviers pour améliorer la longévité de vos laitères en limitant les réformes subies
Une vache n'est rentable qu'à partir de sa troisième lactation. Pour y parvenir, il est nécessaire de réduire le nombre de réformes subies, celles que les problèmes de reproduction, de boiteries, les mammites ou les maladies métaboliques obligent à faire.
Une vache n'est rentable qu'à partir de sa troisième lactation. Pour y parvenir, il est nécessaire de réduire le nombre de réformes subies, celles que les problèmes de reproduction, de boiteries, les mammites ou les maladies métaboliques obligent à faire.
Si un quart des vaches dépassent les quatre lactations, elles sont autant à s’arrêter à la deuxième. Pourtant, ce n’est qu’à partir de sa troisième lactation qu’une vache vous fait dégager du revenu, une fois que le coût d’élevage de la génisse, qui tourne autour des 1 800 euros, a été amorti. Les quatrième et cinquième lactations sont les plus efficaces économiquement. Pour permettre à un maximum de vaches d’y arriver et donc gagner en rentabilité, rappelons les leviers d’action présentés lors des Rencontres innovation performance en élevage laitier, organisées par le réseau vétérinaire Chêne Vert.
1 Optimiser la reproduction
Les difficultés de reproduction sont la première cause de réforme subie. « Pour améliorer la longévité, il peut être judicieux d’adapter la pression de réforme, comme le nombre maximum d’inséminations que l'on accepte de réaliser par vache, partage Jean-Marc Héliez, vétérinaire. Faire une insémination supplémentaire sur une vache qui ne pose pas d’autres problèmes est plus rentable que de la remplacer par une primipare. »
La réussite à l'insémination est multifactorielle : ration adaptée, absence d’infection utérine ou de problème physiologique, insémination au bon moment. « Il ne faut pas oublier non plus que les épisodes de stress thermique perturbent la reproduction, rappelle le vétérinaire. Après le vêlage, il faut attendre 55 jours pour les multipares, mais au moins 70 jours pour les primipares. » Passé ce délai, le monitoring aidera à détecter les chaleurs, notamment celles des hautes productrices, qui peuvent être courtes. L’insémination devra se caler sur le pic d’activité.
Et pour ne pas être tenté de réformer trop tôt, n'oublions pas qu'il faut aussi éviter d'élever trop de génisses « qui auront tendance à pousser les vaches dehors, poursuit Jean-Marc Héliez. Viser 27 à 30 % est un taux de renouvellement optimal ». Cela permet de remplacer les réformes et de profiter du gain génétique, tout en limitant le nombre de génisses à élever, donc le coût et le temps de travail.
2 Diminuer les boiteries et favoriser le temps couché
Pour qu’une vache vieillisse bien, il faut qu’elle soit bien sur ses pattes. Donc qu’elle puisse se reposer suffisamment. « Une vache doit pouvoir être couchée 12 heures par jour, chiffre Nigel Cook, professeur en médecine vétérinaire à l’université du Wisconsin-Madison. Plus le temps passé couché diminue, plus le stress et les inflammations augmentent, et donc le risque de boiterie. » Pour maximiser ce temps, chaque vache doit pouvoir accéder, sans concurrence, à un espace de couchage propre et sec.
En aire paillée, les vaches peuvent adopter la position couchée qui leur convient et disposent d’assez de place pour se coucher et se lever sans contrainte. « En logettes, il faut veiller au bon dimensionnement, conseille Nigel Cook. Les vaches doivent avoir de la place devant pour allonger leurs pattes et la surface doit permettre de planter les sabots pour se relever. Ce qu’on trouve idéalement en logettes creuses avec du sable et sans arrêtoir avant. » En complément, parages et pédiluve aident à réduire le nombre de boiteries.
Les épisodes de stress thermique augmentent le risque de boiteries car les vaches vont rester debout pour essayer de se rafraîchir. « La ventilation doit être concentrée sur les zones de couchage », souligne encore l'expert.
3 En finir avec les mammites récurrentes
« Une vache qui a une rechute de mammite dans la même lactation présente quatre fois plus de risques d’être réformée. » Pour Sofie Piepers, professeure spécialisée dans la santé de la mamelle à la faculté vétérinaire de Gand, en Belgique, il est donc essentiel de limiter le nombre et la gravité des mammites. « La gestion actuelle détermine la santé future. Il faut donc limiter les facteurs de risque pour ne pas créer de nouveaux foyers », souligne la vétérinaire, qui rappelle que les germes peuvent être transférés par les mains, les lavettes, les écoulements de lait contaminé, les manchons...
La prévention passe par un bon réglage de l’installation de traite, le trempage post-traite et un travail sur l’immunité via l’alimentation. « Enfin, en cas de mammites, il est recommandé de faire des analyses bactériologiques pour bien identifier le germe responsable et pouvoir cibler le bon traitement », indique Sofie Piepers.
4 Prévenir les maladies métaboliques
La majorité des maladies métaboliques apparaissent dans les 60 premiers jours de la lactation. Pour en limiter le risque, Matthieu Rolland, nutritionniste, conseille un plan d’alimentation avec des paliers énergétiques. En début de tarissement, la ration doit avoir une faible densité énergétique (11 à 13 % d’amidon) et suffisamment de fibres pour maintenir l’encombrement. Sur les trois semaines avant vêlage, il est nécessaire de la reconcentrer en énergie pour compenser la baisse d’ingestion, avec de 14 à 16 % d’amidon et d’ajuster la complémentation minérale.
Les hypocalcémies subcliniques sont plus fréquentes dès la deuxième ou troisième lactation. « Pour limiter les risques, il faut gérer la Baca ou acidifier la ration sans aller en dessous de 6,2 de pH », conseille Matthieu Rolland. Une vache qui a déjà eu une fièvre de lait a plus de 30 à 40 % de risque de récidive. « En cas de fièvre de lait sur la lactation précédente et à partir de la cinquième lactation, il est utile de mettre un bolus de calcium », rappelle le nutritionniste. En début de lactation, il faut une ration riche en énergie qui permet de monter vite au pic. Et garder à l'esprit que le risque de cétose subclinique augmente avec le rang de lactation.
Le saviez-vous ?
La longévité allège également l’empreinte carbone. En passant d'une carrière de trois à quatre lactations, les émissions de GES passent de 1,72kg eq. CO2 par litre lait à 1,53.