« Notre parc de contention a été conçu pour intervenir seul avec les vaches »
Au Gaec Dehail dans l’Orne, veaux et vaches blondes d’Aquitaine sont triés, pesés, soignés et chargés dans le confort et la sécurité, grâce à un parc de contention modulaire abrité sous un bâtiment existant.
« La construction d’un nouveau parc de contention était au cœur de mon projet d’installation », annonce d’emblée Marion Sureau, récemment associée à son conjoint Paul Dehail, à Saint-Julien-sur-Sarthe, dans l’Orne. L’éleveuse, qui a rejoint le Gaec en 2024 à la suite du départ en retraite de son beau-père, souhaitait pouvoir intervenir en sécurité avec son troupeau de 150 blondes d’Aquitaine et leur suite. « Nos quatre salariés et Paul sont parfois mobilisés sur l’ETA, d’où l’importance de pouvoir être autonome sur l’élevage », argumente-t-elle. L’ancien parc datant de trente ans était à bout de souffle et imposait de barrer l’accès à la cour pour installer une cage de contention mobile. « Nous perdions à chaque fois une demi-heure de mise en place et la sécurité n’était pas suffisante, reconnaît Paul Dehail. Désormais, avec le nouveau parc, nous pouvons intervenir au pied levé, même pour un lot de trois veaux. »
Un investissement de 60 000 euros
Implantée à l’abri d’un bâtiment existant, l’installation de contention fournie par Jourdain et Maréchalle Pesage a été mise en service l’automne dernier. Elle est déjà devenue l’un des matériels les plus utilisés de l’exploitation, qui accueille entre 360 à 400 bovins. « Nous y passons en moyenne une cinquantaine de bêtes par semaine. À ce rythme, malgré les 60 000 euros investis, cet équipement est sûrement un des plus rentables de la ferme. En plus du gain de sécurité, il nous rend aussi plus efficace tout en réduisant la pénibilité », estime le couple d’éleveurs.
Les animaux sont de passage dans le parc de contention à tous les âges, à commencer par les veaux d’un mois pour l’écornage. « Nous en profitons pour les peser et leur faire une injection intranasale contre les maladies respiratoires. Tout se passe dans la cage de contention, qui est équipée d’un réglage hydraulique de la largeur de 40 à 82 cm. Elle est précédée d’un couloir de contention de cinq mètres de long, dont la largeur est aussi réglable, mais avec un peu moins d’amplitude (46 à 80 cm). En ouvrant les deux portillons sur le haut de la cage, l’accès au-dessus du veau est suffisamment dégagé. Le lève-tête à l’avant de la porte est aussi très pratique. »
Pesées systématiques dans la cage
Les veaux reviennent ensuite à l’automne pour la tonte du dos, puis au moment du sevrage entre 5 et 7 mois. « Ils sont à nouveau pesés et triés en fonction du sexe et du poids. Les mâles sont vendus le jour du sevrage en connaissant précisément leur poids vif, ciblé entre 280 et 320 kg. Toutes les femelles sont conservées pour l’engraissement, leur sevrage intervenant lorsqu’elles atteignent 300 kg », détaille Marion Sureau. Le Gaec vend par ailleurs quelques génisses pour la génétique et quelques taureaux.
Le passage régulier à la pesée améliore le suivi de croissance et caractérise les animaux vendus. « Les vaches et génisses sont pesées à la mise à l’herbe et au retour dans les bâtiments. De la même façon, toutes les bêtes qui partent à l’abattoir passent par le parc pour être pesées et chargées. En connaissant précisément le poids vif au départ de l’élevage, nous disposons d’une base de comparaison avec le poids de carcasse annoncé. Sachant que le rendement est à peu près stable, il est possible de mettre en évidence des pertes de poids plus ou moins marquées selon les conditions avant abattage », souligne Paul Dehail.
Des bêtes chargées sans effort dans la bétaillère
Le parc de contention a simplifié l’astreinte hebdomadaire liée à l’enlèvement des animaux. « Des bêtes partent chaque jeudi. Grâce au parc, je peux m’en occuper toute seule. Comme le quai de chargement a été pensé pour accueillir une bétaillère ou un camion, le marchand de bestiaux peut aussi se débrouiller seul, en cas d’absence, apprécie Marion Sureau. Le parc étant couvert et disposant de deux box de tri équipés d’un point d’eau, nous avons la possibilité de préparer les bêtes la veille. »
Avec son couloir débouchant sur la cage de contention, l’installation facilite par ailleurs les soins effectués par le vétérinaire. En revanche, les éleveurs ont préféré continuer à réaliser les inséminations et les échographies au cornadis pour laisser les bêtes dans le bâtiment. Quant au parage, il est confié à un professionnel, qui installe sa cage à la sortie du parc.
En chiffres
150 blondes d’Aquitaine
233 ha de SAU dont 200 ha herbe, le reste en cultures (maïs, trèfle, orge, blé)
2 associés + 4 salariés à mi-temps partagés avec l’ETA
220 m² de parc de contention
60 000 euros d’investissement tout compris (démolition, terrassement, béton, matériel et pose)
3 500 euros d’aide de la MSA pour la cage
Un jeu de barrières monté avec minutie
L’efficacité du parc de contention repose sur un jeu de barrières savamment orchestré pour trier et faire avancer les bovins vers le couloir et la cage de contention.
Le Gaec Dehail a valorisé un petit bâtiment existant (20 mètres de long sur 11 mètres de large), assez bas en appentis, pour installer son nouveau parc de contention. « Nous nous sommes chargés uniquement de la démolition de la dalle existante, souligne Paul Dehail. Le terrassement devait être de qualité pour obtenir une dalle de niveau avec une pente de 1 % simplifiant le nettoyage. Le béton n’est pas rainuré, sa finition grossière suffit à le rendre peu glissant. » Le montage du parc par les salariés, aidés d’une entreprise, a duré trois semaines. « Le plan fourni par Jourdain était tout juste assez précis pour positionner les nombreux poteaux. Ceux-ci ne sont pas scellés dans le béton, mais fixés à l’aide de chevilles à frapper en Inox. D’une hauteur de 2,13 mètres, ils sont reliés entre eux et ancrés aux murs par l’intermédiaire de traverses assurant la rigidité de l’ensemble. »
Couloir de poussée suivi de deux demi-corrals
Le parc débute par un couloir de trois mètres de large ponctué de cinq barrières de poussée. Ces dernières peuvent également cloisonner le couloir. « Toutes les barrières et portillons sont équipés d’un verrouillage automatique. La sécurité est aussi garantie par les nombreux passages d’homme répartis tout au long du circuit. J’ai préféré les faire aménager dans les barrières, plutôt qu’entre deux poteaux. Il reste donc une barre inférieure à enjamber, mais celle-ci évite que les veaux franchissent le passage. » Les animaux arrivent ensuite dans un demi-corral (demi-camembert) où ils sont orientés vers le couloir de contention ou vers un second demi-corral débouchant sur le quai de chargement.
Porte de tri en sortie de cage
Le couloir de contention est suivi de la cage, une porte coulissante les séparant en plus de la porte à l’entrée de la cage. Les éleveurs interviennent en sécurité, grâce aux larges espaces bordant les deux côtés du couloir et de la cage. À la sortie de cette dernière, une porte de tri oriente les bêtes dans trois directions. Elles peuvent ainsi retourner dans le couloir de poussée ou être orientées vers l’un des deux box d’attente. À noter que la cour, qui sépare le parc de contention d’un autre bâtiment, peut faire office d’espace de pré-tri en la cloisonnant en deux zones de 70 m² créées à l’aide de barrières.