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Limagrain décroche un prêt record de 300 millions d’euros pour accélérer l’innovation semencière

La Banque européenne d’investissement (BEI) accorde un prêt de 300 millions d’euros à Limagrain pour lui permettre de proposer aux agriculteurs des variétés plus robustes face au climat, aux maladies et aux contraintes de production.

<em class="placeholder">site de recherche variétale du semencier Limagrain, Domaine de Mons, à Aubiat en Auvergne</em>
En 2024-2025, le groupe Limagrain a consacré 324 millions d’euros à la recherche et développement. Sur la photo : Domaine de Mons, à Aubiat en Auvergne, où le semencier explore en plein champs diverses stratégies pour répondre aux défis climatiques, économiques et environnementaux
© Martine Franckreich

« Il s’agit du plus important financement jamais accordé par la BEI à un acteur du monde agricole en Europe », souligne avec fierté le président de Limagrain, Sébastien Vidal. Ce prêt de long terme de 300 millions d’euros (M€), annoncé ce 28 mai 2026 par les instances dirigeantes du groupe coopératif auvergnat et le vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), est destiné à soutenir le programme de recherche et développement de Limagrain dans le domaine des semences.

En 2020, un premier prêt de 170 M€ avait déjà été accordé à Limagrain par le BEI pour adapter les semences au changement climatique. Ce nouveau financement, 76 % plus élevé, traduit une ambition européenne renouvelée. « Ce soutien illustre l’engagement de l’Europe en faveur de l’innovation semencière, au service d’une souveraineté agricole durable. Il constitue également un signal politique et stratégique fort pour redonner à l’alimentation toute sa place et la valeur qu’elle mérite », énonce Sébastien Vidal.

Des variétés plus résistantes, moins gourmandes en intrants

Face à ce changement climatique et ses conséquences sur le développement des plantes et la pression parasitaire, le directeur général de Limagrain, Sébastien Chauffaut, indique la nécessité « de faire beaucoup plus d’essais, pour avoir plus de résultats. » Les solutions sont d’abord variétales, avec l’objectif de sécuriser les rendements.

Les travaux de recherche, portés par Vilmorin & Cie, filiale recherche et développement de Limagrain, se concentreront sur plusieurs axes : amélioration du rendement et de la stabilité agronomique, résistance aux maladies et aux ravageurs, tolérance à la sécheresse, meilleure utilisation des nutriments (donc moins d’intrants) ainsi que les qualités nutritionnelles et environnementales des productions. Autant de leviers qui conditionnent la rentabilité des grandes cultures dans un contexte climatique de plus en plus contraignant.

Pour Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, l’enjeu dépasse la seule performance variétale. « Innover en génétique végétale, c’est donner aux agriculteurs les moyens de faire face aux défis climatiques en leur donnant accès à des semences plus résistantes », déclare-t-il, soulignant que ce projet illustre l’ambition du programme TechEU de la BEI visant à « renforcer la capacité d’innovation de l’Europe dans les secteurs clés, parmi lesquels figurent l’agriculture et la bioéconomie ». En pratique, les agriculteurs peuvent espérer dans les années à venir un renouvellement accéléré du catalogue variétal, avec des profils mieux adaptés aux différentes zones pédoclimatiques françaises et européennes, y compris dans les bassins de production exposés à des stress hydriques récurrents.

Augmenter les efforts de recherche sur les cultures de diversification

La sélection variétale reste cependant un travail de longue haleine. « Il faut 6 à 10 ans pour trouver une nouvelle variété », rappelle Sébastien Vidal. Une partie des investissements servira ainsi à moderniser les centres de recherche et à accélérer les travaux de sélection. 

Le groupe souhaite également renforcer ses programmes sur des espèces jusqu’ici moins travaillées. Sébastien Chauffaut cite les protéines végétales et notamment le pois. « Jusqu’à présent, on s’est intéressé aux grandes espèces (blé, maïs, colza…) et on a délaissé les autres considérant qu’elles étaient produites ailleurs », explique-t-il. « Le pois est une culture intéressante mais dont le rendement n’est pas au rendez-vous sur les exploitations. Il n’y a pas beaucoup eu de recherche dessus. Aujourd’hui, il faut développer ces programmes. » Pour Limagrain, l’enjeu est aussi agronomique avec la nécessité d’allonger les rotations et de diversifier les cultures.

Limagrain veut accélérer sur les nouvelles technologies

Sébastien Vidal évoque « un double virage » de la recherche variétale : l’intelligence artificielle et les biotechnologies. « Nous avons chez LG une stratégie IA au bénéfice de nos chercheurs et nous allons augmenter ses financements », affirme-t-il. Concernant les NGT, le président de Limagrain estime que « l’Europe ne peut pas passer à côté de cette technologie pour répondre à la question du changement climatique ».

Au-delà de la performance agronomique, l’accord s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté alimentaire européenne. La semence est présentée par Limagrain et la BEI comme « le premier maillon de la chaîne alimentaire » et le levier d’une agriculture à la fois plus durable et moins dépendante des aléas des marchés mondiaux.

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