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Élevage allaitant : Faire naître plus de veaux, c’est possible

La productivité numérique, clé de la rentabilité en élevage allaitant, a tendance à se dégrader ces dernières années pour plusieurs raisons. De bonnes pratiques et une stratégie de reproduction bien réfléchie permettent de produire plus de veaux, synthétisent l’École nationale vétérinaire d’Alfort et l’Institut de l’élevage.

Alors que la conjoncture est devenue très favorable, la décapitalisation du cheptel allaitant, la baisse des performances de reproduction et aujourd’hui les maladies infectieuses mènent à une diminution de la production de veaux en France. « Pourtant, la productivité est essentielle pour améliorer les résultats économiques, a souligné Aurélie Blachon, d’Idele, lors des journées ReprodAction organisées par Ceva et Eliance. En 2024, en naisseur limousin, ± 3 % de productivité numérique font varier le revenu de 3 380 euros. » « Produire plus de veaux est possible », assure Jérôme Caudrillier, du laboratoire Ceva.

De nombreux facteurs font varier l’IVV

La période de vêlage est la base du système. « Elle permet l’équilibre entre le système fourrager, le sol, le climat, les types d’animaux produits, la main-d’œuvre, la place en bâtiment… », souligne Bénédicte Grimard, de l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Son maintien conditionne la stabilité du système et passe par la maîtrise de l’intervalle vêlage-vêlage (IVV). « La première ovulation survient 35 jours post-partum, mais la fertilité est optimale 50-60 jours post-partum. » Plusieurs facteurs font varier l’IVV, notamment la tétée des veaux, qui retarde l’ovulation, le rang de vêlage (IVV plus longs chez les primipares), la saison (IVV plus courts en automne), la race, le logement et la présence d’un mâle qui raccourcit l’IVV.

Des éleveurs cherchent à étaler les vêlages, en cas de vente directe notamment. Mais des vêlages groupés sur trois à quatre mois permettent de vendre des lots homogènes, de mieux maîtriser le sanitaire et l’alimentation et de rationaliser le travail. « Plus les vêlages sont groupés, plus l’IVV, le taux de mortalité et la productivité s’améliorent », rapporte Fabrice Bidan d’Idele, d’après les données de Bovins croissance. Le maintien de la période de vêlage est essentiel. « Il faut faire vêler les génisses en début de période et réformer les vaches qui se décalent ou sont vides », détaille Bénédicte Grimard. « Un taux de renouvellement élevé favorise la productivité, car il permet de réformer les vaches 'à problèmes' », souligne Fabrice Bidan.

Les meilleurs IVV avec des vêlages d’automne-hiver

Des vêlages d’automne (septembre à novembre) permettent d’avoir des vêlages au pré, puis en bâtiment, et de faire toute la reproduction en bâtiment, ce qui rend l’insémination artificielle possible sur toutes les vaches. La reprise de cyclicité est aussi plus précoce et les broutards se vendent à une période favorable. « L’alimentation en bâtiment est par contre plus coûteuse, souligne Bénédicte Grimard. Et il faut de la place en bâtiment pour les veaux. » En vêlages d’hiver, la main-d’œuvre est plus disponible et la reproduction peut se faire en partie en bâtiment, avec la possibilité d’IA. Les contraintes sont une alimentation plus coûteuse en début de lactation et des vêlages à Noël. Les vêlages de fin d’hiver et printemps permettent un système très économe, avec des vêlages en bâtiment, mais l’essentiel de la lactation à l’herbe. La reproduction ne se fait alors en général uniquement par monte naturelle.

« Les meilleurs résultats en termes d’IVV et de croissance des veaux sont obtenus avec les vêlages d’automne hiver », rapporte Fabrice Bidan. Une possibilité est d’avoir deux périodes de vêlage, en automne et fin d’hiver printemps. « On sécurise alors ses ventes en ayant deux périodes de vente, note Bénédicte Grimard. Et un premier vêlage à 30 mois est possible, à l’automne pour les génisses nées au printemps et au printemps pour celles nées en automne. » Les vêlages s’étalent par contre sur une longue période, avec la conduite en bâtiment d’animaux aux besoins très différents. « Avoir deux périodes de vêlage est difficile à maîtriser », estime la vétérinaire.

Vêlages précoces et taux de renouvellement

Un point clé est l’âge au premier vêlage. La pratique la plus courante est un vêlage à 3 ans, avec des variations de 2 à 4 ans. « La génisse doit être pubère – la puberté intervenant quand elle atteint 55-60 % du poids adulte – et avoir atteint 70 % du poids adulte. Sa note d’état corporel doit être de 2,5 à la mise à la reproduction, précise Bénédicte Grimard. Il faut sélectionner les génisses les plus lourdes et que la croissance soit modérée autour de l’insémination, de 600-800 g/j. » « Les vêlages sont plus difficiles et la croissance sous la mère plus faible, note la vétérinaire. Il faut maîtriser la croissance de la génisse et avoir des inséminations adaptées. Et les filles de génisses ayant vêlé à 2 ans sont un peu plus légères. » Pour sécuriser un vêlage à 2 ans, il faut utiliser un taureau à bon index facilité de naissance, faire éventuellement du croisement ou utiliser de la semence sexée pour produire des femelles, moins grosses à la naissance. « Sept ans d’expérimentation montrent qu’il y a peu d’écart sur les résultats de reproduction après le premier vêlage, y compris en bio où un vêlage à 2 ans est possible sur deux tiers des génisses », indique Fabrice Bidan. Le taux de renouvellement est également essentiel. « Un taux de 20-25 % permet de maintenir la période de vêlage, précise Bénédicte Grimard. Les élevages les plus productifs ont aussi des taux de renouvellement élevés. »

De bons résultats possibles en monte naturelle comme en insémination

« Il n’y a pas de relation claire entre utilisation de l’insémination et fécondité ni productivité », constate Bénédicte Grimard. Une productivité élevée est possible en monte naturelle. » L’insémination a des intérêts en termes de sécurité, sanitaire, fertilité, variation des origines, sécurisation du vêlage, amélioration génétique, utilisation de semence sexée, croisement. « Les élevages les plus résilients ont davantage recours à l’IA », note Fabrice Bidan. Elle peut se faire sur chaleurs observées ou par synchronisation des chaleurs.

« La synchronisation donne de bons résultats sur les génisses ayant atteint 70 % du poids adulte, avec une NEC de 2,5 et cyclées, précise Bénédicte Grimard. Pour les vaches, il faut une NEC de 3 à 3,5 au vêlage et de 2,5 à la mise à la reproduction. Le traitement doit commencer 50 jours après vêlage. Il faut détecter les retours, réinséminer et faire les diagnostics de gestation avant la sortie des animaux. » Pour la détection des chaleurs, outre l’acceptation du chevauchement, on peut utiliser les signes sexuels secondaires et se faire aider d’un taureau vasectomisé ou dans une case. Enfin, la vétérinaire conseille d’intervenir le moins possible au vêlage, d’où l’intérêt des détecteurs de vêlage et systèmes de vidéosurveillance.

Des performances de reproduction très hétérogènes

Selon Reproscope, observatoire de la reproduction des bovins, les performances de reproduction sont très hétérogènes selon la région, la race, le système et entre élevages d’un même système. L’IVV moyen en 2022-2023 toutes races confondues est de 408 jours, avec un écart-type (variabilité entre les 25 % meilleurs et les 25 % moins bons) de 50 jours (71 jours en blonde d’Aquitaine, 29 jours en aubrac). L’âge moyen au premier vêlage est de 36 mois avec un écart-type de 3 mois. 53 % des élevages ont une stratégie de premiers vêlages à 3 ans, 20 % une stratégie vêlages tardifs, 8 % une stratégie vêlages précoces et 20 % n’ont pas de stratégie identifiable.

« Des améliorations sont donc possibles », souligne Fabrice Bidan. La productivité pratique moyenne (nombre de veaux sevrés ou vendus à 7 mois/nombre de vêlages) est de 97 %, avec un écart-type de 10 %. 11 % des vaches en moyenne sont improductives, avec un écart-type de 15 %. En 2024, 12 % des naissances sont issues d’insémination artificielle, 7 % des élevages étant à 100 % en IA. Les inséminations par l’éleveur représentent 7 % du total des IA. Et 14 % des troupeaux pratiquant l’IA ont recouru à la semence sexée en 2024. Le taux moyen de réussite en première IA est de 59 %, avec un écart-type de 24 % lié aux fourrages, à la saison et au contexte sanitaire.

Limiter l’accès des veaux à leurs mères à deux tétées d’une heure par jour

La tétée des veaux retardant l’ovulation, une piste pour produire plus de veaux est de limiter les périodes de tétées. Une enquête a été menée dans les Deux-Sèvres et en Vendée, où la pratique est assez répandue. Cent quarante-six troupeaux en conduite bloquée (limitation des périodes de tétée à une heure le matin et une heure le soir) ont été comparés à 156 troupeaux en conduite libre (accès continu aux cases des vaches).

L’enquête montre que la conduite bloquée permet une baisse de l’IVV de 5 jours, une baisse de l’intervalle entre le vêlage et la première IA de 3 jours, une hausse de la productivité de 4 % et une baisse de la mortalité entre la naissance et le sevrage de 1,2 %. La croissance des veaux est aussi améliorée, avec notamment un gain sur le GMQ entre 120 et 210 jours de 68 g sur les mâles et 56 g sur les femelles. « Les veaux bloqués consomment plus d’aliments, ce qui prépare la flore ruminale », analyse Fabrice Bidan. La pratique entraîne plus de travail, mais les animaux sont plus faciles à sevrer, mieux surveillés, plus dociles et ensuite plus faciles à manipuler.

À noter

En 2025, un essai de gestion active de la reproduction a été engagé par Ceva avec les coopératives Gènes diffusion, XR Repro, Elitest et Innoval pour montrer l’intérêt de l’insémination artificielle couplé à la synchronisation des chaleurs. L’essai porte sur 500 à 600 vaches dans 12 élevages. Les premiers résultats seront présentés mi 2026.

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