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Châtaignier, noyer : « Chaque cas de dépérissement est unique »

Andréa Martelli, doctorante à la Senura, étudie les dépérissements en châtaigniers et noyers dans le sud de la France dans l’optique d’identifier des leviers d’action adaptés à chaque situation.

<em class="placeholder">Symptômes sous-corticaux de la maladie de l&#039;encre sur noyer (Phytophthora). </em>
La maladie de l'encre touche le noyer, comme sur la photo, et le châtaignier.
© Andréa Martelli

Dépérissements, le mot mérite d’être accordé au pluriel tant la combinaison de facteurs à l’origine du phénomène varie d’un Châtaignier, noyer à l’autre. Cette complexité pose bien sûr des difficultés aux producteurs de noix et châtaignes pour identifier les leviers adéquats, lorsqu’ils existent. C’est tout l’enjeu des travaux en cours d’Andréa Martelli, doctorante à la station d’expérimentation nucicole Rhône-Alpes (Senura) à Chatte, en Isère. Elle cherche à mieux comprendre les dépérissements dans le Sud-Est et le Sud-Ouest et coconstruit un outil d’aide à la décision qui sera utilisable d’ici 2028 par les arboriculteurs et conseillers techniques.

Deux parcelles géographiquement proches peuvent subir des dépérissements très différents, pourquoi ?

Andréa Martelli : Chaque cas de dépérissement est unique, car il s’agit de phénomènes complexes qui font entrer en jeu différents facteurs. Certains sont liés à des pathogènes biotiques qui varient en nature ou quantité selon la parcelle et à des phénomènes abiotiques tels que les récurrences d’événements climatiques extrêmes (sécheresse, pluies…). La localisation de la parcelle a un impact : est-on proche d’un cours d’eau ou en bordure de route ? Car certains pathogènes se disséminent plus facilement avec l’eau ou le passage des voitures via les particules du sol. S’ajoute une composante humaine : par exemple, à quel point le producteur est-il attentif à désinfecter ses outils, combien y a-t-il de passages de machines qui tassent le sol, le tassement du sol pouvant favoriser certains pathogènes. Plus généralement, l’itinéraire technique peut jouer un rôle.

Vos travaux en cours pourraient permettre d’identifier des leviers d’action à l’échelle de la parcelle, adaptés à chaque situation. Où en êtes-vous ?

A.M. : Nous avons fait une grande campagne cette année, en notant 90 parcelles dans le Sud-Est et 90 autres dans le Sud-Ouest. Nous avons récupéré l’itinéraire technique en demandant des informations relatives à la fertilisation, aux sols, à la matière organique, l’irrigation, la taille. Cette dernière peut créer des plaies importantes susceptibles d’être des portes d’entrée pour les pathogènes, et à l’opposé, la taille du bois mort permet de réduire l’inoculum de certains pathogènes ou de favoriser le passage d’air et donc de réduire l’humidité. Autres informations recueillies : la densité de plantation, la présence de pathogènes, entre autres. Et cette année, nous allons étudier la sensibilité variétale. Nous allons ensuite analyser ces données pour voir, parmi les différentes pratiques culturales, lesquelles sont le plus associées, positivement ou négativement, aux dépérissements.

Quels facteurs biotiques peuvent être impliqués dans un dépérissement, selon les cas ?

A.M. : En noyer, on peut citer la maladie de l’encre, les mille chancres, le chancre vertical suintant, le complexe fongique, la black line, le pourridié ou armillaire. En châtaignier, l’encre et le chancre sont les principaux facteurs biotiques tandis que les scolytes et la maladie de javart interviennent plutôt quand l’arbre est déjà stressé.

Que savons-nous des dépérissements liés à l’encre, qui touchent châtaigniers et noyers ?

A.M. : La maladie de l’encre, qui attaque le système racinaire, est causée par le genre Phytophthora et le genre Phytopythium, plus récemment identifié. Le champignon Phytophthora se retrouve globalement sur des sols lourds et argileux qui retiennent l’eau. L’excès d’azote est un facteur indiqué dans la bibliographie, pour Phytophthora comme pour d’autres pathogènes. Nos recherches creusent encore les liens entre Phytophthora et l’incidence ou la sévérité des dépérissements. Et si en présence de ce pathogène, probablement largement répandu, il y a toujours du dépérissement, si non, à quoi cela pourrait être lié.

Quels éléments défavorables à l’encre ont été identifiés ?

A.M. : Par exemple, la gelée profonde en hiver affecte la survie de l’agent pathogène. Il y a aussi le champignon Leucopaxillus cerealis [chapeau blanc ou crème] qui se retrouve au niveau du système racinaire de l’arbre, avec une efficacité démontrée dans la lutte contre Phytophthora cinnamomi chez le pin à feuilles courtes. L. cerealis dévie le métabolisme de la plante pour lui faire produire un terpénoïde fongicide. S’ajoutent des bactéries antagonistes (Pseudomonas spp., Bacillus subtilis var. niger, Flavobacterium spp., Chromobacterium violaceum, certains actinomycetes), impliquées dans la lyse, c’est-à-dire la destruction ou dégradation, du mycélium de Phytophthora cinnamomi et dans l’interruption de nouveaux cycles. Ce ne sont pas des leviers sur lesquels les producteurs peuvent s’appuyer actuellement mais, pour les bactéries par exemple, il serait intéressant d’étudier si elles peuvent, en pratique en verger, être bénéfiques sans avoir d’impact négatif, car modifier la diversité d’un milieu n’est jamais sans conséquence. De manière générale, je pense que le futur de la lutte contre ce pathogène passera par des solutions plutôt naturelles, du biocontrôle, des biopesticides, la concurrence de micro-organismes, bactéries et champignons, etc.

Un OAD contre le dépérissement

La doctorante de la SENuRA Andréa Martelli coconstruit un outil d’aide à la décision (OAD) pour anticiper et limiter les risques de dépérissement au niveau des parcelles dans le cadre du projet Candide. Destiné aux producteurs et techniciens des secteurs arboricoles et forestiers des bassins Sud-Est et Sud-Ouest, il pourrait être opérationnel d’ici 2028, sous la forme d’une application sur mobile et ordinateur. « L’OAD se veut rapide et pratique, en automatisant tout ce qui peut l’être, comme la météo ou les données GPS, pour que l’arboriculteur se place sur sa parcelle et renseigne uniquement les données qu’il est le seul à détenir », détaille Andréa Martelli. L’OAD combinera deux types de modélisation : Ipsim et BioClimSol. « Ils ont chacun leurs forces et faiblesses, nous espèrons combiner le meilleur des deux », explique l’experte.

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