Assolement 2027 : mettre des parcelles en jachère est-il un bon calcul ?
Face à la hausse des charges, certains agriculteurs songent à mettre des parcelles en jachère. Une décision qui peut s’avérer une fausse bonne idée quand on se penche sur ses chiffres. Dans bien des cas, la jachère va dégrader la marge brute totale de l’exploitation.
Face à la hausse des charges, certains agriculteurs songent à mettre des parcelles en jachère. Une décision qui peut s’avérer une fausse bonne idée quand on se penche sur ses chiffres. Dans bien des cas, la jachère va dégrader la marge brute totale de l’exploitation.
Coûts des engrais qui restent élevés, sécheresse qui remet en question la rentabilité de certaines cultures : bon nombre d'agriculteurs s’interrogent sur la composition de leur assolements 2027. Se pose notamment la question de laisser en jachère certaines parcelles.
Une augmentation de 25 % des surfaces en jachère entre 2026 et la période 2021-2025
Une augmentation des surfaces en jachère de 4,8 % est constatée entre 2025 et 2026 selon les chiffres d’Agreste. Si l’on compare à la moyenne 2021-2025, la hausse des surfaces en jachère atteint 25 %. Ces hausses sont particulièrement observées dans le Sud-Ouest de la France.
Évolution de la surface en jachère entre 2021 et 2026 par région (Agreste)
| 2026 (source : SAA semi-définitive) | Evolution 2026 / 2025 | Evolution 2026 / moyenne 2021-2025 | |
| Superficie (1000 ha) | Superficie (%) | Superficie (%) | |
| France | 518,4 | 4,8% | 21,5% |
| Ile-de-France | 22,9 | -0,8% | 9,6% |
| Centre | 97,8 | -1,9% | 12,1% |
| Bourgogne | 32,7 | -0,3% | 16,5% |
| Franche-Comté | 1,8 | -7,1% | 16,2% |
| Haute-Normandie | 8,0 | 1,6% | 12,3% |
| Basse-Normandie | 3,3 | 2,2% | 3,0% |
| Picardie | 17,5 | -2,6% | 22,4% |
| Nord-Pas-de-Calais | 4,0 | 0,3% | 4,8% |
| Champagne-Ardenne | 19,7 | -3,1% | 4,4% |
| Lorraine | 4,2 | -10,8% | 6,7% |
| Alsace | 6,2 | 3,7% | 17,0% |
| Pays-de-la-Loire | 11,3 | 0,5% | 15,5% |
| Bretagne | 5,8 | 9,2% | 10,5% |
| Poitou-Charentes | 76,9 | 12,1% | 35,8% |
| Aquitaine | 67,9 | 13,6% | 37,7% |
| Limousin | 1,1 | 51,3% | 69,7% |
| Midi-Pyrénées | 73,9 | 5,8% | 24,2% |
| Languedoc-Roussillon | 31,7 | 10,0% | 30,7% |
| Rhône-Alpes | 14,3 | 6,6% | 15,4% |
| Auvergne | 6,0 | -2,7% | 3,5% |
| Provence-Alpes-Côte-d'Azur | 10,8 | 27,4% | 29,3% |
Pour autant, est-ce économiquement stratégique de renoncer à cultiver une partie de ses terres ? La comparaison de marges prévisionnelles entre culture de vente et jachère doit intégrer plusieurs aspects, souligne Terres Inovia dans une note technique parue le 1er juin.
La jachère : un impact négatif sur l’EBE
Il faut prendre en compte les dépenses liées à l’implantation et à l’entretien de la jachère, notamment les opérations de broyage, voire dans certains cas le coût des semences et de désherbage. « D’un point de vue économique, dans une très grande majorité des cas, remplacer des cultures de vente par de la jachère et/ou une culture à faibles intrants aura des impacts négatifs sur la marge brute (1), l’excédent brut d’exploitation (EBE) et le revenu disponible », indique Arvalis dans une note parue fin juillet.
L’institut ajoute que la marge dégagée par la jachère sera « inférieure aux marges brutes moyennes dégagées par les différentes cultures céréalières et oléoprotéagineuses (même avec le contexte économique actuel). » Même son de cloche du côté de la FDGeda du Cher : « mettre en jachère n’est souvent pas un bon calcul », confirme Vincent Moulin.
La jachère ne permet pas de couvrir les charges de structure
Implanter une jachère permet certes de limiter les charges opérationnelles (intrants), mais elle limite les ressources à mettre en face des charges de structure (fermage, annuités, assurances, honoraires, charges sociales et rémunération de l’exploitant), qui elles restent à assumer. « Une marge brute prévisionnelle d’une culture de rente, même faiblement positive, contribue déjà à rembourser les éventuels emprunts en cours. Réduire la marge brute sur l’exploitation en passant à de la jachère ampute la capacité à rembourser les emprunts et générer du revenu agricole », assure Terres Inovia dans sa note.
D’après des travaux menés par Arvalis en zones intermédiaires, dans le Berry et les plaines de l’Est de la France, « le remplacement des cultures par de la jachère nue à couvert spontané peut faire perdre de 25 à 80 % de la marge directe d’une exploitation ».
L’Institut Terres Inovia ajoute : « Une réduction de la sole cultivée induit aussi une moindre utilisation du matériel et des outils de stockage et de transformation, et donc une moindre dilution des charges et une baisse de la marge directe (2). »
La jachère possible en l’absence d’annuités d’emprunt à rembourser ou en cas de marge négative pour une culture
Il existe toutefois des situations particulières où la jachère peut se justifier : si le niveau de charges de structure est très faible (notamment absence d’annuités) ou si certaines cultures enregistrent des marges brutes moyennes négatives.
Pour prendre la bonne décision, reste donc à calculer ses marges brutes par culture.
Une solution en cas d’infestation en graminées adventices
La jachère peut éventuellement avoir une vertu en cas d’infestation en graminées adventices. « En engageant le moins de charges possibles pour déstocker les graminées, on peut aller vers un couvert implanté tardivement - type protéagineux/trèfle pour en plus atteindre les points maximums pour l’écorégime - ou carrément ne pas cultiver durant une année pour tenter de déstocker les graminées sans engager de frais », indique Patricia Huet de la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir.
Ne pas amputer le potentiel futur de l’exploitation
La mise en place d’une jachère ne doit pas réduire le potentiel de production à venir de l’exploitation. « Elle doit être raisonnée comme un levier agronomique favorable à la fertilité du sol et à la maîtrise de l’enherbement », confirme Terres Inovia.
Dernier élément de prudence : une parcelle qui a été déclarée plus de 5 années consécutives en prairie temporaire ou en jachère (hors jachère déclarée en Infrastructure agroécologique ou IAE) devient une prairie permanente, et ce, même si un labour est intervenu entre deux déclarations en prairie temporaire.