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« +104 €/1 000 l de marge brute tout en maîtrisant l’empreinte carbone de l’exploitation laitière », en Loire-Atlantique

Au Gaec Le Pré des chênes en Loire-Atlantique, l’empreinte carbone de l’atelier lait a diminué de 9 % en dix ans. Pour obtenir ces résultats, les associés ont mis en place des leviers d’action tout en augmentant la marge brute de 104 €/1000l en trois ans. 

<em class="placeholder">Jérémy Moy devant la table d&#039;alimentation de la stabulation</em>
Jérémy Moy, associé en Gaec avec son frère. « Nous travaillons différents leviers pour améliorer à la fois l’empreinte carbone et la rentabilité. »
© K. Foilleret

« En dix ans, l’empreinte carbone nette de notre atelier lait est passée de 0,87 kilo équivalent CO² par litre de lait à 0,80 kilo équivalent CO² par litre. En parallèle, nos résultats économiques ont progressé  », explique Jérémy Moy, associé en Gaec avec son frère Samuel. Après avoir réalisé un premier diagnostic carbone Cap'2er en 2014, pour se situer, les éleveurs sont passés à la vitesse supérieure en 2021 en s’engageant dans un programme sur cinq ans visant à réduire leur empreinte carbone (Life carbon farming). Un nouveau diagnostic Cap'2er a alors été réalisé et un plan d’action défini. Sur les trois dernières années, la marge brute est passée de 235 à 339 euros pour 1 000 litres.

Augmentation de la productivité par vache 

Premier levier enclenché : l’augmentation de la production par vache. Actuellement, la moyenne est de 10 300 litres corrigé par vache laitière et par an, soit une augmentation de + 1 760 litres par vache par an par rapport au tout premier diagnostic carbone réalisé en 2014. La génétique a joué un rôle important dans cette évolution. «  Pour le choix du taureau, nous privilégions les critères de production et de taux », précise Jérémy.

Les éleveurs réalisent un génotypage des génisses afin de connaître leur potentiel. L’insémination sexée est privilégiée pour les meilleures d’entre elles ainsi que pour les vaches afin de garder les critères de production dans la lignée. Le niveau d’étable augmentant, cela a permis aux associés de faire un tri dans le troupeau en se séparant des vaches moins performantes.

« Nous avons aussi prêté une attention particulière sur l’alimentation et sur la qualité des fourrages », souligne Jérémy. Même si la ration est majoritairement composée de maïs, l’herbe représente une part importante de la ration. Ce sujet a été travaillé au sein du groupe lait Seenovia dont font partie Jérémy et Samuel, afin d’augmenter la qualité pour soutenir la production.

« Nos vaches ont accès à 30 hectares de pâturage, où elles restent deux à trois jours par paddock. Nous avons aussi mis en place des méteils en dérobées avant maïs. Cela s’adapte bien dans notre système sans labour » complète l’éleveur. La composition, avoine-vesce-trèfle et les coupes plus petites mais plus régulières permettent de prioriser la qualité avec des moyennes entre 17 et 19 % de MAT. Les vaches pâturent aussi du colza fourrager implanté après les céréales. 

Fiche élevage 

2 associés 

110 vaches à 10 300 l 

134 ha, dont 45 de maïs, 30 de céréales, 59 de prairies 

30 ha de pâturage accessible depuis la stabulation 

Diminution du tourteau de soja 

La réduction de l’utilisation de tourteau de soja dans la complémentation a également été entreprise, ce dernier se montrant fortement émetteur dans un bilan carbone. “ En plus nous avions envie de reprendre la main sur les aliments que nous utilisions en simplifiant leur composition et nous étions engagés dans une démarche sans OGM, se souvient Jérémy. C’était le bon moment pour nous lancer dans une transition. » Le choix s’est orienté sur le tourteau de colza. Les éleveurs apportent du tourteau de colza à l’auge et au DAC avec du maïs en granulé. 

 

 
<em class="placeholder">Génisses Prim’holstein aux cornadis devant la table d’alimentation</em>
Trente génisses par an sont élevées pour le renouvellement. Les inséminations artificielles sexées permettent de garantir le nombre de génisses. Les autres sont croisées en blanc-bleu. © K. Foilleret

Moins de génisses élevées sur l’exploitation 

Autre levier fort afin de réduire l’empreinte carbone : la réduction du nombre de génisses élevées afin de limiter le nombre d’animaux improductifs présents sur l’exploitation. « Nous gardions beaucoup de génisses avec la perspective d’en vendre quelques-unes, mais la demande est devenue plus faible. Cela impactait négativement notre empreinte carbone et c’était coûteux », se souvient Jérémy. Les éleveurs mettent alors en place un pilotage précis de leur renouvellement. « Nous avons un objectif de renouvellement de 27 %, et gardons environ 30 génisses par an" , calcule l’éleveur.

Le génotypage permet de définir quelles génisses intégreront le renouvellement et les croisements sont réalisés en blanc-bleu. Le taux de génisses a diminué de 43 % d’UGB génisses/UGB vaches laitières en 2014 à 32 % dix ans plus tard.

Étienne Goumand, conseiller Seenovia qui suit le Gaec dans le cadre de leur engagement carbone, précise : « Il y a 14 génisses élevés en moins par an. Nous estimons la consommation de fourrage à 6 tonnes, de la naissance au vêlage, pour une génisse vêlant à 28 mois, soit un gain de 84 tonnes de fourrage qui peuvent être utilisées pour les vaches laitières ou des surfaces réaffectées pour les cultures. » Même raisonnement avec le temps passé par les éleveurs qui est estimé à 12 heures par UGB soit un gain de temps de 168 heures par an. 

La diminution de l’âge au vêlage des génisses a également permis de diminuer le temps improductif des bovins. Un mois a déjà été gagné mais les éleveurs souhaitent encore s’améliorer pour atteindre leur objectif de 26 mois. La phase lactée subit quelques modifications avec l’utilisation de lait en poudre afin de soutenir la croissance des veaux et éviter tout retard qui, actuellement, impacte la croissance. 

Ultime levier activé : l’achat, par la Cuma, d’une tonne à lisier équipée de pendillards permet de limiter les pertes d’azote vers l’air.

Une nouvelle étape a récemment été franchie avec l’utilisation d’un outil réalisé par Seenovia, Cap1pact. Les éleveurs peuvent désormais suivre l’évolution de l’empreinte carbone au mois le mois, et accéder à un suivi plus régulier. « Cela permet d’éviter les surprises en fin de projet », conclut Étienne Goumand. 

Définition 

Émissions de carbone brutes : ensemble des émissions de méthane, protoxyde d’azote et de dioxyde de carbone, ramené en équivalent CO². 

Empreinte carbone nette : émissions de carbone brutes de l’atelier – stockage de carbone (herbe, haies). 

Des résultats économiques supérieurs à la moyenne de groupe 

Au sein du groupe à plus 25 % de maïs dans la SFP, suivi par Seenovia, l’exploitation se situe dans la tranche supérieure des résultats économiques. Entre 2021 et 2024, la marge brute est passée de 235 euros à 339 euros pour 1000 litres. La moyenne de groupe 2024-2025 se situe à 329 euros les 1000 litres. Ramenée à la vache, la marge brute est de 9,10 euros par vache laitière et par jour (avec une augmentation de 5,50 € en quatre ans) quand celle du groupe est de 7,41 euros par vache par jour. Sur la période, l’accroissement du cheptel et des besoins ont entraîné une augmentation des coûts de concentré du Gaec, de 19 euros pour 1 000 litres et des fourrages de 13 euros pour 1 000 litres. Cependant, l’augmentation du volume produit (+ 129 000 l sur la période), cumulé à celle du prix du lait (+125 €/1 000 l) permettent de compenser l’augmentation de ces charges et de soutenir la rentabilité

 

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