Enquête croisée Ipsos-Episto
Trois quarts des agriculteurs et des consommateurs veulent interdire l’importation de produits alimentaires ne respectant pas les normes françaises
L’enquête réalisée fin janvier intitulée « Regard croisé entre les agriculteurs et les citoyens-consommateurs en France » a donné la parole à plus de 250 agriculteurs représentatifs de toutes les filières et à un millier de personnes représentatives de la population française. Il en ressort tout d’abord que le moral des agriculteurs s’écroule par comparaison à la vague de juillet 2023 : 48 % des exploitants agricoles se déclaraient pessimistes l’année dernière contre 71 % aujourd’hui, un seuil encore jamais atteint depuis 2020.
89 % des agriculteurs soutiennent le mouvement de protestation
Dans ce contexte, 89 % des agriculteurs soutiennent le mouvement actuel de protestation. Ils attendent une transformation de la politique agricole en France. La taxe progressive sur les GNR a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et selon eux, son exonération ne suffit pas. Les agriculteurs interrogés attendent des actions structurelles et non à court terme, avec trois mesures prioritaires :
Interdire l’importation de produits alimentaires ne respectant pas les normes françaises pour 76%
Assurer une meilleure répartition des marges de la filière agricole au profit des producteurs (62 %).
Faciliter les démarches administratives pour les agriculteurs (56 %).
La filière agricole dysfonctionne selon les agriculteurs
Les agriculteurs dénoncent par ailleurs le dysfonctionnement de la filière agricole et pointent quatre points de tension :
L’échec des lois Egalim (et leur respect par les parties prenantes) : 74 % des répondants ne partagent pas l’avis selon lequel ces lois sont un succès et sont bien appliquées.
Les industries agro-alimentaires qui devraient mieux rémunérer les agriculteurs pour leur production : 98 % d’adhésion
La défense des marges, au profit des agriculteurs, poussées par les coopératives auprès des groupes agro-alimentaires : 94 % d’adhésion
La réduction des effets de l’inflation sur les prix pratiqués par les entreprises d’intrants : 90 % d’adhésion.
Les agriculteurs souhaitent également une transformation sociale afin de changer les comportements et faire évoluer leur image :
La valorisation du métier auprès de l’opinion publique : pour 81 % des agriculteurs, les pouvoirs publics devraient mettre en place des actions de communication pour valoriser davantage leur métier auprès du grand public, et notamment des jeunes.
Le soutien à la production locale made in France : 87 % des agriculteurs sont d’accord avec l’idée que les Français ne devraient consommer que des produits cultivés en France, mais les Français le peuvent-ils ?
80 % des consommateurs soutiennent le mouvement des agriculteurs
Le second volet de l’enquête consacré aux consommateurs révèle que 80 % d’entre eux soutiennent le mouvement des agriculteurs. Par ailleurs, 66 % des répondants font le choix des aliments cultivés localement mais seuls 39 % se disent prêts à payer 10 à 20 % plus cher les produits alimentaires made in France. Dans la même logique, 39 % seulement sont favorables à une journée de solidarité avec les agriculteurs en France sur l'exemple de celle dédiée aux personnes âgées ou en situation de handicap.
91 % des Français estiment que les agriculteurs « travaillent beaucoup »
Le soutien des Français s’explique notamment par leur empathie envers les agriculteurs, 77 % estimant qu’ils n’auraient pas le courage de faire ce métier et 91 % que ce sont « des gens qui travaillent beaucoup ». Par ailleurs une majorité de Français a confiance en eux : 63 % vis-à-vis des agriculteurs en conventionnel et 65 % vis-à-vis des producteurs en filière bio. En revanche, 74 % des Français n’inciteraient pas leurs enfants (ou les enfants d’un proche) à faire demain le métier d’agriculteur.
85 % des Français estiment que les agriculteurs ne sont pas rémunérés à leur juste valeur
A 85 %, les Français ont également conscience que les agriculteurs ne sont pas rémunérés à leur juste valeur et que trop de contraintes pèsent sur eux (86 %) : entreprises agro-alimentaires, GMS, etc. Pour les consommateurs, la concurrence déloyale des pays hors UE devient le défi agricole n°1 pour demain (47 % vs. 31 % en 2023), juste devant les événements climatiques (45 %, stable par rapport à 2023).
Les consommateurs avancent les mêmes revendications que les agriculteurs
Comme les agriculteurs, les Français attendent beaucoup du gouvernement. Ainsi 67 % considèrent qu’il devrait y avoir plus de subventions pour soutenir et aider les agriculteurs. En ce qui concerne les priorités pour la filière, les consommateurs sont strictement alignés sur les revendications des agriculteurs :
Premièrement interdire l’importation de produits alimentaires ne respectant pas les normes française : 72 % des avis exprimés.
Deuxièmement, assurer une meilleure répartition des marges de la filière agricole au profit des producteurs : 59 % des avis exprimés.
Faciliter les démarches administratives pour les agriculteurs : 52 % des avis exprimés.