Interview Sabine Tholoniat : « Sur la prise en compte du coût de production, on n’y est toujours pas »

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Sabine Tholoniat est productrice de lait dans le Puy-de-Dôme. Crédits : © DR

Quel est aujourd’hui l’état de tension sur les marchés laitiers ?
Nous arrivons aujourd’hui à un effet ciseaux : l’offre dépasse la demande et les prix deviennent dérisoires. C’est une situation que nous avons beaucoup de mal à comprendre : on observe une diminution de la production de lait partout dans le monde mais en France, les prix ne suivent pas. La situation est pratiquement pire en bio qu’en conventionnel. Chez Sodiaal, on en arrive par exemple à une équation de prix basée sur 90 % de volume livré payé en prix bio et 10 % de bio déclassé, un prix prétendu AOP. Pendant ce temps-là, les prix du lait spot et du beurre atteignent des sommets, on marche sur la tête !


Quelle est la situation en région Auvergne-Rhône-Alpes ?
Nous sommes une vraie région d’élevage, donc cette situation nous impacte particulièrement. Une donnée à prendre en compte est que le coût de production est plus élevé en montagne qu’en plaine, or on sait que notre région est particulièrement fournie en massifs montagneux, entre les Alpes et le Massif central. Cela fait donc beaucoup d’éleveurs qui doivent non seulement assumer cette contrainte géographique mais aussi la conjoncture défavorable sur les marchés. Une autre donnée à prendre en compte est le réchauffement climatique. Nous ne sommes pas en Bretagne ou en Normandie, ici la sécheresse est réelle et il est difficile de faire pousser de l’herbe. Toutes ces données mises bout à bout créent un climat très défavorable pour les professionnels.

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Où en est-on de la renégociation des prix ?
Le constat est clair : sur la prise en compte du coût de production, on n’y est toujours pas. Les distributeurs ne prennent toujours pas en compte les charges qui augmentent et le niveau de qualité du lait produit.
À titre individuel, beaucoup d’éleveurs ont encore une peur irrationnelle de la contractualisation. Rappelons qu’à partir du mois de juillet, un producteur qui n’aura pas fourni la preuve d’une proposition de contrat à un acheteur pourra être sanctionné. L’autre difficulté se trouve au niveau des coopératives. Dans le cadre d’Egalim, chaque coopérative doit mettre en place un système de contractualisation pour ses éleveurs en y intégrant le coût de production. Beaucoup, comme Sodiaal aujourd’hui, se planquent derrière leurs statuts et ne font rien.


Quels sont les risques si cette situation perdure ?
Le risque, et nous en sommes déjà là, c’est la lassitude des éleveurs laitiers. Les populations vieillissent, et beaucoup d’éleveurs en fin de carrière peuvent avoir tendance - et on peut les comprendre - à adopter des stratégies sur le court terme pour s’assurer des conditions de travail plus acceptables, mais au détriment du maintien des outils de production pour ceux qui souhaiteraient prendre leur succession sur l’exploitation. Nous avons un nouveau ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ce titre qui lui a été ajouté met la lumière sur cet enjeu mais cela ne doit pas se limiter à un outil de communication. Il est temps de passer à l’action et de casser cette dynamique du toujours moins cher.

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