Prix du blé : accompagner la tendance à la hausse en commençant à vendre sa récolte
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Après des mois sans grandes variations, les prix du blé décollent depuis le démarrage de la nouvelle campagne début juillet. Des opportunités sont à saisir pour les agriculteurs dans un contexte géopolitique très incertain.
La moisson 2026 s’achève en France sur un goût amer avec des rendements décevants au regard du potentiel au début du printemps. La récolte de blé tendre devrait atteindre entre 30,8 et 32 millions de tonnes (Mt) en fonction des sources. Les canicules de mai et juin ont dégradé le rendement des cultures plus ou moins fortement en fonction des régions. Dans cette ambiance morose, un petit motif de satisfaction pour les agriculteurs : les prix du blé repartent à la hausse.
Combien de temps cette hausse va se poursuivre ? « Le prix du blé va continuer à progresser aussi longtemps que dureront les problèmes logistiques en mer Noire », avance Arnaud Ponset, fondateur et analyste grains chez Céréfi. Il signale qu’actuellement, les prix du blé se situent dans le quart supérieur de ce que l’on connait depuis 10 ans.
La situation actuelle est une aubaine pour ramener un peu de trésorerie dans les exploitations, même si les niveaux de prix restent souvent insuffisants face au niveau très élevé de ceux des engrais. « Il serait dommage de ne pas profiter de l’embellie », considère malgré tout Nicolas Pinchon, fondateur de Veille au grain. Il conseille aux agriculteurs une stratégie qui consiste à vendre 10 à 20 % de leur récolte tous les 10 € de hausse pour profiter de la situation actuelle sans se priver d’éventuelles hausses futures.
C’est malheureusement au regain de tensions entre l’Ukraine et la Russie que l’on doit cette amélioration des prix. Russes comme Ukrainiens voient leurs capacités d’exportations céréalières amoindries par les attaques de part et d’autre. Du côté des Russes, c’est la protection des terminaux pétroliers vis-à-vis des attaques de drones ukrainiens qui freine les exportations, notamment dans le port de Novorossiysk, en mer Noire, désormais fermé la nuit. D’après nos confrères de La Dépêche, les exportations russes se limiteraient en juillet à seulement 1,5 million de tonnes, contre 3,1 Mt en moyenne quinquennale. Côté Ukrainiens, des frappes russes massives visent directement des installations céréalières dans les ports, gênant grandement les expéditions ukrainiennes.
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S’ajoute à ce contexte géopolitique des récoltes d’été décevantes en Europe de l’Ouest et qui s’annoncent catastrophiques pour les récoltes d’automne, surtout en maïs. Aux États-Unis, la production de blé est aussi en net recul, de près de 14 %, d’après le rapport USDA de fin juin. À noter que les bonnes récoltes dans les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) leur permettent pour le moment de temporiser leurs achats extérieurs de céréales.
La situation n’est toutefois pas similaire à 2022 lors du déclenchement de la guerre. « L’effet de surprise n’est pas aussi fort », assure Arnaud Ponset. Autre aspect souligné par Sébastien Poncelet, d’Argus médias : « En 2022, avant la forte hausse, les prix de départ étaient à un niveau plus élevé qu’aujourd’hui, après deux années de progression dans la période post-Covid. » Il est donc peu probable que les prix des céréales atteignent les mêmes sommets. Il faut garder en tête que des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine peuvent être entamés à tout moment, poussés par les partenaires commerciaux des deux pays. En réaction, les prix du blé observeraient un recul. « Le monde ne peut pas se passer des exportations de la mer Noire », rappelle Sébastien Poncelet.
Autre aspect secondaire, mais tout de même haussier, si l’on regarde les fondamentaux du marché des céréales, « l’heure est plutôt au rééquilibrage de l’offre et de la demande mondiales après plusieurs années de surproduction », précise-t-il.
En toile de fond, la situation explosive dans le golfe Persique n’est pas non plus sans conséquences. « C’est un effet de soutien indirect aux prix, notamment en raison de l’appétit des fonds d'investissement pour les matières premières », souligne Sébastien Poncelet qui évoque aussi l’affaiblissement de la parité euro/dollar et la cherté des engrais.
Dans les mois à venir, c’est notamment le phénomène El Niño qui sera à surveiller. Son influence sur le prix des céréales reste incertaine. « C’est surtout la production australienne qui peut être touchée mais pour l’instant les conditions de culture restent favorables dans cette région », précise l’analyste marché. « C’est surtout s’il dure dans le temps, sur plusieurs années, que les conséquences pourraient se faire sentir sur les prix », ajoute Nicolas Pinchon. Reste aussi à savoir quelle incidence aura le contexte d’engrais rares et chers sur les semis de l’hémisphère nord à l’automne.
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