Mal-être agricole : « Nous sommes là pour nourrir les gens et souvent on nous traite d’empoisonneurs, c’est difficile à vivre, il faut être costaud psychologiquement ! »
Auditionnée par la mission d’information sénatoriale sur la souffrance psychique au travail, Anne Gautier, agricultrice et vice-présidente de la MSA, a témoigné des dangers sur la santé mentale des agriculteurs de la surexposition du métier.
« Nous avons un métier surexposé en termes d’image par rapport à un industriel qui va travailler derrière des murs », poursuit celle qui est aussi cheffe d’entreprise en productions végétales spécialisées à Saint-Mathurin-sur-Loire et présidente de la MSA du Maine-et-Loire.
Des interpellations au quotidien qui peuvent peser sur les agriculteurs
« Notre travail est à la vue de tous et tout le monde a un avis sur tout », assure-t-elle avant de témoigner de sa situation personnelle, avec un fils désormais installé sur l’exploitation agricole. « Jamais mon mari ne s’est fait arrêter avec son tracteur, ou agressé par quelqu’un qui fait son jogging sur le bout du champ sur lequel il passe. Eh bien mon fils ça lui est arrivé l’année dernière et ça l’a perturbé », raconte-t-elle. « Il m’a dit : « mais c’est ça que je vais devoir faire ? M’expliquer à chaque fois que je fais un truc ? Alors que ce que je fais est légal et normal dans l’exercice de mon métier » », rapporte-telle.
Une mise en lumière du métier d’agriculteur parfois dure à vivre
Ce type d’expériences donne aux agriculteurs le sentiment « d’être parfois abandonnés, déclassés, méprisés, mal reconnus dans leur travail», assure la vice-présidente de la MSA, affirmant « c’est très impactant chez nos exploitants et chez les salariés agricoles ».
« Souvent on aime la discrétion et notre métier nous oblige à être tout le temps mis en lumière, parfois sous des côtés qui ne nous ressemblent pas », complète-t-elle, avant de déclarer : « on est là pour nourrir les gens et souvent on nous traite d’empoisonneurs autant vous dire que psychologiquement il faut être un petit peu costaud, parce que c’est quand même difficile à vivre et c’est même inacceptable d’entendre ces propos ».
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Tout ça a une incidence très forte sur la santé, la souffrance au travail et le psychique
« C’est le désespoir pour les agriculteurs qui ont l’impression que malgré tous les efforts qui ont pu être faits depuis 20-30-40 ans les gens pensent qu’ils font encore moins bien qu’auparavant alors que, je peux vous le dire, il y a eu d’énormes progrès et bien sûr tout ça a une incidence très forte sur la santé, la souffrance au travail et le psychique », explique-t-elle.
Charge mentale, difficultés financières et mal-être croissant que les agriculteurs
« L’exploitant a trois casquettes : celle d’un ouvrier qui fait face à un nombre d’heures de travail important, celle d’un expert avec l’enjeu de se tenir au courant des évolutions technologiques et réglementaires dans son métier et celle d’un chef d’entreprise qui doit aussi manager, gérer et prendre des décisions » : ainsi la vice-présidente de la MSA illustre par ailleurs la charge mentale qui pèse tous les jours sur les agriculteurs.
Et de rappeler que la MSA a accompagné 60 000 agriculteurs sur trois ans. « Un agriculteur sur cinq est en difficulté financière, c’est absolument phénoménal », poursuit la vice-présidente de la MSA. Autres chiffres qui parlent d’eux-mêmes : il existe « plus de 46% de surrisques de suicides en agriculture » et 8200 signalements ont été traités en 2025 (soit 40% de plus en un an).