L’enseignement professionnel agricole, dernier rempart des territoires ruraux ?

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Depuis trois ans, les effectifs des établissements d'enseignement agricole progressent de 1%/an. Crédits : © Gabriel Omnès

Avec seulement 6 % d’élèves issus du milieu agricole, les établissements de l’enseignement agricole doivent innover pour séduire. Entre formations de niche et alliances stratégiques, l’heure est à renforcer l’éventail de formations et le lien avec le territoire.

L’enseignement agricole en France se distingue par sa diversité entre les établissements publics, les maisons familiales rurales (MFR), l’enseignement catholique (Cneap) et UNREP (Union Nationale Rurale d’Éducation et Promotion). Malgré leurs spécificités, ces acteurs partagent la même ambition de créer des synergies pour imaginer des projets communs et maintenir voire faire progresser les effectifs.

Lors de la réunion de rentrée organisée à la MFR de Gelles (Puy-de-Dôme), la semaine dernière, les acteurs de l’enseignement agricole se sont réunis autour de la Draaf pour réaffirmer cette volonté d’œuvrer conjointement.

On est dans la première région de l’enseignement agricole en France, avec plus de 31 000 apprenants et 118 établissements. Pour que ça fonctionne, il faut travailler ensemble, sans rivalité » explique Matthieu Prévost, directeur adjoint et chef de service à la Draaf AuRA. 

Une rencontre d’autant plus pertinente que 2026 marque la deuxième année du déploiement de la loi d’orientation agricole, axée sur la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations.

Des effectifs d'élèves et d'étudiants en hausse malgré les défis démographiques

L’enseignement agricole en Auvergne-Rhône-Alpes fait figure d’ovni dans le paysage français. Alors qu’en milieu rural l’air du temps est davantage à la fermeture des classes, les lycées et autres établissements professionnels se maintiennent, voire progressent. 

À l’échelle de la grande région, les effectifs progressent depuis sept années consécutives. Cette rentrée scolaire encore, une hausse de 1 % est observée, soit 400 élèves de plus par rapport à la rentrée 2025.

Malgré tout, les petits établissements ruraux, comme la MFR de Gelles ou le lycée de Rochefort-Montagne, sont face à de petits effectifs. « Comment maintenir l’activité dans ces territoires ? En développant des formations de niche, en lien avec la profession pour attirer du public d’autres régions », propose Matthieu Prévost. Une stratégie mise en place depuis plusieurs années déjà et qui porte doucement ses fruits.

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Les lycées agricoles, piliers des communes rurales

Face à la chute démographique dans les zones rurales, additionnée à une certaine désaffection pour les métiers agricoles, les établissements doivent redoubler d’efforts pour attirer des élèves. « Aujourd’hui, c’est absolument nécessaire de communiquer auprès des familles pour les rassurer sur les perspectives d’études supérieures et d’installation dans les métiers », insiste Matthieu Prévost. Avec 200 métiers dans le secteur, la diversité des parcours est un atout majeur. « Il y a de la place pour tous les talents : dans la technologie, le soin, le sanitaire… L’agriculture, ce n’est pas seulement être à la tête d’une exploitation », rappelle-t-il.

Les établissements de l’enseignement agricole portent d’ailleurs cet exemple, en étant pour certains les derniers remparts face à la désertification rurale.

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La MFR de Gelles occupe ainsi un rôle central dans la vie de sa commune. Jean-Luc Tourreix, le maire, témoigne : 

après la fermeture du collège, nous n’avions plus de cuisine pour préparer les repas de l’école primaire. Heureusement, la MFR de Gelles a ses propres installations. Elle prépare désormais les repas pour les apprenants et écoliers de la commune, soit 150 à 200 repas par jour ».

Une mixité sociale croissante dans les établissements d'enseignement agricole

L’enseignement agricole note également une évolution de taille. Seulement 6 % des élèves des lycées agricoles sont aujourd’hui issus du milieu agricole. « C’est un chiffre cohérent avec la réduction du nombre d’agriculteurs, mais qui montre aussi une porosité plus facile avec les autres catégories socioprofessionnelles », analyse le directeur adjoint de la Draaf.

Cette transformation pose de nouveaux défis pédagogiques. « Les jeunes non issus du monde agricole manquent parfois de pratique intuitive. Il faut donc adapter les formations, avec plus de temps sur les exploitations et les plateaux techniques », explique-t-il.

Cette diversité se traduit également par une féminisation des classes, y compris dans les filières de production. En 2025, sur les 31 059 apprenants d’AuRA, 46 % étaient des filles.

Un plan national pour booster l’attractivité des lycées agricoles

La ministre de l’Agriculture a récemment annoncé un grand plan pour l’enseignement agricole, incluant un Programme National d’Orientation et Découverte des Métiers. Une enveloppe importante sera allouée aux établissements pour promouvoir les formations. 

On attend six projets majeurs d’ici la Toussaint pour Auvergne-Rhône-Alpes ».

Malgré les défis, Matthieu Prévost reste optimiste. « Les métiers évoluent, et de nombreux chefs d’entreprise agricoles innovent pour dessiner l’agriculture de demain », souligne-t-il. Les établissements, quant à eux, misent sur les alliances stratégiques pour mutualiser leurs forces. « L’objectif de nos réunions territoriales, c’est que les acteurs se rencontrent et s’adaptent ensemble », conclut-il.

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