Florence Lemaire, première femme à la tête d'un établissement agricole
ENSEIGNEMENT - Celle qui a fait ses études et sa carrière dans l’enseignement agricole prend les rênes du Lycée Georges-Pompidou, établissement attractif, qui renoue avec des effectifs croissants en cette rentrée.
ENSEIGNEMENT - Celle qui a fait ses études et sa carrière dans l’enseignement agricole prend les rênes du Lycée Georges-Pompidou, établissement attractif, qui renoue avec des effectifs croissants en cette rentrée.
Aux bons souvenirs de Florence Lemaire
Demain, 1er septembre, ils seront 362 à faire leur rentrée au lycée agricole Georges-Pompidou d’Aurillac.
Parmi eux, beaucoup se destinent à embrasser le métier d’éleveur ou une carrière dans le secteur para-agricole. De quoi rappeler des souvenirs à Florence Lemaire, qui, à 15 ans, a elle aussi fait le choix de l’enseignement agricole à une époque où les filles étaient rares en BTA. “Je pense que c’est l’enseignement agricole qui m’a “sauvée”, je n’étais pas particulièrement bonne élève jusqu’à ce que j’entre en lycée agricole où je me suis particulièrement épanouie”, confie la nouvelle directrice de l’établissement aurillacois, qui a succédé à la mi-août à Éric Cazassus. Épanouie jusqu’à candidater à des postes de direction après de longues années à y enseigner. Âgée de 58 ans (comme le lycée Pompidou !) et après deux dernières années à la tête du lycée agricole de Romans-sur-Isère, Florence Lemaire est la première femme à diriger l’établissement cantalien. Et elle ne cache pas sa fierté : “Je me suis toujours battue, depuis l’âge de 15 ans, pour faire ma place”, affiche cette Seine-et-Marnaise passionnée d’élevage laitier.
Les effectifs repartent à la hausse
C’est avec un regard totalement neuf qu’elle a découvert l’établissement aurillacois, dont elle a été agréablement surprise du très bon état, malgré une dernière rénovation remontant à 2003 : “Aucune dégradation, aucun tag... c’est impressionnant !” Loin du cadre qui prévaut désormais dans nombre de lycées, confirme son adjoint Pierre Monnier. Au-delà de la forme, sur le fond, tous deux se félicitent d’une rentrée placée sous de bons auspices : des effectifs en hausse (+ 15 élèves), après l’érosion constatée l’an dernier, notamment en classes de 2nde, classes qui renouent avec leur attractivité. Attractivité à laquelle contribuent les excellents taux de réussite aux examens(1), de même que les trois sections proposées, notamment la section rugby qui continue de faire le plein (35-40 élèves), en parallèle des sections équitation et cyclisme. En filière CGEA, il a même fallu, à regrets, refuser des élèves faute de places malgré les deux voies proposées (scolaire et apprentissage).
A contrario, les filières STL (Sciences et technologies de laboratoire) restent peu prisées.
On a la chance d’avoir des outils pédagogiques, une exploitation, des ateliers technologiques, bientôt les laboratoires du bâtiment du PEM2I..., mais aussi beaucoup de visites, des concours, tout cela aide à la scolarité.”
Une offre élargie
L’offre de formation continue de s’élargir avec l’ouverture de la classe Anabiotec 2 (hybride scolaire et apprentissage), le BTSA Bioqualim n’est lui maintenu plus qu’en apprentissage. Au regard du contexte démographique cantalien, le maintien des effectifs d’apprentis (125) est perçu positivement tandis qu’en formations adultes (BPREA), les porteurs de projets sont nombreux, contrairement aux sources de financements, notamment des fonds Vivea. “On arrive malgré tout à trouver des alternatives”, précise Florence Lemaire. Et l’engouement des formations courtes en transformation fermière ne se dément pas, attirant des agriculteurs fermiers “de Saint-Jean-de-Luz jusqu’à Cherbourg !”, souligne Pierre Monnier.
La même ambition
Se réjouissant de renouer avec une filière “agricolo-agricole” dans le Cantal, la nouvelle directrice compte s’inscrire dans l’impulsion donnée par son prédécesseur, notamment avec l’ouverture de filières - pourquoi pas celle d’un Bachelor à terme -, avec un programme d’investissements aussi, et la réécriture sur l’année scolaire 2028-2029 du nouveau projet d’établissement après une évaluation de l’établissement programmée en 2027. Rester attractifs pour déjouer l’arithmétique démographique demeure “le combat de tous les ans, même si parfois, c’est décevant de voir qu’en ouvrant des formations, on ne fait que maintenir les effectifs”, relève son adjoint. Pas de quoi entamer la détermination de Florence Lemaire.
(1) 94,32 % au bac avec 60 mentions,
78 % en BTS et 91 % au global sur l’EPL.
CV EXPRESS
Non issue du milieu agricole, c’est lors de vacances dans les Alpes avec ses grands-parents que, dès l’âge de 10 ans, Florence Lemaire a décrété qu’elle travaillerait dans l’élevage laitier. Après des études agricoles (BTA puis BTS Tage), elle travaille comme responsable du troupeau laitier du lycée de Crézancy, dans l’Aisne, puis comme professeure de zootechnie et comptabilité-gestion. Elle reprend des études (licence-master) pour sa titularisation et va enseigner pendant 20 ans dans des établissements agricoles avant d’aspirer à des postes de direction : directrice adjointe aux lycées de Figeac, Ondes, Dax, puis directrice d’EPL en Côte d’Or et Romans-sur-Isère.
CHANTIER
Le 28 septembre débutera le chantier de démolition de la stabulation des vaches allaitantes partie en fumée en juin 2025 et du bâtiment de stockage attenant. Objectif : une mise en service de la nouvelle stabu, agrandie, à la rentrée 2028. En attendant, pendant deux années encore, il faudra faire les navettes jusqu’au Haras, où sont hébergées les 45 salers du troupeau allaitant du lycée tandis que les génisses bénéficient d’un hangar à Arpajon. Certes des contraintes de temps et de déplacement, “mais on est bien content d’avoir trouvé ces solutions”, déclare Florence Lemaire. Cependant, l’exploitation du lycée n’échappe pas à l’affouragement avec la difficulté supplémentaire de ne pas avoir de stocks de 2025, intégralement détruits par l’incendie. Les nouveaux investissements programmés dans le cadre du projet Actife (sur les conditions de travail en élevage, la robotisation...) devront attendre la livraison du bâtiment.