C'est sous le sceau de l'unité syndicale que les dirigeants de la FNSEA ont voulu ouvrir le 63è congrès de la FNSEA, qui s'est déroulé à Poitiers, du 31 mars au 2 avril. « Notre grande maison est unie », a affirmé Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, dans son discours d'accueil, le 1 avril. « La seule sortie que nous ayons est le collectif », a pour sa part spécifié Jean-Bernard Bayard, secrétaire général adjoint. Le bilan de santé de la Pac a, bien sûr, été au cœur des discussions en huis clos. Durant 6 heures de débat, représentants des régions et présidents d'associations spécialisées ont pu s'exprimer. « Une thérapie de groupe » selon Christiane Lambert, qui devait permettre le libre débat. C'est Jean-Michel Lemétayer qui a conclu les échanges vers 22h30 par une prise de parole de plus de 20 minutes. Son objectif : « prendre de la hauteur » et « renforcer la cohésion » de son syndicat, a-t-il expliqué. Les délégués du congrès ont adopté un texte considérant que « les évolutions du bilan de santé de la Pac rendent plus que jamais indispensable leur unité ». Selon Daniel Rouvreau de la FDSEA des Deux-Sèvres et membre du bureau de l'APCA (chambres d'agriculture), le ton des débats a été « en-dessous » des vives polémiques qui ont vu s'affronter ces dernières semaines éleveurs et céréaliers. « Les gens ont réfléchi », a-t-il estimé. « Il a été dit en huis clos que la FNSEA aurait pu faire mieux en terme de méthode, mais jamais qu'une scission était possible », a précisé Daniel Rouvreau.
Pas de scission
De leurs côtés, les dirigeants d'Orama ont réaffirmé en marge du Congrès leur désir de rester à l'intérieur du syndicat majoritaire… Même si les relations sont loin d'être totalement apaisées. Le syndicat a échappé au débat sur l'utilisation des reliquats issus des aides découplées (11 % des aides aux cultures, 14 % des aides à l’élevage), mais se pose désormais la question de la répartition des 170 millions d'euros accordés au secteur par Nicolas Sarkozy le 30 mars. En huis clos, Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA a clairement évoqué une redistribution ciblée sur une diagonale Lorraine- Midi-Pyrénées, c’est-à-dire sur les zones intermédiaires. Une intervention largement commentée pendant la soirée et qui est loin d'avoir fait l'unanimité. Les règles de redistribution des 170 millions d'euros restent à définir. « On reste inquiet », a signalé Emmanuel Bonnardot, de la FDSEA de Côte d'Or. Sur les 170 millions d'euros, 90 millions d'euros proviendraient de la «sous réalisation» du plafond d'aides accordé par Bruxelles à la France. Il s'agirait d'un soutien de quelques 25 euros de l'hectare, qui pourrait ne pas concerner que les zones intermédiaires. « Il faut dès aujourd'hui, dans les fédérations, apporter des solutions aux agriculteurs qui ont besoin d'accompagnement, a expliqué Christiane Lambert. C'est à cette condition que l'on gardera la confiance et les adhérents ». La fédération d'Ile-de-France a en tout cas choisi une autre voie. Le 1er avril, elle a menacé de manifester à l'occasion de l'arrivée du ministre à Poitiers. Pour faire mieux entendre ses doléances. « Je ne laisserai pas le Congrès pris en otage, j'ai respecté la parole de tous, nous prendrons des dispositions » pour que la manifestation ne vienne pas perturber les débats du Congrès, a commenté Jean-Michel Lemétayer.
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« Il faut sortir de cette sédimentation de notre vieille Pac ! » affirme Michel Barnier
Le grand oral ou dernier discours du ministre de l'Agriculture Michel Barnier, qui devrait quitter sa fonction, vers le 7 mai, pour se consacrer exclusivement aux élections européennes, s'est déroulé sans heurts. Les quelque 600 congressistes réunis à Poitiers le 1er avril pour le 63e congrès de la FNSEA ont même prêté une oreille très attentive à l'explication de texte du ministre Celui-ci a pris le temps d'expliquer les raisons de ses choix dans le cadre de la Pac. « J'ai pris une décision juste et nécessaire ! » a affirmé Michel Barnier. Se projetant dans les débats futurs, il a indiqué qu'il était indispensable de « sortir de cette sédimentation de notre Pac vieille de près de 20 ans ! ». « Toutes nos décisions depuis des années ont consolidé des acquis » a-t-il même lancé. Des cornes de brumes ont bien retenti quelques secondes dès sa prise de parole mais il a su mettre rapidement fin aux contestations de la salle. « Je ne suis pas venu ici pour chercher des sifflets ou des applaudissements [ ] vous n'avez pas besoin de cela pour me dire les choses », a-t-il lancé. Interrogé sur la manifestation des céréaliers d'Île de France (FDSEA et JA) contenue à l'extérieur du palais du congrès qui souhaitent pénétrer dans la salle pour « empêcher de parler le céréales killer » le ministre ne commente pas. « Quelquefois ce genre d'attitude nuit à la crédibilité même de ceux qui portent le message » a-t-il tout même lâché interrogé en marge du congrès. Sur le fond, il a voulu répondre « avec franchise aux critiques » et « aux questions qui sont devant nous ». Il réfute ce que certains appellent « le plan Barnier » : « ces décisions traduisent les orientations du président de la République ». Il a assuré avoir « tout étudié, la régionalisation comme la convergence » ainsi que « la progressivité de prélèvements ». Cette progressivité « n'était pas possible au regard des règles communautaires régissant les aides d'État ». Il a salué en la FNSEA « cette démocratie professionnelle » : « cette unité est très importante. Elle sortira renforcée de ce congrès après votre vote d'hier » sur la délibération Pac a-t-il indiqué. Jean-Michel Lemétayer intervenant devant le ministre a rassuré les congressistes : « la FNSEA ne va pas exploser à Poitiers. La FNSEA est unie. Pour autant toutes les plaies ne sont pas fermées » a-t-il conclu.
L'Ile-de-France joue avec l'unité syndicale
« Je ne laisserai pas le Congrès pris en otage » a affirmé en tribune Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA le 1er avril lors du Congrès de son syndicat. Objet du courroux du dirigeant : l'arrivée attendue de céréaliers de la fédération d'Ile-de-France décidés à en découdre avec le ministre de l'Agriculture, attendu ce même jour. « Je pense que la moindre des choses, c'est que ces producteurs entendent les autres », a-t-il indiqué, précisant qu'en huis clos, la parole de tous avait été respectée. « Nous prendrons des dispositions » pour que la manifestation ne vienne pas perturber les débats du Congrès, a commenté Jean-Michel Lemétayer. Les dirigeants d'Orama et de la fédération régionale du bassin parisien (FRNBP) ont indiqué qu'ils n'étaient pas informés de cette manifestation. « Je ne peux pas supporter d'apprendre les choses dans un couloir par le président » de la FNSEA, a indiqué Thierry Bontour, président de la FRNBP, dans les couloirs du Congrès. « C'est lamentable », a pour sa part déploré Pierre Cuypers, secrétaire général adjoint d'Orama. Le geste n'était pas davantage approuvé par les autres régions. « Je ne les comprends pas », commentait Yves François, céréalier et producteur de semences de la FDSEA de l'Isère. Pour Jean-Michel Lemétayer, la manifestation ne pouvait se dérouler qu'à l'extérieur du palais des congrès. « Je respecte aussi le ministre même si chacun peut en penser ce qu'il veut », a-t-il précisé. « J'ai trop l'habitude des propos tenus par certains syndicalistes qui, après, frappent à la porte du ministre pour un entretien », a-t-il ajouté.