Bruxelles propose d’imposer des droits de douanes sur les engrais azotés provenant de Russie pour réduire la dépendance de l’Union européenne. La Copa-Cogeca s’inquiète de hausses de prix potentielles de 40 à 45 euros par tonne d’engrais pour les agriculteurs.
La Commission européenne a adopté le 28 janvier, une proposition visant à imposer des droits de douane sur un certain nombre de produits agricoles en provenance de Russie et de Biélorussie, notamment les engrais à base d'azote.
Concrètement, l’Union européenne propose de fixer un droit ad valorem de 50 % pour les importations de produits agricoles et une augmentation progressive des droits de douane sur les engrais. Cette hausse débuterait à 40 ou 45 €/t (selon le type d'engrais) jusqu'à ce qu’à un droit additionnel prohibitif pouvant aller jusqu'à 315 ou 430 €/t trois ans après le début de l'application des mesures, rapportent nos confrères d’Agra Fil.
Objectif : réduire la dépendance aux importations russes
La Commission ajoute que pendant la période de transition, des droits prohibitifs seront introduits dans le cas où des produits russes ou biélorusses seraient importés au-delà de certains volumes spécifiés. Pour Bruxelles, l’objectif est double : affecter les capacités de la Russie à mener sa guerre d’agression mais aussi réduire la dépendance de l'UE aux importations de Russie et du Belarus.
3,6 millions de tonnes d’engrais importés de Russie en 2023
En 2023, les types d’engrais couverts par le règlement proposé représentaient plus de 70 % de la consommation totale d’engrais dans l’Union. Selon Eurostat, les importations en provenance de tous les pays tiers se sont élevées à 14 millions de tonnes, dont 3,6 millions de tonnes en provenance de la Fédération de Russie (pour une valeur de 1,28 milliard d’euros), soit plus de 25 % des importations totales de l’Union (en tonnage).
L’Unifa dénonce « l’explosion des importations françaises d’engrais russes »
Cette proposition de la Commission européenne intervient le lendemain d’un communiqué de l’Unifa (Union des industries de fertilisation) qui s’inquiétait de « l’explosion des importations françaises d’engrais en provenance de Russie ».
En deux ans, ces importations ont bondi de plus de 80%
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« En deux ans, ces importations ont bondi de plus de 80%, menaçant ainsi directement la souveraineté industrielle et agricole de la France », écrivait ainsi l’Unifa dans le communiqué.
En 2023, la France a importé plus de 750 000 tonnes, contre 402 000 tonnes en 2021, selon les chiffres des Douanes françaises cités par l’union des industries de fertilisation. Une tendance qui s’est poursuivie en 2024.
Un risque de coût supplémentaire pour les agriculteurs, dénoncé par la Copa-Cogeca
Si les taxes sont vues d’un bon œil par les fabricants français d’engrais, la Copa-Cogeca qui représente les agriculteurs et coopératives de l’Union européenne s’inquiète dans un communiqué d’une « mesure qui aura de graves conséquences sur la production et la compétitivité agricoles ».
Ces mesures entraîneraient une hausse des prix des engrais d’au moins 40/45 € par tonne pour la prochaine campagne agricole
« Les agriculteurs européens n’ont actuellement aucune garantie que le déficit d’engrais sera compensé par une production nationale accrue à un prix compétitif, un argument clé avancé par les partisans des sanctions proposées », poursuit l’organisation de producteurs européens qui estime que « ces mesures entraîneraient une hausse des prix des engrais d’au moins 40/45 € par tonne pour la prochaine campagne agricole ». Soit « une pression financière supplémentaire sur les exploitations agricoles déjà aux prises avec un climat économique très difficile ».
🛑The Commission’s Paradox: On the very day the @EU_Commission unveils its strategic compass for 🇪🇺 competitiveness, it has simultaneously introduced a proposal to impose sanctions on Russian and Belarusian fertilisers... a move that will severely impact agricultural production… pic.twitter.com/V1jH137oPg