Sécurité Gendarmes et gens de la terre, partenaires

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Temps d’immersion des militaires de la communauté de brigades de Maurs-Saint-Mamet auprès des réalités et préoccupations agricoles. Crédits : © P. Olivieri

Vols, relations avec le voisinage, incivilités... : à Leynhac, les gendarmes de la Cob de Saint-Mamet sont venus échanger avec les agriculteurs sur un volet de leurs préoccupations.   

Sécurité : agriculteurs et gendarmes confrontent leurs réalités dans le Cantal

À Leynhac, une rencontre entre la gendarmerie et les agriculteurs de Châtaigneraie a permis d'aborder les vols dans les exploitations, les incivilités et les tensions autour des pratiques agricoles. Les militaires ont rappelé les moyens de prévention et les dispositifs de protection à la disposition des professionnels.

Vols dans les exploitations : GPS, métaux et GNR dans le viseur

Bien loin des images d'affrontements diffusées en boucle sur les chaînes d'information en continu, bien loin des slogans anti-forces de l'ordre scandés dans certains rassemblements, c'est dans une ambiance cordiale qu'ont eu lieu, mardi 27 octobre, les échanges entre agriculteurs et gendarmes sur l'exploitation de Jean-Noël Fau, à Leynhac. Le major Train, commandant de la communauté de brigades de Maurs-Saint-Mamet depuis août dernier, était accompagné de l'adjudante-cheffe Dehay. Objectif : permettre aux militaires de mieux connaître les réalités et les préoccupations du monde agricole.

Les agriculteurs font partie de nos partenaires, on est là pour échanger, maintenir les liens avec le monde agricole sachant qu'on a beaucoup de jeunes gendarmes qui ne connaissent pas forcément ce terrain-là." — Le major Train, commandant de la communauté de brigades de Maurs-Saint-Mamet

Une quinzaine d'éleveurs ont participé aux discussions, à l'initiative de Jean-Noël Fau, secrétaire général adjoint de la FDSEA. La sécurisation des exploitations contre les vols, les relations parfois conflictuelles avec des néoruraux méconnaissant les pratiques agricoles, les escroqueries numériques et la réglementation des engins agricoles sur les routes ont figuré parmi les principaux thèmes abordés.

Avec la flambée du prix des carburants et la hausse du cours de certains métaux, les craintes sont nombreuses : vol de GPS, d'outils, de bergers électriques ou d'engins entreposés dans des bâtiments agricoles faciles d'accès, mais aussi siphonnage des cuves de gazole non routier (GNR).

Un cadenas ne suffit pas toujours à dissuader les cambrioleurs, a reconnu l'adjudante-cheffe. Un chien peut au moins donner l'alerte par ses aboiements et son agressivité potentielle. Mais cette solution atteint ses limites pour les bâtiments isolés, notamment ceux d'une Cuma, a nuancé Jean-Noël Fau.

À défaut de prévenir le passage à l'acte, des caméras de surveillance installées à l'entrée des bâtiments et dans les zones les plus sensibles, comme le local de la cuve, peuvent permettre à l'éleveur d'être alerté à distance. Les images peuvent également être utilisées dans le cadre d'une procédure judiciaire, sur réquisition du procureur de la République, afin de tenter d'identifier les auteurs.

La gendarme Dehay a rappelé que la délinquance observée dans le Cantal est majoritairement itinérante et le fait de professionnels bien organisés, qui sévissent souvent à proximité des grands axes de communication, comme l'A75. La Ferme Bonnafoux, à Rageade, en a fait les frais le week-end précédent. Plus près de Leynhac, la cuve de la mairie de Quézac a également été vidée.

Un diagnostic sécurité gratuit pour les agriculteurs

Le major Train, commandant de la Cob depuis août dernier,  accompagné de l’adjudante-cheffe Dehay, ont échangé avec des  agriculteurs chez Jean-Noël Fau.

"On a deux militaires spécialisés dans la sécurisation des locaux professionnels", a expliqué la gendarme. Ils peuvent réaliser gratuitement un diagnostic sécurité sur une exploitation afin de déterminer, en toute indépendance, les moyens les plus adaptés pour la protéger.

L'adjudante-cheffe a également invité les agriculteurs à se faire connaître auprès de leur brigade dans le cadre de l'Opération tranquillité entreprises et commerces. En cas de vol ou d'incendie, les militaires pourront ainsi disposer des coordonnées utiles et connaître les équipements de surveillance présents sur l'exploitation.

Les gendarmes encouragent les professionnels à signaler tout véhicule ou individu suspect en composant le 17, de jour comme de nuit.

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L'un des éleveurs présents en a fait l'expérience il y a plusieurs années. Alors qu'il rentrait du cinéma avec son épouse, il avait vu un véhicule démarrer en trombe à la sortie du chemin d'exploitation de son voisin. Au volant, un conducteur au visage masqué. Après avoir relevé la plaque d'immatriculation et alerté la gendarmerie, l'éleveur avait appris que l'individu venait effectivement de voler une tronçonneuse sur l'exploitation.

Pratiques agricoles : les incivilités gagnent du terrain

Les éleveurs de Châtaigneraie ont aussi fait part de leur sentiment de voir leurs pratiques agricoles exposées aux critiques de nouveaux habitants du territoire. Ils redoutent notamment d'être filmés en train de traiter une culture, puis de retrouver la vidéo sur les réseaux sociaux, accompagnée d'une mise à l'index, alors même qu'ils respectent la réglementation.

Que faire dans ces situations ? S'il existe une infraction de dénonciation calomnieuse, "la réponse pénale est plutôt frileuse", a reconnu l'adjudante-cheffe. Quant à obtenir le retrait d'une vidéo diffamatoire auprès des plateformes numériques, la démarche peut se révéler longue.

Les gens ne comprennent pas que si on épand parfois le soir, c'est pour l'efficacité du produit, mais pour eux c'est suspect." — Un agriculteur présent à la rencontre

Jean-Noël Fau a lui-même reçu la visite des gendarmes après avoir été dénoncé pour avoir temporairement sali la route lors d'un chantier agricole. "Alors que j'avais mis un panneau pour informer les gens", souligne le producteur leynhacois.

"S'il y a dépôt de plainte, nous sommes tenus de faire une vérification, mais la procédure permet aussi de vous dédouaner", répondent les gendarmes, qui regrettent le manque de tolérance. Une intolérance et des incivilités qui gagnent du terrain dans les campagnes, selon Denis Boudou : "Aujourd'hui, quand on déplace des vaches et qu'on traverse la route, on se fait klaxonner, pareil quand on roule sur la Nationale en tracteur..."

Les agriculteurs ont également exprimé leur sentiment d'un "deux poids, deux mesures", notamment face aux rave-parties organisées sur des parcelles agricoles. Ils estiment que les teufeurs peuvent investir ces terrains sans sanctions sévères, tandis que les professionnels n'auraient pas droit à l'erreur.

Comment empêcher l'installation de ces rassemblements ? "On peut agir en amont pour les évincer, mais une fois qu'ils sont installés, c'est très difficile", reconnaissent les gendarmes, qui comptent là encore sur le rôle d'alerte des agriculteurs.

D'autres rencontres entre agriculteurs et gendarmes ont déjà eu lieu, notamment à Siran et à Saint-Étienne-de-Chomeil.

La Ferme Bonnafoux victime d'un vol de véhicule et de fromages

fromages fermiers de type bleu d'Auvergne
Deux cent fromages ont été dérobés. 

Le Gaec du Cèdre bleu, alias la Ferme Bonnafoux, situé à Rageade, en Margeride, a été victime, dans la nuit du 23 au 24 octobre, du vol d'un véhicule utilitaire contenant quelque 200kg de fromages (bleu d'Auvergne, Artisou...) destinés au marché de Brioude, le lendemain. Le préjudice est estimé à plus de 2600€, selon l'un des associés de la ferme familiale.
Les malfaiteurs ont pris la clé du véhicule dans la fromagerie avant de partir avec. Le véhicule a depuis été retrouvé brûlé sur la commune de Lubilhac, en Haute-Loire. Vol d'opportunité ou vol sur commande ? L'enquête le dira. Les membres du Gaec appellent les consommateurs à signaler la présence éventuelle de ces fromages étiquetés, notamment sur des marchés.

Le Cantal reste au vert

Les deux militaires, qui ont exercé dans d'autres départements, notamment le Puy-de-Dôme et la Savoie, se sont montrés affirmatifs : le Cantal reste un territoire privilégié en matière de sécurité. "Actuellement, on est davantage confronté à des escroqueries", relève le major Train. Entre 2016 et 2025, les vols dans les exploitations agricoles enregistrés par les forces de sécurité intérieure ont diminué de 13% en France, selon une étude du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, publiée le 15 juillet 2026. Les biens ciblés ont évolué au fil des années : les vols de GPS agricoles, quasi inexistants en 2016, ont fortement progressé jusqu'en 2024 avant de reculer en 2025. Ils témoignent d'une délinquance plus organisée. Les vols concernent notamment le matériel électrique, les productions agricoles, le carburant et les animaux. 

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