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GDS : adapter la gestion du troupeau à la sécheresse

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La succession anormalement précoce et intense des vagues de chaleur cet été a eu des impacts directs sur la production fourragère, les performances et le bien-être des animaux. Quelques recommandations pratiques pour s’adapter au mieux à cette situation inédite !

Une situation sans précédent

La canicule précoce et intense a pénalisé les stocks fourragers et la gestion du pâturage avec des températures records en juin 2026 : près de 4 °C de plus que les normales saisonnières en moyenne, avec un pic à 10 °C de plus, des températures supérieures à 40 °C, un déficit pluviométrique important.

Juin 2026 se classe au 6e rang des mois de juin les plus secs jamais observés, avec un déficit de précipitations de 50 % à l’échelle nationale, des nappes phréatiques avec des niveaux inférieurs aux normales saisonnières pour 54 % des points de suivi en juillet, et des restrictions d’usage de l’eau sur la quasi-totalité du département en août.

Les prairies sont grillées sur une grande partie du territoire, avec une pousse de l’herbe à l’arrêt qui peine à redémarrer dans beaucoup de secteurs.

On déplore l’absence ou le manque de rendements sur les deuxièmes coupes de fourrages réalisées, et les maïs ont subi un manque d’eau critique, limitant leur croissance et provoquant des brûlures importantes, avec des baisses de rendements et de qualité des ensilages déjà réalisés ou à venir.

Seul point positif : les enrubannages et les foins 2026 de qualité correcte, avec des récoltes précoces, et pour certaines zones et élevages, des reports de stocks de l’hiver 2025/2026 encore présents.

Évaluer ses stocks et la qualité de ses fourrages pour prévoir et adapter ses pratiques hivernales

En premier lieu, il est stratégique d’établir un état de ses stocks de fourrages disponibles, dont la paille, en tenant compte des affouragements au pâturage à prévoir et en estimant les récoltes qui restent à effectuer.

L’Institut de l’Élevage propose en ligne divers outils accessibles pour réaliser le bilan de ses stocks fourragers. Cela permettra d’évaluer les besoins en fourrages stockés jusqu’au printemps suivant (en estimant les effectifs qui seront présents et les besoins des différentes catégories animales) et les comparer aux récoltes déjà réalisées.

Un fichier Excel peut servir de support de calcul, appuyé par un fichier d’aide à l’estimation de ses stocks. Le taux de matière sèche (MS) est demandé dans ce bilan des stocks. Pour être le plus précis possible, il est possible d’évaluer ce taux pour chaque aliment via la méthode micro-ondes.

Dans l’éventualité où l’achat de fourrages et/ou concentrés s’avère nécessaire, le regroupement avec d’autres élevages pour mutualiser la commande peut s’avérer pertinent.

Assurer les besoins alimentaires et adapter la complémentation

Pour éviter de provoquer l’épuisement des prairies par le surpâturage, il est préférable de concentrer les animaux du troupeau sur une parcelle dite « parking » et de les affourager.

Dans les parcelles conduites en pâturage continu, les animaux peuvent être bloqués sur une petite surface avec un fil électrique. Il faudra attendre le retour des pluies, puis la reprise en végétation de la prairie (environ 3 semaines, pas avant) pour envisager le retour des animaux sur ces parcelles.

Attention à ne pas céder à l’envie de faire rognier la moindre repousse à moins de 3 feuilles sous prétexte qu’il y a un peu de vert à brouter, avec le risque de dépenser du temps et du gazole à déplacer constamment les troupeaux ! C’est surtout le risque de finir de saborder les prairies concernées !

Selon les stocks disponibles de l’exploitation et les éventuels reports de stocks de 2025, l’affouragement se fera avec des fourrages adaptés aux besoins des animaux. Une analyse de laboratoire est parfois nécessaire pour s’assurer de la qualité et des valeurs des fourrages récoltés ; cette recommandation est d’autant plus nécessaire avec des fourrages ayant subi la sécheresse estivale, tel le maïs destiné à être ensilé.

Le GDS aide à l’analyse des fourrages de ses adhérents (tarif négocié à 15,55 € par fourrage pour l’analyse IR).

Le foin est la solution la plus simple au pâturage. Il est adapté pour des vaches garanties pleines, en seconde partie de lactation ou pour des génisses en vêlage à 3 ans. Pour des génisses en vêlage à 2 ans ou des vaches en première partie de lactation, il est préférable de distribuer un ensilage ou un enrubannage, ou il faut prévoir de compléter le foin avec du concentré.

Attention, sur les foins de l’an dernier, la qualité n’était pas toujours au rendez-vous, et la complémentation peut être nécessaire pour toutes les catégories d’animaux ! N’hésitez pas à solliciter vos techniciens pour recalculer vos rations !

Pour des animaux à l’engraissement, le maintien d’une ration avec des fourrages et concentrés adaptés aux besoins reste primordial pour atteindre un objectif de poids vif et/ou une note d’état corporel.

La durée de finition et de consommation de stocks est ainsi limitée. L’apport en sel pur est indispensable pour maintenir la capacité « tampon » de la salive des ruminants. Un apport de bicarbonate de soude à 1 % de la ration en matière sèche peut aussi en partie la sécuriser, mais rien ne remplace l’apport d’un fourrage fibreux.

Si le concentré est apporté séparément des fourrages dans la ration, il sera fractionné en deux apports, matin et après-midi, pour réduire le risque d’acidose.

L’allotement des animaux par stade physiologique reste fondamental pour différencier et piloter au mieux leur alimentation !

Remplacer la paille de litière par une autre ressource

Les rendements en paille sont variables en 2026 et réduits dans plusieurs régions. Cette ressource subit donc une double tension, entre son utilisation pour le paillage et le dépannage comme fourrage en période de pénurie fourragère.

Cette stratégie suppose toutefois d’optimiser le paillage grâce à des litières alternatives ou à des pratiques limitant les besoins en paille.

En substitution du paillage, nous retrouvons le bois sous diverses formes (copeaux, écorce, plaquette, sciure ou granulé), qui assure un meilleur confort thermique en l’absence d’échauffement, s’il est suffisamment sec lors de son utilisation.

De nombreuses autres ressources existent, telles que le miscanthus, le switchgrass, le colza, ou la dolomite ou le sable calco-magnésien très fin. Chaque solution possède un pouvoir absorbant spécifique.

Parmi les pratiques à recommander :

  • Pailler 2 fois par jour, ce qui économise 10 à 20 % de paille, contre 20 à 30 % avec un ébousage à la fourche.
  • Assurer une ventilation naturelle efficace (vérifier les surfaces d’entrée et sortie d’air, les dépoussiérer régulièrement, …) ou avec des brasseurs d'air permet de réduire le paillage, et sortir le troupeau sur une parcelle parking ou une aire d’exercice.

Le surpaillage n’apporte aucun gain de propreté au-delà de 11 kg/vache et veau/jour ou 5 à 6 kg/jeune bovin par jour.

Dans un contexte de tension sur la disponibilité en paille, l’achat mutualisé entre voisins peut faciliter la négociation et l’accès à une ressource nécessitant le transport d’un gros volume. Les échanges paille-fumier sont un levier d’intérêt selon la distance de transport entre la ferme et la parcelle, le prix de la paille en andain acheté et le coût de fertilisant rendu.

Selon le système INRA, la paille apporte peu d’énergie, d’azote (paille de blé : 0,42 UFL, 22 g PDIN, 44 g PDIE/kg MS), de minéraux et vitamines. Elle assure ici un rôle d’encombrement pour que le rumen fonctionne. Elle convient davantage aux bovins à besoins modérés, mais peut être complémentée avec d’autres fourrages et concentrés pour couvrir davantage de besoins nutritifs.

L’apport de mélasse entre 0,5 et 1 % de la paille favorise son ingestion et l’enrichit un peu en énergie. Le traitement à l’ammoniac ou à l’urée améliore sa digestibilité et son ingestion (+20 à 28 %). En cas de surdosage, il expose à un risque d’intoxication par l’ammoniaque (méthémoglobinémie). L’adaptation des animaux doit être progressive. Son utilisation est parfois interdite dans certains cahiers des charges et proscrite chez les jeunes veaux non ruminants.

Gestion de l’eau et abreuvement

En période de sécheresse, l’accès à une eau d’abreuvement en quantité suffisante et de bonne qualité est indispensable. Un bovin adulte consomme généralement de 35 à 100 litres d’eau par jour, voire davantage lors de fortes chaleurs.

En été, un lot de 20 vaches allaitantes suitées a un besoin journalier moyen de 1 900 litres. Toute restriction d’abreuvement ou une eau de qualité insuffisante entraîne une baisse de consommation, avec des répercussions directes sur les performances des animaux.

Les bovins étant très sensibles au goût et à l’odeur de l’eau, il est essentiel de privilégier des ressources de qualité garantie (réseau, forage ou puits préalablement analysé). À défaut, préférer une eau courante, limpide et non exposée à des sources de pollution en amont.

Les eaux stagnantes (mares, étangs, ...) sont à éviter en raison de leur forte charge microbienne et des risques sanitaires associés (salmonellose, leptospirose). Des traitements sont possibles, mais leur coût doit être mis en balance avec le volume d’eau disponible et la faisabilité.

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Il est aussi indispensable de contrôler le débit, aussi important que le volume. Pour un abreuvoir situé à moins de 200 m des animaux en général, le débit nécessaire est de 2,9 m³/h, soit 48 litres/minute.

Enfin, surveiller régulièrement les points d’abreuvement : vérifier leur propreté, leur bon fonctionnement, le débit, et prévoir des points d’eau supplémentaires si nécessaire afin de garantir un accès permanent à tous les animaux.

Un doute sur la qualité de l’eau d’abreuvement ? Le GDS aide à 50 % les analyses d’eau de ses adhérents pour prévenir les risques sanitaires associés à la détérioration de la qualité.

Un amaigrissement du troupeau à raisonner selon le stade physiologique

Lorsque les conditions de pâturage sont dégradées, les deux objectifs prioritaires sont :

  • Maintenir les vaches suitées et les génisses dans un état corporel qui n’altère pas leurs capacités de production (et de reproduction) actuelles et futures.
  • Assurer un niveau de croissance minimum des veaux.

Dans ces situations, les vaches allaitantes peuvent supporter une restriction alimentaire temporaire (durant 1 à 2 mois) dont l’importance dépend de leur stade de production et de leur état corporel initial.

On visera à ne pas descendre en dessous d’une note d’état corporel de 2 (sur une échelle de 0 à 5) avant la reproduction, puis en dessous de 1,5 une fois la période de reproduction terminée. Dans ces conditions et au-delà du 3e mois de lactation, une baisse du niveau de production laitière est cependant à prévoir.

Attention, des restrictions alimentaires pratiquées trop tôt ou trop sévères ne peuvent jamais se compenser totalement !

Sevrer précocement les veaux

À partir de 5 à 6 mois, autour de 220 kg vifs environ, le sevrage des veaux est possible. Cela permet :

  • D’anticiper la réforme des vaches vides.
  • De sauvegarder l’état de celles qui sont pleines.
  • D’adapter leur alimentation à leurs besoins.

Le sevrage précoce est d’autant plus facile que les veaux consomment avant sevrage entre 1,5 et 2 kg de concentré par jour sous la mère.

Après le sevrage, si les broutards et broutardes sont conservés au pâturage, la complémentation sera maintenue. Selon la disponibilité en herbe, entre 2 et 4 kg de concentrés (18 % de MAT maximum et 10 % de cellulose minimum) seront distribués avec éventuellement du foin.

Pour une vente de broutards alourdis, voire plus tôt dans la saison, cette complémentation peut être augmentée.

Exemple de mélange fermier pour broutard (pour 100 kg d’aliment) :

  • 25 kg de tourteau de colza,
  • 73 kg de blé,
  • 2 kg de CMV.

En cas de sevrage plus tardif, il ne faut pas hésiter à complémenter les jeunes veaux pour compenser la baisse de production laitière des mères, et donc soutenir la croissance des veaux, et faciliter la transition alimentaire pour le sevrage.

Pour les veaux femelles, le niveau de croissance minimum à maintenir pour ne pas handicaper les performances futures est de l’ordre de 750 à 900 g par jour jusqu’au sevrage.

Anticiper les ventes d’animaux pour préserver les ressources fourragères

Dans certaines situations, le changement d’orientation de la production permettra d’alléger davantage le chargement de l’exploitation et de réserver l’herbe ou les stocks fourragers encore disponibles au troupeau ou à l’engraissement.

Ainsi, il peut également être envisagé de :

  • Vendre des bovins maigres.
  • Diminuer les objectifs de poids de carcasse des jeunes bovins ou des génisses de boucherie.

Pour les vaches de réforme, un état d’engraissement inférieur à celui préconisé habituellement pourra être envisagé. Ce levier aura un impact défavorable sur le poids de carcasse.

De plus, il est conseillé de réaliser des diagnostics de gestation afin de détecter les vaches vides le plus rapidement possible et de les réformer.

Pour mémoire, le GDS aide à la réalisation des tests de gestation pour ses adhérents, avec un tarif à 3,02 € par vache.

Attention à prévenir votre opérateur commercial en amont pour s’assurer de la viabilité de ces opérations et des possibilités de commercialisation des animaux !

Complémenter en minéraux et vitamines pour contrer la pauvreté des fourrages conservés

La restriction d’ingestion peut être choisie par l’éleveur ou subie en raison des fortes températures. Cela, combiné à un apport de fourrages conservés, réduit les apports en minéraux et vitamines. La transpiration amplifie également ce déficit.

Un apport de sel pour améliorer l’appétence de la ration et l’ingestion est un premier pas. L’ajout d’un complément minéral et vitaminique en libre accès ou directement dans la ration est recommandé pour les catégories en croissance, reproduction, fin de gestation et début de lactation.

Il sera adapté selon la composition de la ration pour éviter tout excès pouvant limiter l’absorption d’autres minéraux et couvrir les besoins.

Se prémunir des éventuelles intoxications végétales

Lorsque les bovins sont laissés durablement sur des parcelles rognées, les animaux ont tendance à goûter toutes les plantes encore vertes, y compris certaines que leur méfiance naturelle leur aurait fait délaisser habituellement.

Si vous avez un doute sur la toxicité d’un arbre ou d’une plante, demandez conseil à votre vétérinaire ou renseignez-vous sur VégéTox : Toxicologie Végétale Vétérinaire.

Gérer les infestations de parasites internes et externes

Enfin, la sécheresse est une période à risque pour le parasitisme. Si les températures élevées peuvent assainir certaines parcelles, la stagnation des bovins sur des parcelles de fonds où persistent des mares peut entraîner des contaminations massives, et le pâturage à ras augmente aussi le risque de contamination.

Pour les veaux n’ayant pas été traités depuis la mise à l’herbe et les génisses de renouvellement, la période du sevrage constitue un moment propice pour faire le point sur la nécessité d’un traitement, qu’il soit réalisé au sevrage avec un produit à action immédiate ou dans le mois précédent avec un produit à action rémanente.

Chez les adultes, l’opportunité d’un traitement peut également être évaluée avant le vêlage ou lors du retour en bâtiment.

La réalisation de coprologies en début d’hiver permettra d’apprécier le niveau d’infestation et d’adapter les interventions au contexte de chaque élevage.

Des dosages de pepsinogènes peuvent aussi être réalisés pour évaluer l’impact du parasitisme sur les génisses et primipares et traiter de façon ciblée les seuls animaux réellement impactés.

Les fortes chaleurs favorisent aussi le développement de certains parasites externes et la prolifération des mouches, moucherons vecteurs de diverses maladies. Il peut être utile de surveiller leur présence sur les animaux et d’adapter, si nécessaire, la fréquence des traitements antiparasitaires externes ou la distribution de compléments répulsifs.

N’hésitez pas à en discuter avec vos vétérinaires.

GDS 19, Dr Christelle Roy

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