La ligne aérienne Aurillac-Paris fait régulièrement l’objet de critiques. Lionel Guérin, PDG d’Airlinair, la compagnie régionale qui assure cette liaison depuis 2002, s’en étonne. Sans nier les retards et dysfonctionnements “inhérents aux aléas du transport aérien régional”, il aligne des chiffres qui tendraient à prouver que la qualité du service est bonne. Et assure que la ligne aurillacoise “n’est pas plus mal traitée qu’une autre”. Tout en affirmant l’intérêt de sa compagnie pour cette liaison d’aménagement du territoire. Il annonce d’ailleurs qu’Airlinair sera candidate au prochain appel d’offres (en 2008) ainsi que le remplacement à terme de l’avion en place par un turbopropulseur plus rapide et plus silencieux. Las des polémiques, Airlinair a invité quelques journalistes cantaliens à découvrir les coulisses du fonctionnement d’une jeune compagnie aérienne que Lionel Guérin a créée de toutes pièces en 1999. Structurellement déficitaire
Rungis, à quelques kilomètres de l’aéroport d’Orly : c’est là, dans une
immense zone d’activités, qu’est situé le siège social d’Airlinair. La
“petite” compagnie emploie 450 salariés, dont quelque 280 pilotes et
personnels navigants. Elle gère une flotte de 24 avions qui ont
transporté l’année dernière plus de 800 000 passagers au rythme de 130
vols par jour. Au cœur du système, un centre de contrôle qui règle sept
jours sur sept, 24 heures sur 24, le ballet des avions. Parmi les
lignes régulières régionales gérées par Airlinair, celle d’Aurillac est
la plus petite en nombre de passagers. Elle fait partie des liaisons
dites “d’aménagement du territoire”, pour lesquelles la compagnie
attributaire, retenue après un appel d’offres européen pour une durée
de trois ans, est soumise à une obligation de service public (OSP). “Ce
sont des lignes qui, du fait d’un trafic insuffisant, sont
structurellement déficitaires. Les grandes compagnies s’en sont
détournées à partir de 1992, suite à la libéralisation de l’espace
aérien européen”, explique Lionel Guérin.
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Attaché à la ligne
Si la compagnie n’atteint pas les objectifs de fréquentation, elle en
est de sa poche, le déficit prévisionnel fixé dans l’appel d’offres
correspondant à un maximum non renégociable. Pour autant, Airlinair se
dit attachée à cette ligne : “Si nous ne l’avions plus, nous devrions
tout de suite la remplacer par une autre ligne au départ de Paris pour
des raisons d’équilibre financier”, avoue Lionel Guérin, en expliquant
qu’il postulera lors du prochain appel d’offres (il était resté seul en
lice lors du précédent). Mais, malgré les subventions publiques, le
prix du billet reste élevé. “Si on augmente trop les tarifs, on perd
les séniors et la clientèle des particuliers. Si on les baisse, c’est
le déficit qui se creuse”, commente le PDG. Diminuer le déficit en
utilisant un avion de 19 places plutôt que 48 comme actuellement ?
“Partout où le 19 places est passé, la ligne a trépassé”, rétorque
Lionel Guérin, “car on n’attire plus alors qu’une clientèle d’affaires,
qui doit payer le billet au prix fort”, dit-il. “Y’a qu’à Aurillac
qu’on a ces polémiques”, répond-il enfin quand on l’interroge sur les
dysfonctionnements de la ligne. “La régularité annuelle “cause
compagnie” est à mai 2007 de 99,32 % contre 99,21 % sur l’ensemble de
notre réseau”, se défend-il. “D’ailleurs, l’OSP nous oblige à une
certaine qualité de service en-dessous de laquelle nous subissons des
pénalités”, poursuit le PDG, en précisant que la livraison récente d’un
avion de réserve devrait permettre d’améliorer encore la régularité.
Un déficit financé par l'Etat et les collectivités
L’État a créé un fonds de péréquation, le Fiata (Fonds d’intervention
pour les aéroports et le transport aérien) qui, alimenté par une taxe
perçue auprès des passagers des transports aériens, finance le
fonctionnement de 79 “liaisons d’aménagement du territoire”. Airlinair
en gère cinq, dont celle d’Aurillac, la seule à bénéficier d’une
participation majorée du Fiata à son déficit. Lionel Guérin aligne les
chiffres : à 100 euros la place en moyenne, les 18 000 passagers
prévisionnels représentent une recette commerciale de 1,8 million
d’euros ; alors qu’Airlinair chiffre le coût du service à 4,3 millions
d’euros. Reste un déficit annuel de 2,5 millions d’euros, financé à
hauteur de 1,3 million par l’État, et pour le reste par les
collectivités locales.