La présence importante d'ergot dans les céréales a contraint Limagrain à déclasser d'importants volumes. La récolte reste néanmoins satisfaisante, malgré une certaine déception de ne pas avoir atteint un rendement supérieur, face à un printemps pourtant prometteur.
Cette année encore la récolte de céréales a apporté son lot de surprises, et de soucis, à la coopérative auvergnate. Limagrain a réceptionné 113 000 tonnes de blés, 9 500 tonnes d'orge et 5 600 tonnes de colza. Les rendements sont dans la moyenne tout comme la qualité (voir encadré). Sébastien Vidal, président de Limagrain se dit malgré tout déçu : « on s'attendait à bien mieux au regard du printemps favorable (...) le coup de chaud de fin juin a eu des conséquences néfastes». Ce ne sont pas tant les volumes décevants qui marqueront cette campagne, que la problématique sanitaire de l'ergot. La résurgence de ce champignon des céréales à paille à l'échelle nationale, n'a pas épargné la Limagne. Largement observé cet été, sans pouvoir être pour autant quantifié, les derniers résultats de la coopérative permettent de prendre conscience de l'ampleur du phénomène.
Nous avons été contraints de déclasser 9 à 10% des volumes livrés. »
Les céréales déclassées ont été réorientées vers l'alimentation animale ou détruites
Depuis le 1er janvier 2022, les teneurs maximales réglementaires pour les sclérotes d’ergot dans les grains ont été diminuées, passant de 0, 5 g/kg pour toutes les céréales brutes (hors maïs et riz) à 0,2 g/kg. Il en va de même dans les produits de moutures dont les teneurs en alcaloïdes de l'ergot ( somme des 12 alcaloïdes de l'ergot : ergocristine/ergocristinine; ergotamine/ergotaminine ; ergocryptine/ergocryptinine ; ergométrine/ergométrinine ; ergosine/ergosinine ; ergocornine/ergocorninine - source agriculture.gouv) sont mesurées en microgramme. Les sclérotes d'ergot peuvent atteindre 5 cm mais leur taille reste majoritairement proche de celle d'un grain de blé sain, complexifiant considérablement le triage. «
Nous essayons d'améliorer, encore, notre système de triage mais l'investissement est lourd et les marchés du blé actuels peu porteurs pour nous permettre de supporter ce coût » souligne Sébastien Vidal.
Les céréales déclassées ont été réorientées vers le marché de l'alimentation animal lorsque les seuils le permettaient. Autrement, elles sont parties alimenter les méthaniseurs. Le manque à gagner pour la coopérative et ses producteurs est important.
Quelles solutions techniques pour lutter contre l'ergot ?
Des analyses sont en cours dans les parcelles pour trouver un dénominateur commun à la contamination des céréales par le champignon.
Ça n'a rien donné pour l'instant. Labour, non-labour, rotation, semis précoces ou tardifs... Rien ne nous permet de dire avec certitude ce qui favorise le développement du champignon. »
Selon l'agriculteur président, la baisse d'efficacité des anti-graminés et le manque de fauchage sur les bords de route et chemin favoriseraient la présence d'ergot. « Nous travaillons avec le Conseil départemental du Puy-de-Dôme pour coordonner les broyages de bords de champs avant la floraison des blés, en attendant de trouver des solutions techniques. »
Au-delà de la perte économique que représente l'ergot, le champignon pourrait devenir une réelle problématique de santé publique s'il devenait incontrôlable.
Le rendement moyen de la sole contractualisée par Limagrain est de 63q/ha.
Les BAF (Blé Améliorant et de Force) enregistrent en moyenne 62 q/ha, avec une différence entre la Limagne sud (59 q/ha) et nord (65 q/ha).
Les BPMF (Blés Pour la Meunerie Française) ont un rendement moyen de 65 q/ha.
Du côté de la qualité, le taux de protéines est « dans les attentes » avec un taux moyen supérieur à 12 pour le BPMF.
Le niveau français est inférieur. La France risque de manquer de blé avec un taux de protéines supérieur à 11 qui est la limite pour pouvoir l'exporter. »
Les BAF ont aussi un bon taux de protéines à 14,8 répondant ainsi au cahier des charges de Jacquet-Brossard pour la conception des pains.
Le poids spécifique est très bon (BPMF 79, BAF 81) témoignant des conditions de récolte favorables.
« La majeure partie des blés améliorants cultivés aujourd'hui a été créée pour la Limagne, par Limagrain. Nous atteignons l'objectif de maintenir la productivité sur ces variétés sélectionnées. »