Allo véto : la gangrène, un phénomène pas si rare chez la vache laitière
Il suffit parfois qu’un germe peu sympathique, un "Clostridium" le plus souvent, se loge dans une déchirure suite au vêlage pour qu’une catastrophe arrive : la gangrène. Le phénomène est également possible dans la mamelle.
Il suffit parfois qu’un germe peu sympathique, un "Clostridium" le plus souvent, se loge dans une déchirure suite au vêlage pour qu’une catastrophe arrive : la gangrène. Le phénomène est également possible dans la mamelle.
« Bonjour, j’ai une vache qui a vêlé avant-hier, et qui n’est pas en forme ce soir. Je pensais lui donner du propylène, faut-il que je fasse autre chose ? » Est-ce qu’elle mange ? A priori peu ou pas, vu l’idée du propylène. S’est-elle délivrée ? La mamelle est-elle nickel ? Des difficultés à se déplacer ? « On la sent gênée, mais pas comme une fièvre de lait. » A-t-elle de la fièvre ? « 39,3°C mais surtout elle est toute gonflée au niveau de la vulve. Ce n’est pas très beau et ça pue. »
On peut supposer que le vêlage a été sportif, avec un manque de dilatation et une déchirure. Cette déchirure est parfois peu visible extérieurement et il suffit qu’un germe peu sympathique, un Clostridium le plus souvent (le même germe que pour l’entérotoxémie), s’y loge pour qu’une catastrophe arrive : la gangrène.
Gonflée, violacée, douloureuse…
La prise en charge doit être rapide car la gangrène peut entraîner la mort de l’animal. Sur cette vache, les soins locaux sont difficiles au démarrage : l’œdème et l’infection rendent la zone très douloureuse. La déchirure, même si peu profonde, est difficilement accessible. La vache est mise sous antibiotique (pénicilline), anti-inflammatoire, bombe cicatrisante dans le vagin et nursing (drenchage si abreuvement insuffisant, propylène selon l’appétit).
Un sillon disjoncteur apparaît rapidement, délimitant la zone viable qui reste rose, et une zone qui devient bleutée violacée. Cette dernière va se mettre à suinter un liquide sanguinolent et nauséabond, et finir par nécroser.
Pour la vache Ubby, l’évolution a été favorable : elle a toujours gardé de l’appétit (mais une production très timide au départ), la partie morte est tombée, l’infection ne s’est pas développée davantage. Une mise à la reproduction l’année prochaine sera possible, avec une surveillance à prévoir au vêlage car la cicatrice sera sans doute moins dilatable et le risque de nouvelle déchirure sera présent.
Possible aussi dans la mamelle
L’apparition d’une gangrène est possible également dans la mamelle. L’évolution est assez similaire : le quartier atteint est d’abord gonflé et douloureux, puis devient froid et change de couleur, du rouge au violacé/bleuté. Fièvre, chute de production, anorexie sont là aussi présentes. Le quartier est perdu et finira le plus souvent par noircir et tomber, au moins partiellement. Les toxines libérées peuvent là aussi tuer la vache. Drenchage, perfusion, antibiotiques, anti-inflammatoires sont recommandés. Une intervention chirurgicale peut aussi être intéressante : en ligaturant les vaisseaux qui irriguent la mamelle, la diffusion des toxines est limitée.
Une gangrène des extrémités peut aussi arriver suite à une septicémie (passage de germes dans le sang). On va rencontrer le cas sur des jeunes veaux avec une diarrhée colibacillaire violente, qui peuvent perdre dans les jours qui suivent sabot(s) ou oreille(s).
C’est plus rare sur les adultes, chez lesquels on évoquera plutôt des salmonelles comme responsables. Les extrémités concernées peuvent être les oreilles, mais aussi la queue ou les sabots. Autant l’évolution est surprenante mais bonne pour les oreilles et la queue, autant lorsqu’un onglon est touché, cela peut être plus compliqué.
Enfin une gangrène avec production de gaz est possible suite à la contamination de plaie (type déchirure vulvaire, plaie de césarienne, autre plaie profonde mais aussi injection intramusculaire avec une aiguille souillée). Là encore, c’est un Clostridium qui est responsable et produit des toxines entraînant la mort des tissus et la formation de gaz par fermentation. On a alors une sensation de crépitements sous la peau, comme si l’on écrasait du papier bulle. En plus de la prise en charge évoquée plus haut, la réouverture de plaie et le nettoyage peuvent limiter la diffusion des toxines et la multiplication des bactéries.
Reconnaître la gangrène
• Gonflement de la zone atteinte
• Changement de couleur : rouge/violacée, jusqu’au bleu noir
• Changement de température : de rouge/chaud à bleu/froid
• État général atteint le plus souvent : fièvre, perte d’appétit, baisse de production
• Possible production de gaz et sensation de crépitements sous la peau