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Fabrice Pannekoucke : "L’agriculture est une force structurante d'Auvergne-Rhône-Alpes et nous continuerons à la défendre"

À la veille d’un salon international de l’agriculture inédit, organisé pour la première fois sans bovins, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Fabrice Pannekoucke, revient sur la crise sanitaire et prépare déjà l’échéance stratégique de la politique agricole commune post-2027.

Fabrice Pannekoucke président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Fabrice Pannekoucke président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
© M.C.S.B

Le SIA s’ouvre dans un contexte particulier. Dans quel état d’esprit y allez-vous ?

Fabrice Pannekoucke : Ce sera un salon international de l'agriculture particulier, c’est évident. Il sera sans bovins, mais pas sans animaux et sans produits du terroir. La crise sanitaire de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) nous a profondément marqués. Elle a meurtri la profession et, par extension, notre territoire tout entier. Mais elle a aussi révélé notre capacité à agir collectivement. 

Nous y allons avec gravité, sans triomphalisme, mais avec une détermination intacte : l’agriculture est une force structurante de notre région et nous continuerons à la défendre.

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Que retenez-vous de la gestion de cette crise ?

F. P. : Un enseignement majeur : dans la tempête, la première responsabilité est d’être présent. Dès le 11 juillet, après la détection du premier foyer en Savoie, nous avons réuni l’ensemble des acteurs – éleveurs, transformateurs, représentants professionnels, élus – pour poser un cadre clair : respect absolu des protocoles et solidarité totale. Ce fut un moment difficile humainement, mais fondateur. 

Ensuite, nous avons tenu nos engagements. Une cellule dédiée a été mobilisée au sein de la direction de l’agriculture de la Région, les dossiers ont été instruits en priorité et près d’un million d’euros a été engagé pour accompagner 42 élevages et 6 structures. Nous avons fait le choix d’anticiper pour éviter toute rupture de trésorerie. C’est cela, pour moi, une collectivité qui assume ses responsabilités. Par ailleurs, je tiens à souligner qu’en Auvergne-Rhône-Alpes, la profession a été exemplaire. 

Si les éleveurs et les organisations professionnelles n’avaient pas agi ainsi, nous aurions tué l’élevage français

L’application stricte des protocoles a permis d’éteindre le sujet sur notre territoire et d’engager la recapitalisation.

Lire aussi : Annie Genevard : « L'objectif est l'éradication de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) » 

Peut-on parler d’une singularité Auvergne-Rhône-Alpes ?

F. P. : La Région a toujours été proche de son agriculture. Cette proximité ne date pas d’hier. Ce qui caractérise notre action, c’est une méthode : la coconstruction, la réactivité et l’engagement financier. 

Nous sommes la première région de France pour la dotation jeune agriculteur (entre 18 000 et 54 000 € - NDLR). Chaque année, nous mobilisons 15 millions d’euros de crédits régionaux en supplément du Feader pour maintenir le niveau d’installation. 

Ce choix n’est pas neutre : il traduit notre conviction que le renouvellement des générations est la condition première de la souveraineté alimentaire.

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Vous évoquez déjà le « post-2027 ». Pourquoi cette échéance est-elle stratégique ?

F. P. : Pour la prochaine programmation de la politique agricole commune (Pac), trois enjeux se dessinent. D’abord, le budget

Dans un contexte de tension des finances européennes, il faudra se battre pour que l’agriculture ne soit pas la variable d’ajustement. 

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Ensuite, la tentation d’un système interfonds. Je considère que l’agriculture ne peut pas être diluée dans une logique transversale. Ses temporalités, ses contraintes sanitaires, ses cycles économiques sont spécifiques. 

Enfin, la renationalisation. Je le dis clairement : la renationalisation, c’est une connerie. Nous avons recruté 130 agents pour exercer cette compétence avec expertise et proximité. L’État, dans le même temps, a réduit ses effectifs. Revenir en arrière créerait un risque opérationnel majeur et probablement une année blanche en 2027. Ce serait inacceptable pour les exploitations. Si nous voulons peser, nous devons avancer groupés. Nous n’y arriverons qu’en étant un "pack" soudé.

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Dans un contexte de débats sur les accords commerciaux et la souveraineté alimentaire, comment la Région agit-elle concrètement ?

F. P. : La souveraineté n’est pas un slogan. Elle se construit au quotidien. Notre centrale d’achat représente 50 millions d’euros d’achats annuels. Nous y intégrons des critères objectifs, notamment liés à l’impact carbone et à l’origine, pour favoriser nos filières

C'est pour cela notamment que nous avons décidé de boycotter tous les produits des pays du Mercosur au sein de la centrale. 

Nous poursuivons également un travail de pédagogie autour du "bien manger", pour faire le lien entre qualité, santé et pouvoir d’achat. L’objectif est simple : démontrer que la souveraineté alimentaire commence par des choix quotidiens éclairés.

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Quel message souhaitez-vous adresser aux agriculteurs avant le salon ?

F. P. : Le salon international de l'agriculture reste la première vitrine de l’agriculture française. Même sans bovins, il demeure un moment essentiel de dialogue et de reconnaissance. En Auvergne-Rhône-Alpes, nous sommes la première région pour les produits sous signes de qualité. C’est une fierté collective. 

Je souhaite réaffirmer que la Région sera aux côtés des agriculteurs et de l’ensemble des filières agricoles

Nous avons traversé une épreuve. Nous devons désormais préparer l’avenir. Cela suppose de l’unité, de la clarté et une capacité à défendre ensemble notre modèle agricole. C’est à cette condition que nous réussirons les échéances à venir.

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La Région Auvergne-Rhône-Alpes lancera, en juin prochain, la première édition du Festival du bien manger

La Région Auvergne-Rhône-Alpes lancera, en juin prochain, la première édition du Festival du bien manger, un temps fort dédié à l’alimentation, à ses enjeux économiques, sanitaires et sociétaux.

Pour son président, Fabrice Pannekoucke, l’ambition est claire : 

Nous parlons beaucoup de souveraineté alimentaire, mais la souveraineté ne doit pas rester un concept. Elle commence par ce que chacun met dans son assiette. 

Organisé sur deux jours, l’événement réunira producteurs, transformateurs, chefs, scientifiques, acteurs de la restauration collective et grand public

L’objectif est double : 

  • valoriser les filières régionales,
  • partager des repères concrets autour de l’alimentation

« Bien manger, ce n’est pas simplement consommer local. C’est comprendre comment un produit est élaboré, transformé, cuisiné. C’est aussi intégrer la question de la santé et celle du pouvoir d’achat », souligne le président de Région. 

Au programme : conférences, tables rondes, démonstrations culinaires, ateliers pratiques et espaces de présentation des produits régionaux

La marque régionale et les productions sous signes officiels de qualité occuperont une place centrale. Au-delà de la vitrine, la Région Auvergne Rhône-Alpes souhaite engager une réflexion plus large sur l’équation entre qualité nutritionnelle et coût pour les ménages

Nous devons sortir d’une approche binaire qui oppose le local au prix. Il faut donner des clés de compréhension, expliquer, démontrer. 

Le Festival se veut ainsi un espace de pédagogie et de dialogue, dans un contexte où les attentes des consommateurs évoluent. « Notre responsabilité, en tant que collectivité, est de créer les conditions de cette rencontre », conclut Fabrice Pannekoucke.

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