Additif anti-méthane Bovaer : pas de lien démontré entre son utilisation et les problèmes rencontrés au Danemark pour les vaches laitières
Dans un rapport paru début mai, l’université d’Aarhus ne montre aucun lien entre l’introduction du Bovaer et l’observation, par certains éleveurs danois, de l’augmentation de la mortalité et de la diminution de la production laitière.
Dans un rapport paru début mai, l’université d’Aarhus ne montre aucun lien entre l’introduction du Bovaer et l’observation, par certains éleveurs danois, de l’augmentation de la mortalité et de la diminution de la production laitière.
« Il n’y a aucune preuve d’une augmentation globale de la mortalité, ni d’une baisse générale de la production laitière dans un échantillon représentatif de troupeaux laitiers après l’introduction de l’additif alimentaire Bovaer. » Voici les conclusions d’un nouveau rapport de l’université danoise d’Aarhus publié début mai. Cette étude, commandée par l’Administration danoise des affaires vétérinaires et alimentaires fait suite aux nombreuses doléances d’éleveurs danois autour de l’utilisation de l’additif Bovaer (composé avec l’ingrédient actif appelé 3-NOP).
À la suite de l’introduction, dans l’alimentation de leurs vaches de ce produit, permettant de bloquer la dernière étape de production du méthane dans le rumen, ils ont observé une diminution de l’ingestion, une réduction de la production laitière et une augmentation des maladies.
Pour les représentants de l’entreprise DSM-Firmenich, fabricant du Bovaer, plusieurs éléments saisonniers peuvent expliquer les observations faites dans les élevages danois. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a réalisé un appel à données quantitatives et scientifiques concernant l’utilisation du Bovaer depuis son autorisation de mise sur le marché en 2022. Les résultats sont attendus pour la fin d’année 2026. Mais cet appel n’a pas vocation à donner des conclusions sur l’origine de ces incidents particuliers.
Les données d’élevage ayant utilisé le Bovaer ont été analysées
L’étude a été réalisée sur 73 exploitations laitières danoises et environ 27 600 vaches. Elle est basée sur l’analyse des données sur la période 2022-2025, soit avant, pendant et après la mise en service du Bovaer. Plusieurs données ont été scrutées comme la production et la composition du lait, le nombre de cellules somatiques, les troubles digestifs et métaboliques, les mammites et la mortalité. Un entretien et une visite d’exploitation ont été réalisés pour compléter l’analyse.
L’étude conclut que l’additif alimentaire est décomposé en totalité dans le système digestif de la vache en composés naturels déjà présents dans l’alimentation. Cela explique qu’il ne se retrouve pas dans le lait ou la viande.
Le saviez-vous ?
Bovaer est directement intégré dans le minéral par les fabricants. Ce n’est pas l’éleveur qui réalise le mélange. Cela écarte tout risque de surdosage.
L’obligation d’utilisation au Danemark a pu créer des réticences
« Il y a un écart entre les datas et le ressenti des éleveurs », évoque Dennis Rijnders, vice-directeur des ventes mondiales et business développement de Bovaer. Pour les représentants de DSM-Firmenish, le contexte particulier du Danemark peut expliquer cette situation. Dans le pays, les éleveurs sont obligés, par la loi, de réduire les émissions de méthane. Pour cela, deux solutions : l’introduction de matières grasses dans la ration ou l’utilisation de Bovaer pendant au moins 80 jours.
Un nombre important d’éleveurs, « potentiellement les plus réfractaires à la démarche », sont passés au Bovaer en même temps à l’automne 2025. Cette période correspond traditionnellement à une baisse de la production laitière. Cette baisse a donc pu être perçue comme un effet de l’additif alimentaire, bien que le rapport souligne que le recul saisonnier de la production laitière à l’échelle nationale en 2025 a été moins marqué que les années précédentes.
« Lorsque de nombreux troupeaux introduisent le Bovaer simultanément, il devient plus difficile par la suite de distinguer les effets de chacun », précise Niels Bastian Kristensen, membre du département des sciences animales et vétérinaires et coauteur de l’étude. « La période d’utilisation est courte, il est difficile de séparer les différents facteurs pour sortir le responsable, les vaches ont pu subir du stress pendant l’été ou des maladies », explique André Bannick, chercheur à l’université de Wageningen ayant réalisé plusieurs essais de Bovaer.
« Beaucoup d’éleveurs sont contre la décision du gouvernement et l’obligation d’utiliser un produit. On n’arrivera pas à expliquer clairement ce qu’il s’est passé. Maintenant, il est important que les éleveurs et les vétérinaires aient les bonnes informations », ajoute Dennis Rijnders.
Pour DSM-Firmenish, « la démarche doit se faire sur la base du volontariat et non de l’obligation avec le soutien des autres acteurs de la filière et le cadre doit permettre aux éleveurs d’être rapidement rémunérés pour leurs actions, tout en limitant les charges administratives additionnelles ».
Les premiers résultats pour les essais de Savencia en France
En France, Savencia a réalisé des essais de Bovaer au sein de dix exploitations. Sur la période de janvier 2023 à décembre 2024, l’additif a été ajouté, à hauteur de 64 mg/kg de matière sèche en moyenne, puis enlevé à plusieurs reprises afin d’analyser ses effets sur le troupeau. Les émissions de méthane ont été calculées à l’aide d’une équation utilisant les données de la ration. La moyenne de réduction est de -31 %. La production laitière est restée stable autour de 28,9 kg/VL/j. L’étude montre que pour une dose similaire de Bovaer, les niveaux de réductions varient de -25 % à -45 %. La composition de la ration et des fourrages (matière grasse, fibres) joue un rôle important dans l’efficacité du produit. Les éleveurs n’ont constaté aucun changement sur la santé des vaches. Le coût d’utilisation a été calculé autour de 0,33 €/VL/j.