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Dinde : un modèle de production à faire évoluer

Pour Antoine Rousseau, de Techna, la filière dinde gagnerait à réduire les densités en élevage pour mieux exprimer le potentiel génétique et optimiser le rendement viande.

La France est championne dans la course à la productivité en élevage de dindes. En 20 ans, le poids produit par mètre carré et par an est passé de 165 à 200 kg, soit une progression de 17%. À travers son observatoire « Bourse d’échange Techna » initié en 1992, la firme services a retracé l’évolution des performances en élevages. « L’augmentation de la densité a été un levier historique pour améliorer la productivité. Mais les changements les plus spectaculaires portent sur la dernière décennie et en particulier sur le poids des mâles à l’abattage. Entre 2004 et 2014, il est passé de 11,4 à 14,6 kg, sous l’effet d’un alourdissement des souches et d’une augmentation des durées d’élevages », a souligné Antoine Rousseau, de Techna lors de la session dindes organisée par l’Itavi. «Mais cette course à la productivité n’est pas forcément un gage de compétitivité sur le coût de production de la viande.» Caractérisé par un élevage en bâtiment unique, le schéma de production à la française diffère des systèmes à l’allemande, avec un démarrage en poussinière à double densité puis un transfert à plus faible densité en bâtiments d’engraissement (brood and move). « Notre modèle de production singulier, et qui a largement contribué à améliorer notre compétitivité par kilo de poids vif, a atteint ses limites et n’est plus assez robuste pour gagner de la compétitivité sur le coût de viande

Un écart de 10% sur l’expression du potentiel génétique

Durant la dernière décennie, l’alourdissement des poids finaux s’est fait sans réduction des densités. Les bâtiments ont en outre peu évolué (ventilation, équipement…). De fait, le pic de chargement à 85 jours, juste avant le départ des femelles, est passé de 50 kg à pratiquement 60 kg/m2. Au même âge, les bâtiments d’engraissement d’un système Brood and Move ont un chargement deux fois moins élevé. Pour le nutritionniste, la densité plus élevée sur cette période bride la croissance des dindons, et en particulier le dépôt de muscle (rendements carcasse et filet pénalisés) . « Selon les essais réalisés à la station expérimentale Euronutrition, nous réalisons 85% du potentiel d’une génétique quand les systèmes Brood and Move en expriment 94% », précise le nutritionniste.

Une hausse du prix de revient en vif à compenser

Sur le terrain, l’idée de baisser les densités au démarrage fait progressivement son chemin. Mais l’impact sur les performances n’est pas toujours évident à démontrer en élevage, du fait de la diversité des bâtiments comme de la technicité des éleveurs. Certains, qui l’ont expérimenté, ne s’y retrouvent pas financièrement. « L’augmentation du poids des mâles à l’abattage n’a pas compensé la baisse de densité au démarrage. La MPA par lot s’est détériorée », explique un éleveur. De même, peu d’informations circulent sur le rendement viande. Selon Antoine Rousseau, l’impact de toute évolution de schéma de production doit être mesuré à l’échelle de la filière, et pas seulement du seul point de vue de l’abatteur ou de l’éleveur. « La densité est un levier intéressant pour améliorer notre compétitivité sur la valeur viande. Selon une simulation des coûts de production en vif et sortie abattoir, la filière gagnerait à baisser les densités de démarrage de 0,5 tête, soit passer de 7,3 à 6,8 en moyenne. Cela implique que la baisse de productivité en élevage soit compensée par une hausse du prix du vif payé par l’abattoir, qui de son côté valorise mieux la carcasse. » Par ailleurs, le fait de réduire la densité va dans le sens du bien-être animal (gestion des litières et de la qualité des pattes) et des objectifs de démédication.

 

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