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Volailles : Actualité agricole et agroalimentaire des filières poulets, poules pondeuses, canards, dindes, œufs, foie gras dédié

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Rebondir après un foyer d’influenza

Éleveurs gaveurs de mulards en filière longue dans les Landes, Jean-Michel et Pascal Dulau ont été touchés par l’influenza en décembre. Après le désarroi, il faut faire face et retrouver la force de rebondir.

Chez Jean-Michel Dulau et Pascal, son fils, le canard, on connaît. Depuis quatre générations, l’exploitation de Cazalis (40) élève et gave en autonomie. Elle ne gave que les animaux qu’elle a mis en place à un jour. Avec des lots qui se succèdent toutes les trois-quatre semaines, le tandem estime observer le maximum de précautions sanitaires et d’hygiène. Aussi, le 22 décembre, l’annonce de la découverte d’un sous-type de virus hautement pathogène sur des canards abattus le 15 décembre a déclenché incompréhension et abattement. « Nous n’avons jamais connu une telle situation. Quelquefois des périodes compliquées comme la pasteurelle en 1990, mais là… Nous sommes d’autant plus circonspects qu’on ne connaît ni l’origine, ni vraiment la suite », confie Jean-Michel.

Plusieurs semaines compliquées à vivre

Le 14 décembre, une bande de 1 500 canetons avait été mise en place avec l’accord de la DDCSPP, obligatoire car le site se trouvait dans le périmètre de surveillance de foyers déclarés. Le lendemain, les Dulau livrent leurs canards gras sans le résultat des analyses, mais avec l’aval de la DDCSPP. Le 22 décembre, les services vétérinaires leur annoncent que l’analyse virologique est positive vis-à-vis d’un virus H5 hautement pathogène non précisé et sans communiquer l’analyse. Demandée par les éleveurs, une contre analyse sur les animaux restants est refusée. L’abattage et l’euthanasie des quatre lots (6 000 canards) par une entreprise spécialisée est programmée au 7 janvier. Les éleveurs regretteront amèrement, et pour longtemps, le manque de délicatesse des intervenants envers eux-mêmes et leurs canards. « Nous aimons notre métier. Le bien-être animal n’est pas un vain mot, encore plus dans un tel contexte. » Le lendemain, comme pour oublier, le père et le fils ont vidé et nettoyé les bâtiments, pour préparer le terrain aux deux personnes mandatées pour décontaminer. En deux passages à une semaine d’intervalle, il leur a fallu six jours pour tout passer au crible.

Une impression de double peine

Au bout du compte, Jean-Michel Dulau a ressenti un manque de coordination et de communication des autorités. L’éleveur pointe du doigt une absence d’information sur les résultats et d’à-propos qu’il accepte difficilement. « Ni notre vétérinaire (Laurent Deffreix) ni notre coopérative (Coppac), n’ont été informés », ajoute-il. Début mars, les éleveurs n’avaient reçu aucun résultat de l’enquête épidémiologique effectuée en janvier. « On aura eu la double peine du défaut de coordination se soldant par la mise en place de canetons qu’il a fallu nourrir en attendant l’euthanasie, explique Pascal Dulau. On a beau avoir les nerfs solides, mais ça a été dur de les soigner dans ces conditions. » Durant cette période, la famille a ressenti un grand vide. « Même si tout le monde se veut rassurant, chacun se renvoie la balle. » Depuis le 27 janvier, l’exploitation vidée est désinfectée et surtout très silencieuse. « Jusqu’à quand exactement ?, s’interroge Jean-Michel qui évoque l’incertitude de la reprise. Que devra t-on faire de plus pour parfaire notre organisation de travail. Beaucoup de précautions étaient prises, complète Pascal. « Nous travaillons en circuit fermé et nous privilégions l’hygiène préventive. » Et son père d’ajouter : « pour l’avenir, on écarte définitivement d’avoir deux parcours pleins côte à côte, même si cela arrivait très rarement. »

Un virus sans doute entré par la porte

La principale question qui taraude les deux éleveurs, c’est celle de la voie d’entrée du virus. Pragmatiques, les Dulau ont fait le tour des points à risques et concluent que le virus est sans doute entré par la porte. Aussi, « faire une plateforme de désinfection nous semble la priorité. Chez nous, il n’y aura plus d’entrée de véhicule non désinfecté. » Le point à risque majeur, c’est le matériel. « Nous livrons aux abattoirs. Il faut reconnaître que là, c’est un risque important de contamination. La présence de multiples véhicules et de cages plus ou moins propres doit être prise en considération. Nous serons très vigilants et exigeants sur le fait que l’abattoir devra rendre des cages nettoyées et désinfectées, et que l’on puisse laver et désinfecter les véhicules à la sortie du parking d’attente. Nous mettons à profit le temps de vide pour réviser tout notre équipement. On va sûrement changer le cooling s’il n’est pas réutilisable à cause du risque sanitaire. Le sas d’accès équipant une canetonnière sera dupliqué aux deux autres. Et prévient Pascal, question investissement, c’est le maximum qu’on peut faire dans le contexte actuel.» 

Faire le ménage dans la profession

Côté financier l’absence de rentrée d’argent durera de janvier à septembre. « Le 25 février, nous avons reçu la moitié de la somme correspondant aux 6 000 animaux », souligne son père. Les autres aides annoncées compenseront-elles la perte d’exploitation ? Pour Jean-Michel, « rien n’est moins sûr. J’attends de voir, notamment pour les délais de versement. Il faut bien comprendre que cet aspect conditionne notre redémarrage. » En attendant la famille Dulau se prend en main, mais elle compte aussi être épaulée par la profession, notamment pour appliquer les nouvelles règles de biosécurité et le guide de bonnes pratiques. « J’espère que cette épizootie servira de leçon à notre profession, pour savoir rappeler à l’ordre les confrères qui ne respectent pas toujours les règles, souligne Jean-Michel. Ils pénalisent la majorité qui applique des consignes de sécurité et d’hygiène dans le souci de l’intérêt général. »

Les dates marquantes

• 14 décembre : mise en place de 1 500 canetons avec l’accord de la DDCSPP; 

• 15 décembre : livraison des canards gras à l’abattoir sans le résultat des analyses ;

• 22 décembre : annonce du résultat virologique positif vis-à-vis d’un virus hautement pathogène H5 N non précisé ;

• 7 janvier : abattage et euthanasie des 6 000 canards présents ;

• Du 8 au 27 janvier : nettoyage par les éleveurs, suivi de deux opérations de nettoyage-désinfection par une entreprise spécialisée.

Un système en bande unique-multiâge

Pour élever et gaver en autonomie, les Dulau ont mis sur pied un dispositif à âge multiple, mais avec des lots conduits en âge unique.

L’élevage de Cazalis produit des canards Fermiers des Landes sous label rouge. Le site fournit 22 000 canards gavés à partir de quinze bandes issues de 1 500 canetons démarrés toutes les trois à cinq semaines. Il comprend trois canetonnières, de 220 m2 chacune, qui fonctionnent en rotation. Les canetons y restent 4 semaines, avec sortie sur les petits parcours attenants. Ensuite, les bandes sont élevées pendant neuf semaines dans l’un des six bâtiments de 230 m2, avec nourrissage extérieur et parcours attenant de 5 m2 minimum/canard. Un septième parcours est disponible en cas de repousse tardive d’une parcelle. Des empierrements ont été réalisés pour permettre l’accès par tout temps. La salle de gavage de 1550 places est équipée d’un sas sanitaire. Elle est dotée d’un quai d’embarquement couvert. La fosse à lisier couverte se trouve à 50 m. La fabrique d’aliments et le stockage (grains, minéraux, soja, paille) sont séparés des bâtiments d’élevage, avec des chemins d’accès différents.

Des temps de repos suffisants

Sur l’exploitation, les différents ateliers sont proches, sauf un ancien bâtiment volailles de 500 m2, reconverti en canetonnière et bâtiment d’élevage, qui est à 200 m du bâtiment gavage. Conscients du risque sanitaire, les éleveurs ont investi dans les équipements pour allonger les temps de repos. « Au maximum, deux canetonnières et trois parcours sont utilisés simultanément, en jouant l’alternance pour laisser le temps pour l’entretien des parcs (semis, deux chaulages/an) et d’un vide sanitaire des locaux avec nettoyage, lavage et désinfection systématiques », précise l’éleveur. En 2015, 4 à 11 semaines se sont écoulées entre deux démarrages dans un même local, 10 à 17 semaines de repos pour les parcours, 1 à 3 semaines entre une fin et un début de gavage (14 jours en label rouge).

Des équipements de qualité

L’hébergement en canetonnière est de qualité et avec une densité de 6-7 canetons/m2. Les canetons sont vaccinés (Derszy, pasteurelle, riemerelle et colibacille). « Du matériel d’élevage est dédié aux canetons, y compris le tracteur. » Les deux éleveurs se répartissent le travail selon un ordre immuable. Avant le gavage à 6 heures, il y a la visite des canetons, avec une tenue spécifique à chaque canetonnière. Le gavage terminé, Pascal retourne aux canetons pour les tâches quotidiennes (nettoyage, paillage, et surveillance), tandis que Jean-Michel assure le suivi des prêts à gaver. Pour Pascal, soucieux pour la reprise, « même si on cherche toujours à affiner nos méthodes, ce sera difficile de faire mieux. »

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