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« Pour être autonome, je vends mes œufs sur le marché libre et j’ai créé ma FAF en Côtes d’Armor »

Producteur d’œufs dans les Côtes d’Armor à La Motte, Gwénaël Carrée marie autonomie, rentabilité et accompagnement. Indépendant dans la vente de ses œufs, il vient de créer une fabrication à la ferme et accompagne de jeunes éleveurs à s’installer.

« Un industriel construit son outil, calcule son coût de production et fait son prix. C’est une marche en avant. Dans notre secteur, il s’agit d’une marge en arrière, avec un œuf payé à tel prix à l’éleveur », regrette le producteur Gwénaël Carrée. Eleveurs avec sa femme Magalie de 105 000 poules pondeuses, dont 75 000 en volière et 30 000 en plein air, ils décident en 2023 de changer de cap et de passer à la vente libre des œufs. En effet, la flambée du prix de l’aliment en 2022 et du prix des poulettes (en hausse de 1 euro) fragilise l’entreprise qui investit depuis des années pour spécialiser et mettre aux normes l’élevage. D’abord, les investissements débutent avec un premier poulailler en cages aménagées de 80 000 poules pondeuses en 2012, la construction d’un second poulailler en volière plein-air en 2018 puis le passage du premier poulailler aux volières avec jardin d’hiver en 2022. L’élevage connaît alors sept mois d’arrêt le temps des travaux alors que les encours de crédit sont encore importants. « En 2022, l’aliment est passé de 250 euros à 450 euros la tonne. Il fallait payer l’emprunt des cages et celui des volières. Notre trésorerie était à sec et nous fonctionnions avec des prêts court terme. Il ne fallait pas de casse de matériel ! », décrit l’éleveur.

lire aussi : « Nous étions les seuls producteurs d’œufs plein air de l’Aube »

À l’époque, le contrat de reprise des œufs est indexé sur le prix de l’aliment, et non des poulettes. L’éleveur se tourne vers son opérateur pour négocier une hausse du prix des œufs pour payer l’ensemble des charges (dont les annuités d’emprunt, les avances de charges, les salaires, l’entretien…) et assurer une trésorerie d’avance. « Avec mon comptable, nous avions calculé notre coût de production. Pour être à l’aise, je demandais une augmentation de 20 à 25 % du contrat de reprise à mon opérateur, soit un prix de contrat à 10,50 à 11 euros les 100 œufs pour un aliment à environ 300 euros la tonne. » Face au refus de l’opérateur et à la complication des relations, Gwénaël Carrée saute le pas et devient indépendant avec un négociant pour la vente de quelque 30 millions d’œufs produits annuellement. Dans le même temps fin 2022, début 2023, le marché de l’œuf s’est lui aussi envolé, profitant à l’entrepreneur.

Une entreprise en recherche d’autonomie

Devenu indépendant et ayant rétabli sa trésorerie, il poursuit son cheminement vers plus d’autonomie avec la création d’une FAF (Fabrication d’aliment à la ferme), tout en cherchant à améliorer la qualité de l’alimentation. « Je n’étais pas satisfait de la qualité de l’aliment sur les résultats techniques auprès de plusieurs fabricants. » Qu’importe, l’éleveur se lance dans la construction d’une FAF pour un montant investi de 1,27 million d’euros (amortissement sur douze ans) et une production annuelle de 4 700 tonnes d’aliments. En fonctionnement depuis février 2025, les gains obtenus sont autant techniques qu’économiques. « Je viens de démarrer mes lots avec l’aliment fabriqué sur l’élevage. Les fientes sont plus sèches grâce au maïs humide et à sa bonne digestibilité. Et j’économise 10 à 15 euros de la tonne sur un aliment du commerce sans compter le gain technique », calcule-t-il.

<em class="placeholder">La FAF récente fabrique l’aliment des 105 000 poules pondeuses et a coûté 1,27 million d’euros.</em>

L’élevage exploite une SAU de 128 hectares (dont 20 hectares d’herbe) qui fournit la moitié du maïs humide consommé par les poules au travers des trois formules (début, milieu et fin de ponte). Le maïs sec est acheté à la coopérative et le blé récolté sur l’exploitation représente les deux tiers des besoins de l’élevage. Au côté du tourteau de soja, le tourteau de tournesol a été remplacé par du granulé de paille, plus local. Cependant, la FAF consiste en une nouvelle activité dans l’entreprise. « Il faut être aux achats pour optimiser le coût, réceptionner et contrôler les matières premières. » La FAF, installée par Castel, est gérée par l’éleveur ; l’entretien demande une demi-journée par semaine pour un UTH. Enfin ce nouvel outil fournira également l’aliment pondeuses à trois jeunes éleveurs.

 

« J’accompagne des jeunes éleveurs à s’installer »

Après avoir traversé des années compliquées, Gwénaël Carrée épaule à son tour trois jeunes éleveurs dans leur installation. L’aide ne se limite pas aux conseils techniques et à de l’entraide. L’entrepreneur apporte le financement à hauteur de 10 % demandé par les partenaires bancaires pour financer chacun des projets d’installation en poules pondeuses. Ces projets atteignent deux millions d’euros (en rénovation). Or l’éleveur apporte non seulement des capitaux (au travers d’une société holding), mais aussi l’aliment et les poulettes qu’il achète à un éleveur du secteur. Un contrat de reprise des œufs est convenu sur quelques bandes. « En contrepartie, je leur fais bénéficier du marché libre, en partie. Si la conjoncture est bonne, une prime sera reversée. De mon côté, je prends beaucoup de risques car je dois rembourser la FAF, payer les matières premières, les poulettes, le transport… » Par ailleurs, un des objectifs chers à l’éleveur est de créer de l’entreaide entre éleveurs. « Travailler ensemble permet à chacun d’entre nous d’être secondé et de pouvoir consacrer du temps à sa famille l’esprit plus tranquille. C’est important et c’est ce qui m’a manqué lorsque j’étais jeune. » Enfin, cette démarche originale et altruiste voulu par l'éleveur est aussi une façon de garder « des exploitations familiales » dans les campagnes. 

Le savez-vous

L’exploitation avicole a reçu le prix national de la dynamique agricole de la Banque populaire à Paris en février 2026 (viabilité économique) et un second prix local pour son accompagnement de jeunes éleveurs.

 

Repères

La Ferme des Trois Sites

2 associés, 3 salariés

SAU 128 hectares dont 20 hectares d’herbe (parcours)

Poules pondeuses (75 000 en volière, code 2 et 30 000 en volière plein air, code 1)

FAF

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