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Peut-on s’inspirer des Hauts-de-France pour attirer des jeunes en volailles?

Le Cravi Pays de la Loire a organisé une table ronde sur le modèle de production avicole dans les Hauts-de-France. Conclusion : des évolutions du modèle ligérien sont possibles, voire souhaitables, pour attirer les jeunes.

« Les projets d’installation en volailles sont aujourd’hui très rares, dans les Pays de la Loire comme dans les autres régions, a souligné Jean-François Ramond, président du Comité régional avicole (Cravi) des Pays de la Loire, en introduction de la table ronde. Quand il y en a, ils sont très compliqués à faire aboutir, du fait de la réglementation, qui a encore été renforcée récemment, et de la pression sociale et écologique. Mais il y en a très peu et la production recule. » 

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En cause, selon le président du Cravi, un manque de rentabilité, avec une forte concurrence des autres filières, dont certaines sont aujourd’hui beaucoup plus rentables, un manque de transparence sur les coûts et les marges, et des schémas de production trop « verrouillés » dans les principales régions de production. « Pour attirer des jeunes, nous devons nous remettre en cause et revoir nos modèles de production, notamment en volailles de chair où les investissements sont très élevés », insiste Jean-François Ramond.

Être vraiment acteur sur son élevage

Si l’intégration est la norme en Pays de la Loire et en Bretagne, d’autres modèles de production sont possibles. 

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Dans les Hauts-de-France, troisième région française en œufs de consommation et cinquième région pour la viande de volailles, avec 805 exploitations, les élevages se fournissent librement en poussins et en aliments et vendent eux-mêmes leurs volailles par leur fournisseur d’aliments. « Nous avons la chance d’avoir beaucoup d’acteurs importants autour de nous, en France et surtout en Belgique », explique Philippe Dessery, éleveur dans le Nord et président du Cravi Hauts-de-France. Les éleveurs peuvent se fournir en poussins auprès de trois ou quatre couvoirs, avec des poussins qui viennent de France ou de Belgique. Ils ont le choix entre plusieurs fabricants d’aliments, des coopératives françaises et de gros fabricants d’aliments belges. Et leurs volailles peuvent être abattues dans plusieurs abattoirs, avec quelques abattoirs régionaux, notamment pour les volailles festives, et de gros opérateurs belges (Van-O-Bel, Plukon…), disposant d’outils modernes et performants. Le prix du foncier et la réglementation rendant le développement de la production avicole en Belgique très compliqué, les abatteurs belges se fournissent largement dans les Hauts-de-France, par le biais des fabricants d’aliments. « Nos volailles nous sont payées par les fournisseurs d’aliments, précise Philippe Dessery. Il n’y a pas de contrat écrit. Mais nous sommes inscrits sur les plannings que les fabricants d’aliments ont avec les abattoirs. Quand nous mettons en place des volailles, nous savons qu’elles sont vendues. Et nous nous engageons à aller jusqu’au bout du lot. » Les prix sont définis chaque mercredi sur le marché de Deinze, en Belgique, ou par le marché ABC, un peu moins réactif. « Il n’y a jamais de problèmes de qualité, ni de transport, ni de paiement », assure l’éleveur. La seule contrainte est la nécessité, à chaque expédition de volailles vers la Belgique, de disposer d’un certificat d’exportation établi par la DDPP (1) et qui impose de fournir de nombreuses informations. Une menace pèse cependant : la fermeture de la frontière franco-belge en cas de problème sanitaire.

Incorporer ses céréales à la ferme

Une autre spécificité de l’élevage de volailles dans les Hauts-de-France est la possibilité, pour les éleveurs, même en pondeuses, d’incorporer leurs céréales dans leur aliment. La Belgique étant un petit pays, les fabricants d’aliment belges importent en effet l’essentiel des céréales qu’ils utilisent. « Ces fabricants incitent donc les éleveurs qui le peuvent à incorporer leurs céréales chez eux, ce qui leur évite de venir chercher les céréales en France, de les ramener en Belgique pour les transformer, puis de les ramener en France sous forme d’aliments », explique Philippe Dessery. Ainsi, 54 % des éleveurs incorporent aujourd’hui leurs céréales à hauteur de 30 à 35 % en moyenne, l’aliment fourni par le fabricant étant boosté pour maintenir les performances. « Globalement, comme il y a beaucoup de fournisseurs d’aliments belges, cela crée une émulation et l’aliment fourni est en général de très bonne qualité, indique l’éleveur. Mais la possibilité d’incorporer ses céréales améliore fortement la rentabilité. Pour ma part, j’ai investi 15 000 euros pour l’incorporation. Pour 2000 m² de bâtiment, j’incorpore 47 tonnes de blé, que je produis ou que j’achète à la coopérative ou à des collègues, ce qui me permet un gain de 1,50 euro par m2 et par lot. » Ses résultats techniques étant très bons (IC de 1,55 à 41 jours pour des poulets de 2,5 kg à 21-21,5 poulets par m²), sa marge poussin aliment (MPA) dépasse ainsi 20 euros par m². « Et il n’y a pas plus de pododermatites, ni de problèmes de régularité de carcasses », assure le président du Cravi des Hauts-de-France. Depuis deux ans, des éleveurs commencent aussi à faire éclore leurs poussins à la ferme.

Une vraie interprofession régionale

Autre point fort de la filière avicole des Hauts-de-France : l’existence, avec le Cravi, d’une vraie interprofession régionale regroupant les organisations de producteurs, les abattoirs, les couvoirs, les sélectionneurs, les firmes d’aliments. « En 2000, nous avons souhaité mettre tous les acteurs autour de la table, souligne Philippe Dessery. Cela nous donne du poids quand nous allons voir les administrations. En vingt-cinq ans, nous avons acquis de la notoriété. Aujourd’hui, notre objectif serait de faire prendre conscience aux élus qu’il faut aider les éleveurs à rénover leurs bâtiments qui sont vieillissants, car il est de plus en plus compliqué de créer de nouveaux bâtiments. » « Nous devons protéger les jeunes investisseurs, mais il y a sans doute un schéma intermédiaire à trouver, avec un modèle de production moins verrouillé, plus de transparence, l’incorporation de céréales… », conclut Jean-François Ramond, du Cravi Pays de la Loire.

(1) Direction départementale de la protection des populations

Un marché du poulet très dynamique

Un développement de la production serait nécessaire pour répondre à une demande très dynamique en poulet.

« Depuis 2024, la volaille a dépassé le porc et est aujourd’hui la première viande consommée en France », a rappelé Mathieu Désolé, de l’Itavi. Si l’ensemble des volailles avait déjà dépassé la viande bovine en 2013, le poulet à lui seul l’a dépassée en 2022. Seul le poulet est dynamique parmi les volailles, avec une hausse de 9 % en 2024 par rapport à 2023 et de 25 % sur cinq ans. Sa consommation dépasse désormais 25 kg par habitant et par an. Les autres volailles régressent par contre, avec une chute sur cinq ans de 14 % en dinde, 8 % en canard et 23 % en pintade. La dynamique de consommation est la même dans les autres pays d’Europe, avec une hausse de la consommation de volailles. Et surtout la consommation de volailles augmente dans les pays tiers. « Selon la FAO, en 2035, la volaille représentera la moitié de la viande consommée dans le monde, contre 37 à 38 % actuellement », rapporte Mathieu Désolé.

Re-poulettisation de la production

En production, la part du poulet en France progresse du fait de la baisse de la production des autres espèces depuis les années 2000. Et les volumes progressent également. La France a ainsi enregistré en 2024 un record de production de poulets, avec une hausse de 10 % des tonnages, liée pour 7 % à l’augmentation des effectifs produits et pour 3 % à l’alourdissement des poulets. La hausse concerne essentiellement des poulets standards, les poulets label et bio, relativement stables jusqu’en 2022, ayant diminué depuis du fait de l’inflation qui conduit les consommateurs vers des produits plus accessibles. En 2024, la production de poulet a même plus augmenté que la consommation, qui a progressé de 8 %. « Mais sur cinq ans, la consommation a beaucoup plus augmenté que la production, de + 25 %, contre une hausse de 11 % de la production, constate Mathieu Désolé. Les producteurs essayent de s’adapter, mais n’arrivent pas à suivre la dynamique de consommation. » Conséquence : près d’un poulet sur deux (48 %) est désormais importé, contre un quart en 2000. La Pologne reste le premier fournisseur de la France, avec encore une hausse de 14 % des importations en provenance de ce pays en 2024, suivi de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Allemagne. « La France importe très peu directement des pays tiers, précise Mathieu Désolé. Mais les importations depuis la Belgique et les Pays-Bas sont en grande partie du réexport en provenance notamment du Brésil et d’Ukraine. » La France exporte aussi, mais des volumes moins importants, vers la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne et l’Arabie saoudite, même si ce dernier marché diminue. Et si l’import concerne surtout les filets, plus coûteux, l’exportation de la France porte essentiellement sur les cuisses, moins bien valorisées.

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