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Miser sur la volaille pour s’installer en agriculture

En s’installant hors-cadre familial dans les Hautes-Pyrénées, Pauline Robert devait bien baliser son parcours pour réussir à intégrer une sphère agricole où le droit à l’erreur devient presque impossible.

Au fil de ses études d’ingénieur agricole Pauline la Toulousaine urbaine, s’est métamorphosée en une femme des champs. Une fois son diplôme en poche, une envie de terrain la tiraillait. « J’ai trouvé mon premier job juste à la sortie de l’école, une chance. Technico-commerciale pour une société spécialisée dans les engrais naturels, j’escomptais m’exprimer pleinement pour confronter la théorie à la pratique. Responsable de secteur sur le Gers je restais proche de mes bases. » Au bout d’un an, la jeune ingénieure s’aperçoit qu’elle fait fausse route. « On me demandait de susciter du besoin plutôt que d’analyser vraiment les situations. Bref, ce n’était pas mon truc. J’ai commencé à réfléchir à mes priorités afin d’évacuer ce sentiment d’échec. » Avec Charles, son camarade d’école devenu compagnon, Pauline pose ses valises, cherche sa voie. « L’idée de reprendre une exploitation revenait toujours. » À l’automne 2013, la réflexion s’affine et la décision mûrit. Pauline va s’installer et Charles poursuivre son activité pour assurer un revenu régulier au couple. Sans apport familial, et avec leurs économies d’étudiants, la marge de manœuvre est très étroite.

La Safer et la coopérative pour alliés

Pauline sait qu’elle doit s’orienter vers les productions hors-sol pour limiter le foncier. Elle prend contact avec la Safer des Hautes-Pyrénées. Avec le portage de terre et la possibilité de trouver encore des petites structures, l’horizon s’éclaircit. « Nous avons visité une dizaine d’exploitations en trois mois, pour trouver vingt-quatre hectares et un corps de ferme en état acceptable », se souvient Pauline. L’exploitation du Bouscaillou à Tournous-Devant leur tend les bras. La Safer louera la moitié des terres en portage (11 ha) et Pauline rachètera les 11 autres hectares avec les bâtiments d’exploitation, une ancienne étable et une porcherie désaffectée. La maison et 2 hectares attenants sont achetés indépendamment de l’installation.

Reste à mettre en place le Projet d’installation (PDE). « Compte tenu de nos goûts personnels et de ma spécialisation, mon objectif était de créer un élevage de volailles. C’est surtout le bon retour sur investissement dans ces productions bien encadrées régionalement qui a été déterminant. Je me suis tournée vers les coopératives locales et j’ai choisi Vivadour pour la proximité et la rapidité à s’intéresser au dossier. » Les dossiers bien ficelés avec la coopérative, Pauline est devenue agricultrice le 1er juillet 2014.

Concilier bâtiments anciens et constructions modernes

Dès son arrivée, l’agricultrice a souhaité utiliser les bâtiments anciens. La volaille festive se prêtait bien à l’exercice. L’ancienne étable accueille une bande de 2 100 dindes label et la porcherie a été transformée pour élever 1 180 chapons label rouge, puis une bande de 2 150 poulets label au printemps. « J’ai investi 13 000 euros et pas mal de sueur pour agencer les espaces et créer les parcours, mais le résultat est satisfaisant. Nous sommes dans notre troisième année de production. Cela m’a permis de me faire la main avant de faire le pas avec le nouveau site. » Débuté en mars 2015, le montage administratif du dossier de quatre bâtiments label a été bouclé trois mois plus tard. Un record de rapidité. La production a commencé en février dernier. « Sans les aides de la coopérative et le suivi technique, je n’avais aucune possibilité de m’installer de façon pérenne", précise l’éleveuse. Sur un budget de 300 000 euros comprenant terrassement, construction et matériel, l’éleveuse a emprunté les deux tiers et le solde se répartit entre les aides PCAE et 40 000 euros de subvention Vivadour pour produire du poulet liberté. Aujourd’hui Pauline Robert pourrait se verser un salaire qu’elle estime à 1 200 euros net par mois, mais elle préfère réinvestir une partie dans son outil de travail ancien afin d’améliorer la gestion de son temps et ses marges.

« Une production cadrée et le retour sur investissement ont été déterminants »

Devenir un acteur de la profession

Pauline n’a pas les deux pieds dans le même sabot. « Le temps on l’a si on se le donne », justifie-t-elle. Pour mener pleinement sa vie d’agricultrice, elle a intégré l’équipe des JA65, au point d’en devenir vice-présidente depuis peu. « Cela me sort de mon univers, je rencontre d’autres jeunes, eux aussi confrontés à la reprise d’exploitations, pas toujours facile, même s’ils sont du sérail. » Pour sa part, elle apporte sa contribution en participant aux formations (animations des formations biosécurité avec les CFPPA de Lannemezan et de Mirande) et se mettre discrètement au service des autres. Pour autant, elle garde son jardin secret avec ses poules noires d’Astarac Bigorre. Installée sur un site indépendant, elle concilie développement et sélection de la race dans un souci d’éthique. « Ça ne rapporte pas encore, mais c’est aussi une démarche culturelle et sociétale pour allier tradition et modernité. Savoir d’où l’on vient pour savoir vers où aller. » Pauline Robert se crée de nouvelles racines au pied des Pyrénées dans un métier qu’elle a choisi et qu’elle est préparée à faire évoluer.

Parcours

1987 : naissance de Pauline

2006 : effectue un BTS productions animales à Pamiers (09)

2008 : intègre l’École d’ingénieurs de Purpan

2012 : 1re expérience professionnelle

2013 : recherche d’exploitations à reprendre

2014 : la première bande de volailles festives

2016 : le nouveau site entre en production

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