Les ténébrions dérangent les poulets la nuit
Une étude de Chêne Vert et d’Elanco montre un impact des larves de ténébrions sur le bien-être du poulet, rappelant l’importance des méthodes de lutte ciblant les deux stades adultes et larvaires de l’insecte.
Une étude de Chêne Vert et d’Elanco montre un impact des larves de ténébrions sur le bien-être du poulet, rappelant l’importance des méthodes de lutte ciblant les deux stades adultes et larvaires de l’insecte.
Pour la première fois, une étude démontre qu’une infestation massive de ténébrions perturbe le sommeil des poulets. Et principalement les larves de l’insecte, de forme allongée et de couleur brune, planquées sous les mangeoires durant la journée.
Lire aussi : Ténébrions en volailles de chair : agir aussi sur les larves
On sait depuis longtemps que ce coléoptère est un réservoir de pathogènes, notamment de salmonelles et du virus de Gumboro, et qu’il détériore l’isolation des poulaillers. Son impact sur le comportement animal avait jusqu’ici été peu investigué.
Baisse de 92 % de la population de ténébrions
L’essai, mené par Chêne Vert conseil vétérinaire et le laboratoire Elanco, souligne que ce nuisible, très répandu en élevage, peut aussi altérer le bien-être des volailles.
Lire aussi : Ténébrions en volailles de chair : un traitement à la bonne dose, au bon moment
Il a été mené dans un bâtiment de 1 500 m2 en terre battue fortement infesté, durant deux lots successifs de poulets Ross 308 de 35 jours : avant et après l’application d’un traitement adulticide et larvicide à base de Spinosad (Elector) dans les 48 heures précédant l’arrivée des poussins. Les collectes de ténébrions ont été réalisées à l’aide de deux pièges Ténédrop et par la récupération de litière sous deux gamelles. « À tous les âges de prélèvements, le poids de ténébrions collecté était inférieur de 92 % en moyenne dans le lot traité par rapport au lot infesté », rapporte Paul Henri Potier, ingénieur R & D de Chêne Vert, confirmant l’efficacité du traitement.
Jusqu’à trois fois plus d’animaux actifs à 21 jours
L’observation du comportement des poulets s’est faite grâce à la captation d’images par une caméra infrarouge sur la zone de collecte de 15 m2 et en s’appuyant sur un éthogramme de comportements nocturnes. « Les résultats montrent une proportion de poulets actifs et dérangés significativement plus élevée dans le lot infesté que dans le lot suivant traité (voir infographie). » Ainsi, durant la quatrième semaine d’élevage, 30 à 35 % des volailles avaient une activité nocturne dans le premier lot contre 10 à 25 % dans le second. « Le fait qu’autant d’animaux soient éveillés la nuit peut être problématique, poursuit Pascale Rigomier, vétérinaire Chêne Vert, « car c’est durant la phase de repos qu’est synthétisée l’hormone de croissance. Cela peut aussi impacter le développement de leur immunité et la capacité de résistance aux pathogènes. »
Une coïncidence avec un pic massif de larves
Autre enseignement, le taux de poulets actifs variait au cours du lot, avec un pic entre 21 et 26 jours. Il coïncide avec l’arrivée massive de larves dans le lot infesté, laissant entendre que ce sont davantage les larves que les adultes qui dérangent les volailles. Les larves sont mycophages mais également carnivores, en consommant des œufs et larves de mouches ainsi que des animaux morts. « Il est possible qu’elles ne fassent pas la distinction entre les cadavres et les animaux prostrés ou simplement inactifs la nuit », suggère la vétérinaire.
Le taux de dérangement se tarit au bout de cinq semaines, soulevant plusieurs hypothèses : un phénomène d’habituation des poulets ou l’atteinte du stade final du cycle de développement des larves avant de rentrer en pupaison.
Pascale Rigomier, vétérinaire Chêne Vert
« Baisser la pression en ténébrion en agissant aussi sur les larves »
« Cette étude montre que les larves de ténébrions ont probablement un impact plus important sur les volailles, en altérant la phase de repos et donc potentiellement les performances du lot. Elle apporte un argument supplémentaire pour sensibiliser les éleveurs à la maîtrise des populations de ténébrions, en plus du risque sanitaire (transmission de pathogènes). On constate sur le terrain un phénomène de tolérance face à ces nuisibles : ils ne sont visibles que si on les cherche et l’intérêt des traitements, contraignants car réalisés durant un pic de travail (préparation du poulailler), est parfois mal perçu. Baisser la pression en insectes nécessite pourtant de traiter les adultes mais aussi les larves car ce sont surtout ces dernières qui dérangent le poulet. Le cycle de reproduction rapide du ténébrion dans les conditions d’élevage des poulaillers (chaleur) questionne aussi sur l’adaptation des stratégies de lutte pour les productions à plus longue durée d’élevage telles que la dinde ou la pintade. »
90 % des ténébrions sous forme de larves à 28 jours d’âge
Les comptages de ténébrions montrent l’évolution des populations de ténébrions et la répartition entre les stades larvaires et adultes au cours du lot. Alors que 100 % des ténébrions étaient sous forme adulte à 14 jours, la proportion s’est totalement inversée à 28 jours dans le lot infesté avec une prévalence de 90 % de larves. Cette arrivée massive de larves à la fin de la quatrième semaine correspond probablement au cycle de développement du ténébrion : les œufs pondus par les adultes en début de lot, se transformant en larve puis en adultes. À 35 jours, la proportion d’adulte réaugmente, tandis que la masse de larves ne baisse pas. Dans le lot traité, l’arrivée des larves est plus tardive et moins massive.
Un éthogramme pour qualifier les comportements de nuit
L’observation du comportement des poulets s’est faite grâce à l’analyse d’images vidéo par une camera infrarouge. Afin de caractériser les comportements de perturbation des poulets la nuit, un éthogramme de dérangement nocturne a été créé. « Il n’existait jusqu’à présent pas d’études sur l’impact des nuisibles sur les volailles la nuit, sauf pour le pou rouge chez la poule pondeuse », indique Paul Henri Potier. Cela a permis de quantifier des activités anormales la nuit : animaux très actifs, mouvements légers, toilettage, animal dérangé par un congénère… « Seules les vidéos de milieu de nuit ont été analysées (4 heures sur 8 d’extinction de lumière), correspondant à une phase de sommeil plus profonde. »