Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Pour Hervé Le Prince, « Les filières animales doivent reprendre la parole »

L’agriculture et l’agroalimentaire ont trop longtemps laissé le champ libre aux défenseurs de la cause animale, analyse Hervé Le Prince, communiquant en stratégie de marques. Il encourage les filières, à commencer par les éleveurs, à réoccuper l’espace public.

Hervé Le Prince, fondateur de l’agence Newsens à Rennes. « Au-delà de l’abolition de l’élevage sous toutes ses formes, les végans, notamment ceux de L214, sont des antispécistes qui ont planifié un changement de civilisation. » © Newsens
Hervé Le Prince, fondateur de l’agence Newsens à Rennes. « Au-delà de l’abolition de l’élevage sous toutes ses formes, les végans, notamment ceux de L214, sont des antispécistes qui ont planifié un changement de civilisation. »
© Newsens

Qu’est ce qui a changé pour les filières animales depuis une quinzaine d’années ?

Hervé Le Prince - « Deux éléments fondamentaux. D’abord, nous sommes bien dans une mutation profonde qui impacte les filières, et non dans une succession de crises liées à des accidents déclencheurs. Par définition, la crise est un pic puis une retombée au point de départ. Nous ne reviendrons pas à la situation d’avant-crise. Il ne s’agit plus de faire le dos rond, mais de réagir et de s’adapter. Ensuite, l’éthique se substitue désormais à la loi et à la réglementation et entraîne des changements imposés à la filière. Les œufs issus de poules en cage en sont l’exemple. »

Comment en est-on arrivé là ?

H. L. P. - « Il y a eu le travail de sape d’organisations animalistes et abolitionnistes. Avançant sous le masque de la défense des animaux, elles finissent par susciter une défiance alimentaire quasi généralisée, du moins dans les médias. Ces mouvements ont réussi à politiser notre alimentation en construisant un récit militant. Ils ont su donner du sens à notre alimentation en jouant sur quatre tableaux : l’animal souffrant, la dégradation de notre santé, la destruction de la planète et en dernier lieu la facette anti-industrie (vaches à hublot récemment). Ils veulent changer le monde en commençant par l’alimentation. Pendant ce temps, les filières tenaient un discours de marques visant nos estomacs. »

Les filières animales portent donc leur part de responsabilité…

H. L. P. - « Elles ont laissé à d’autres le soin de soulever le capot de l’élevage et de l’abattage. D’où les images choquantes qui soi-disant ne mentent pas. C’était à la profession de le faire et de le gérer. Il y avait des éleveurs ou des abattoirs non conformes : il fallait les accompagner pour s’améliorer ou s’arrêter. Il aurait fallu fixer un seuil de tolérance aux différents stades des filières. On doit changer les pratiques qu’on ne veut pas montrer. Il est important de s’inscrire dans une démarche de progrès et de prendre de la hauteur. Cela permet de répondre aux attentes en annonçant un agenda d’améliorations et pas le couteau sous la gorge. »

Comment reprendre la main ?

H. L. P. - « Continuer à faire du marketing produit, mais pas uniquement. Les professionnels ont à construire un récit militant qui redonne du sens à l’alimentation. Ce qui veut dire parler de l’élevage et des process agricoles et industriels. Le consommateur veut savoir d’où vient et comment est fabriqué ce qu’il a dans son assiette. Il faut redire pourquoi adopter un régime alimentaire omnivore équilibré est ce qu’il y a de mieux. »

Sous quelles formes communiquer et avec qui le faire ?

H. L. P. - « La recette est simple : ouvrir les portes et aller à la rencontre des citoyens-consommateurs. C’est ce qui a démarré en Bretagne avec les portes ouvertes à la ferme d’agriculteurs de Bretagne, avec les visites dans les entreprises agroalimentaires de Breizh agri Food, avec les Happig hour du comité régional porcin de Bretagne : des éleveurs vont à la rencontre des consommateurs à l’heure de l’apéritif ou encore au festival des Vieilles Charrues cet été… Chacun peut le faire et surtout les éleveurs. Qu’ils n’hésitent pas à faire visiter leur élevage. C’est là qu’ils sont le plus à l’aise et inattaquables pour parler de leur quotidien, montrer qu’ils travaillent bien et qu’ils ont su évoluer. Cela vaut également pour les salariés de toutes les entreprises. En résumé, ils doivent entendre les attentes, agir pour y répondre en tenant compte de leurs contraintes (marché, rentabilité…) et le faire savoir. »

Faut-il tout montrer ?

H. L. P. - « Les opposants qui veulent éliminer l’élevage de la planète ont brisé un tabou, en montrant la souffrance et la mort que personne n’a vraiment pas envie de voir. On peut raconter sincèrement la mise à mort, mais la montrer est la limite à ne pas dépasser, même au nom de la transparence. »

« Entendre, agir et communiquer »

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Aviculture.

Les plus lus

L’influenza aviaire est hors de contrôle en Hongrie
Un sérotype H5N8 hautement pathogène de l’influenza aviaire a très largement diffusé dans le sud-ouest de la Hongrie, alors que…
Tristan Poincloux parle de P5 (5ème bâtiment) pour désigner sa nouvelle chaufferie à biomasse. " C'est comparable en matière d'investissement, de longévité et de rentabilité, mais avec beaucoup moins de temps passé." © P. Le Douarin
Avec sa chaudière à biomasse, Tristan Poincloux recherche de meilleures performances dans son poulailler
Spécialisé en poulet standard, Tristan Poincloux a investi pour réduire son coût de chauffage, mais aussi pour améliorer les…
Poulette non épointée en volière : il est important que les poulettes puissent appréhender au mieux leur environnement dès le jeune âge. © P. Le Douarin
Les conseils de l’Itavi pour limiter les risques de picage entre poules pondeuses
Le projet de recherche appliquée Casdar Epointage a permis d’élaborer un guide technique qui propose des actions pour limiter l’…
La voile repose sur un réseau de câbles tendus entre des poteaux latéraux à 4 mètres du sol © Deltex
Une volière pour protéger les canards mulards
Dans la Vienne, les frères Mitteault ont fait installer une volière pour leurs canards élevés en plein air, afin d’éviter de les…
Nouvelle éleveuse et ex-formatrice, Lucie Gantier fait profiter la filière œuf de sa maitrise de la communication positive sur les réseaux sociaux. © V. Bargain
« Le Covid-19 donne aux éleveurs une occasion de communication positive sur l’élevage avicole »
Pour Lucie Gantier, éleveuse de poules pondeuses plein air très engagée sur les réseaux sociaux, la crise sanitaire actuelle peut…
Éleveur et visiteur doivent se laver les mains soigneusement avant de revêtir l'équipement (charlotte, cotte et bottes) pour entrer dans la zone de vie des volailles. © Claire Jacquinet et Amandine ...
Règles de biosécurité : comment visualiser l’efficacité du lavage des mains
Grâce à une méthode pédagogique visuelle et pragmatique, une vétérinaire et une technicienne donnent un coup de jeune aux…
Publicité
Titre
abonnez-vous
Body
A partir de 8,50€ TTC/mois
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Volailles
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Volailles
Newsletter COT’Hebdo Volailles (tendances et cotations de la semaine)